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Il est 3 heures du matin et pourtant il fait chaud comme dans un four. Sans un milligramme de brise pour te rafraîchir un peu. C’est comme si l’air jouait à un, deux, trois, soleil et qu’il restait suspendu parce que le compteur s’est endormi, le front contre le mur. Cherche pas ! La Rue des Lombards a chaud aussi. Plein de types tournent en rond avec le regard mauvais, cherchant quelqu’un à emmerder. Des putes vont et viennent la démarche pénible, les articulations pleines de cailloux. Des flics regardent tout ce beau monde et donnent à contempler le miracle je-m’en-foutiste de leur merveilleux sacerdoce. On les retrouve accoudés au comptoir du Baiser Salé, à vomir leur haine du monde et à picoler comme des trous, et à tenter d'oublier qu'ils ont bien un chez soi, avec parfois une femme dedans, avec parfois des gosses endormis dedans qui finissent par appeler tout le monde Papa, sauf toi ! Leur dépit d’être de pauvres choses lancées en rempart du monde civilisé.
3 heures du matin, comme ça, sans air et accablé par une chaleur anormale, immobile et figée, tu portes à bout de bras cette saloperie trop lourde. Cette grosse mallette à te filer des tendinites. La came de ce soir n’était pas bonne, au lieu de t’euphoriser, elle t’a fichu la mine sous l’eau de l’étang ; un étang de poissons morts, le bide pointé vers le firmament ! Et tu barbotes au milieu avec cet instrument trop lourd et tout Paris à traverser sans l’ombre d’un taxi. Pour rentrer chez toi. Rien que cette petite opération banale. Dans un épisode de la cinquième dimension où tous les taxis ont disparu de la surface de la terre. Tu regardes derrière ton épaule. Non, pourtant, il n'y a pas de mec en noir et blanc qui cause de toi pendant que tu t'actives...
Machinalement, tu sors les biftons de la poche gauche de ton futal. Trois sets. 150 euros. Que dalle. Encore une giclée demain et rien d’autre jusqu’à la semaine prochaine. Mieux vaut oublier le taxi. Paris s’offre à toi, profites-en ! Profites-en, tu parles ! Devant toi, le pas qui vient devant l’autre, une rue pavée sans perspectives.
Tu marches. Paris n’est pas uniforme. Pour rentrer dans ton quartier pourri, tu vaques au milieu de la misère, puis au milieu du tumulte des quartiers qui ne s’endorment jamais, puis encore tu fends l’air vicié des domiciles cossus, où tu ne croises personne ou rien que des pauvres mecs qui ont comme vocation de tambouriner aux portes qui ne s’ouvriront jamais. Parfois, on a l’impression qu’une frontière invisible scinde les humanités. Ceux qui ont un compte en banque garni juste là, et pile poil après cette poubelle, ceux qui mangent des kebabs !
Ce matin, un type à la radio a prononcé ton nom en claquant des doigts. Les gens sont cons. Ils voient ta trogne sur un disque et ils pensent que tu es quelqu’un, que tu es à l’abri de ce genre de choses, que tu es exonéré des piétoneries quotidiennes, tu es quelqu’un et quelqu’un c’est lisse, lisse, comme un cul sorti d’un spa autrichien. Alors qu’en fait, t’es endetté comme un état africain, t’as aucune peau moelleuse pour se frotter contre toi quand tu pousses la porte de chez toi et que tu t’étends comme un autre drap sur ton lit ; juste ce taré de Léon qui s’est spécialisé dans l’art de constituer de belles garnisons de cocktail Molotov en prévisions d’invasions futures.
Près de chez toi, des mecs ne sont pas couchés. Se couchent-ils jamais ceux là ? En te regardant passer, ils s'esclaffent : « tu rentres de ta connerie de jazz, tu vas la jouer encore longtemps ta musique de vieux ? ». Et tu t’esclaffes aussi, parce que t’en as marre de laisser à l’air suppurer tes plaies béantes. Juste, tu constates que c’était long, que c’était un mauvais soir, avec une lune dégueulasse, tu constates que le thermomètre est resté bloqué sur le mode "four dantesque" parce que le grand ordonnateur du climat a déglingué l’air conditionné ; forcément, à force de jouer comme un enfant avec le thermostat ! Il fera toujours chaud, comme ça, sans air, il fera toujours chaud comme ça, comme si c’était l’enfer, mais pas vraiment dans le fond, comme si c’était tout comme mais aussi comme si tu savais bien que si c’était le cas, ce serait encore pire.
Tu glisses la clé dans ta serrure. Léon est debout, complètement à poil, le regard complètement halluciné, rebondissant contre les murs, pendant qu’une blatte escalade la petite montagne velue que crée son pied immobile planté là. Sa queue pendouille comme un artifice sans utilité entre ses jambes, une farce du bon Dieu. Et il dit : « ça y est, ils arrivent ». Et tu sais que c’en est terminé ! Que tout ce qui t'est arrivé jusqu'à maintenant, tout, y compris cette nuit de merde payée une misère, pour laquelle tu récoltes une bouillie de voute plantaire et un ongle incarné, un ego tondu et un amour propre au rez de chaussée, et bien...c'était rien qu'une foutue sinécure !
boomp3.com
3 heures du matin, comme ça, sans air et accablé par une chaleur anormale, immobile et figée, tu portes à bout de bras cette saloperie trop lourde. Cette grosse mallette à te filer des tendinites. La came de ce soir n’était pas bonne, au lieu de t’euphoriser, elle t’a fichu la mine sous l’eau de l’étang ; un étang de poissons morts, le bide pointé vers le firmament ! Et tu barbotes au milieu avec cet instrument trop lourd et tout Paris à traverser sans l’ombre d’un taxi. Pour rentrer chez toi. Rien que cette petite opération banale. Dans un épisode de la cinquième dimension où tous les taxis ont disparu de la surface de la terre. Tu regardes derrière ton épaule. Non, pourtant, il n'y a pas de mec en noir et blanc qui cause de toi pendant que tu t'actives...
Machinalement, tu sors les biftons de la poche gauche de ton futal. Trois sets. 150 euros. Que dalle. Encore une giclée demain et rien d’autre jusqu’à la semaine prochaine. Mieux vaut oublier le taxi. Paris s’offre à toi, profites-en ! Profites-en, tu parles ! Devant toi, le pas qui vient devant l’autre, une rue pavée sans perspectives.
Tu marches. Paris n’est pas uniforme. Pour rentrer dans ton quartier pourri, tu vaques au milieu de la misère, puis au milieu du tumulte des quartiers qui ne s’endorment jamais, puis encore tu fends l’air vicié des domiciles cossus, où tu ne croises personne ou rien que des pauvres mecs qui ont comme vocation de tambouriner aux portes qui ne s’ouvriront jamais. Parfois, on a l’impression qu’une frontière invisible scinde les humanités. Ceux qui ont un compte en banque garni juste là, et pile poil après cette poubelle, ceux qui mangent des kebabs !
Ce matin, un type à la radio a prononcé ton nom en claquant des doigts. Les gens sont cons. Ils voient ta trogne sur un disque et ils pensent que tu es quelqu’un, que tu es à l’abri de ce genre de choses, que tu es exonéré des piétoneries quotidiennes, tu es quelqu’un et quelqu’un c’est lisse, lisse, comme un cul sorti d’un spa autrichien. Alors qu’en fait, t’es endetté comme un état africain, t’as aucune peau moelleuse pour se frotter contre toi quand tu pousses la porte de chez toi et que tu t’étends comme un autre drap sur ton lit ; juste ce taré de Léon qui s’est spécialisé dans l’art de constituer de belles garnisons de cocktail Molotov en prévisions d’invasions futures.
Près de chez toi, des mecs ne sont pas couchés. Se couchent-ils jamais ceux là ? En te regardant passer, ils s'esclaffent : « tu rentres de ta connerie de jazz, tu vas la jouer encore longtemps ta musique de vieux ? ». Et tu t’esclaffes aussi, parce que t’en as marre de laisser à l’air suppurer tes plaies béantes. Juste, tu constates que c’était long, que c’était un mauvais soir, avec une lune dégueulasse, tu constates que le thermomètre est resté bloqué sur le mode "four dantesque" parce que le grand ordonnateur du climat a déglingué l’air conditionné ; forcément, à force de jouer comme un enfant avec le thermostat ! Il fera toujours chaud, comme ça, sans air, il fera toujours chaud comme ça, comme si c’était l’enfer, mais pas vraiment dans le fond, comme si c’était tout comme mais aussi comme si tu savais bien que si c’était le cas, ce serait encore pire.
Tu glisses la clé dans ta serrure. Léon est debout, complètement à poil, le regard complètement halluciné, rebondissant contre les murs, pendant qu’une blatte escalade la petite montagne velue que crée son pied immobile planté là. Sa queue pendouille comme un artifice sans utilité entre ses jambes, une farce du bon Dieu. Et il dit : « ça y est, ils arrivent ». Et tu sais que c’en est terminé ! Que tout ce qui t'est arrivé jusqu'à maintenant, tout, y compris cette nuit de merde payée une misère, pour laquelle tu récoltes une bouillie de voute plantaire et un ongle incarné, un ego tondu et un amour propre au rez de chaussée, et bien...c'était rien qu'une foutue sinécure !
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