mercredi 16 juillet 2008

Salted Kiss (2)/Sylv


source

Au comptoir, Sylv se tripote la cheville qu’elle dit s’être tordue en courant après un clandé plus rapide qu’elle. Elle parle de toi et tu n’en sais encore rien. Tu leur racontes ça rétrospectivement. « Ce petit enculé me doit deux semaines de poudre, rien que ça ! », elle vocifère.

Elle se plaint Sylv. Pourtant, elle a le beurre, l’argent du beurre, le cul de la crémière, les deux boules du crémier, la sonnerie du glacier pour faire bonne figure et gagner la sympathie du voisinage et des enfants. Holster à droite, sachets de poudre dans la poche gauche…biftons dans un soutif ultra-serré qui tient les nénés bien haut (comme les joueuses de tennis) sauf qu’elle a une cheville fragile. Et les nerfs tout pareillement en pelote ! Elle trace une ligne verticale sur son front et dit, très fort, pour que tout le monde entende : « dis-moi, y a marqué philanthrope sur mon front ? ». Et quand elle s’aperçoit que son interlocuteur intimidé se ratatine, elle insiste : « non mais dis-moi, est-ce-qu-il-y-a-mar-qué-phi-lan-thro-pe-sur-mon-front ? ». Et le mec qui fait pourtant une tête facile de plus qu’elle murmure à peine : « mais non ! ». « Evidemment, qu’y a pas marqué philanthrope sur mon front ! ça se saurait », elle répète et en giflant légèrement la joue de son partenaire contraint, elle s’envoie une rasade de blonde couleur pisse de jeune puceau, sans prendre le temps d’inspirer ni rien. Dites-lui que c’est de la bière de fillette et elle vous pète les deux genoux ! et vous vous tordez de douleur au sol pendant qu’elle médite sur la faiblesse-génuflexion du genre masculin ; vous pensez l’orage passé ?, elle vous écrase la gueule avec le dessous de ses bottes. Sylv est comme ça, elle est née trop tôt et pas au bon endroit ; Américaine née dans les années 40, elle aurait été l’or de l’opération mangouste, le barbouze idéal ! Le chaînon qui manqua à la CIA quand elle projetait des tentatives de destitution du leader Maximo. Lui faire tomber la barbe, lui livrer des Havanes bourrés de dynamite, lui verser du cyanure dans un Cuba Libre, ce genre de machins. A ce jeu là, elle aurait fait merveille, on aurait retrouvé le gros Fidel ligoté sur la baie des cochons, sans un poil sur le caillou et autour du menton, seulement vêtu d’un caleçon à l’effigie du président Kennedy…

Si tu dis qu’elle est née au mauvais endroit au mauvais moment, tu le dis d’autant plus qu’elle est née au moment et à l’endroit nécessaire pour que tu lui doives un paquet de pognon et qu’elle puisse décider en ingurgitant sa dernière gorgée de mousse qu’il est plus que temps que tu payes ce que tu dois, qu’il est plus que temps que tu arrêtes de te payer sa tête, qu'il est plus que temps que tu arrêtes - bordel ! - de la faire tourner en bourrique.

Elle se retourne vers son infortuné ratatiné et elle déclare : « je vais lui couper deux doigts tiens, ce sera le Django Reinhardt de la contrebasse, ce con ; ça lui fera passer l’envie de me prendre pour un organisme de crédit ! »