Les vacances, c’est fait pour faire plein de trucs, par exemple, tout ce qu’on ne peut pas faire quand on est privé de sa liberté de mouvement par l’esclavage moderne et chantant que représente le salariat. C’est en tout cas ce que l’on se dit toujours avant d’y être. Parce qu’après avoir gouté aux charmes du transat et de la lecture en terrasse, on renonce bien vite à la moindre résolution. On ne fait plus rien. Cette année, j’ai toutefois réussi à faire des choses assez inhabituelles pendant mes vacances. Malgré moi il est vrai, mais tout de même… J’ai par exemple détruit ma voiture à l’aller. A mi-chemin, ce qui ne gâche rien. Le turbo du moteur a apparemment lâché. Comment savoir, je n'y connais foutrement rien. Avec mes trois mômes, on a dû poireauter une demi-heure derrière une glissière de sécurité sur l’A-je-ne-sais-plus-quoi, dans le vent et sous la pluie, avant que la dépanneuse ne se pointe. C’est dans ces genres d’instant là qu’on se rend compte qu’avoir des enfants est une sorte de malédiction. Les voitures fusaient à toute vitesse, le plus petit courait dans tous les sens et se gamellait dans l’herbe mouillée en grelottant à moitié. Avoir peur pour ses enfants est sans doute l’émotion la plus affreuse qui soit. Heureusement, la dépanneuse a fini par se pointer. On s’est mis à l’abri dans le camion en plaisantant grassement. On a laissé la voiture en rade chez le garagiste qui ne sait toujours pas comment se débarrasser de nous (nous sommes en effet des salauds de pauvres), pris un taxi jusqu’à Villefranche-sur-Saone pour prendre possession d’une Chevrolet de location, gracieusement payée par mon assurance. Et puis quoi ? Nous avons continué notre chemin pour profiter de nos vacances. Une fois arrivés chez mes parents, nous avons tenu nos promesses : nous n’avons rien fait.
Je n’ai plus de bagnole, en fait, je ne sais même pas vraiment si je n’en ai plus ou si le chirurgien cambouiné qui s’affaire sur son moteur pourra la sauver de l’anéantissement, ce qui ne m’angoisse que très modérément en réalité. Comme il va de soi lors d’un retour de vacances, j’ai un boulot de dingue à faire au milieu d’une forêt de ponts, d’absences diverses de collaborateurs, d’une convocation pour une visite médicale de mes deux (mais pas seulement) et d’une formation de deux jours à la mord-moi-le-zgegue. Il faut savoir être philosophe, détaché, on est vivant et en relative bonne santé, c’est le principal. Ce soir, je ne regarderai pas le débat, obligations paroissiales obligent. Ce dimanche, Sarkozy sera peut-être réélu, il me faudra alors considérer la chose comme le décès annoncé de mon monospace honni. En haussant les épaules.
