
De l’à d’où je viens (purée, ça commence mal), l’un des principes de base de toute espérance de vie en société (ça ne continue pas mieux) consiste à toujours honorer ses dettes. Il s’agit là d’un principe essentiellement moral qui symbolise le respect que l’on éprouve envers autrui mais aussi envers soi-même. Un manquement à cette règle peut faire de vos enfants des orphelins et de votre épouse, une veuve éplorée.
Si j’écris ça en préalable de ce modeste billet, c’est parce que j’ose espérer que les financiers sauront se souvenir de ce que le bon peuple a fait pour eux si par hasard, il venait à l’idée de nos dirigeants (ça nous pend au nez en vérité ; car l'Etat, c'est aussi - indirectement - l'impôt) de nous demander de puiser dans nos réserves pour rétablir l’équilibre rompu par la nouvelle crise capitaliste.
Mais en réalité, je ne le crois pas ; nous vivons aujourd’hui dans un monde schizophrène. Par exemple, on voudrait nous demander de renflouer certaines caisses, afin de permettre au système financier de retrouver de la vigueur (en rachetant par exemple des actifs pourris) ; plus précisément, on va payer pour redonner du tonus (indirectement toujours) au marché de l’immobilier (entre autres). Cette opération permettra bien sur aux taux d'intérêt de remonter et de réévaluer le prix de biens immobiliers que nous ne pourrons plus nous acheter. Vous voyez ?, si les prix de l’immobilier sont trop bas, l’économie se casse la gueule, s’ils sont trop haut, on évoque derechef la crise du logement. Autrement dit, on se voit sans cesse confronter à se plaindre tantôt de l’offre, tantôt de la demande. Sans se prémunir des effets dévastateurs des pénuries de l'une comme de l'autre.
Nous supposons - enfin, Bernard Accoyer le suppose - que la croissance nous offrira bientôt de jolis marrons à tirer du feu (même les socialistes y croient ; la moindre des motions déposées cette semaine par les éternels candidats tablent sur ce seul et merveilleux indice). La Grande finance et les banquiers profiteront d’un environnement assaini et la bourse affichera une mine réjouie. Et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.
La bourse, ah la bourse va mal.
La Bourse, c'est un système de valeurs à la fois objectif et subjectif. Pour estimer la valeur boursière d’une société (son poids en chocolat si vous voulez), sont pris en compte quantité d’éléments objectifs : capacité de production, disponibilité du marché, potentialités de bénéfice… Quand l’ensemble de ses indicateurs sont au vert, la valeur d’une société, d’un secteur d’activité ou d’une matière première suit normalement une courbe ascendante. Quand en revanche, ces indicateurs sont mauvais, ou semblent en voie de le devenir, les valeurs décroissent. C’est un système valable pour qui est convaincu par l’universelle viabilité du système capitaliste. Il y a des valeurs, des données, des études, qui permettent au marché de se réguler, soit de déterminer qui prend du poids et qui doit en perdre. Le hic du système en question, c'est que bien souvent, ces mêmes indicateurs n'ont pas d'effet immédiat et que l'ensemble du marché se base alors sur des prévisions de croissance ou de décroissance qui tiennent bien souvent du voeu pieu ou d'une philosophie décliniste de première bourre.
Bien entendu, nous le savons tous, ce système permet également à certains intérêts, que nous nommerons subjectifs pour être poli, de surfer sur la vague des réussites et des déchéances : les spéculateurs. Certains vous diront que la spéculation a toujours existé, que sans elle, les valeurs ne s’échangeraient pas, que les bourses seraient léthargiques sans investisseurs et qu’en l’état, un investisseur (nécessaire on vient de le dire) se doit d’être payé en retour (bien sur, dans ce cas, on honore ses dettes). On oublie alors peut-être de mentionner que le spéculateur, en fait, se contrefout de ce qu’il possède. Pour lui, seules comptent les valeurs. Peu importe la spécificité du marché dans lequel il investit : il peut spéculer à loisir sur la valeur d’une équipe de foot, d’une entreprise de cirage ou du marché du topinambour. Son boulot n’est pas d’œuvrer pour le bien être de la croissance, ou de l’entreprise qu’il a choisi mais de toucher des dividendes sur son dos. C’est du donnant-troisfoisrendu !
On vous dira donc que dans tout système, il y a du bon et du moins bon, que les spéculateurs étaient déjà aux origines du séisme de 29. Foutaises. En 29, les spéculateurs existaient mais en nombre bien moins important. Les actionnaires de l’époque étaient pour la plupart aussi des industriels. Ils investissaient dans une entreprise pour qu’elle grandisse et se développe. Pour résumer, s’il y avait bien des spéculateurs pour pourrir encore davantage la dégringolade des valeurs en 29, aujourd’hui, nous ne trouvons quasiment plus que cela. Une armée de ploucs en déambulateurs qui se rêvent rentiers associée à de jeunes diplomés incapables d'entreprendre la spécificité d'un marché particulier. Et c’est aussi pour ces types là que nous allons donner un peu de nos imaginaires dividendes à nous (qui n’en sont même pas, à moins d’imaginer un ratio sueur/salaire qui n’existe que dans nos fantasmes d’ado boutonneux)…
N’imaginons donc pas que ces mecs imaginent contracter quelques dettes auprès de nous si nous leur filons de l’oseille pour remettre de l’huile dans les rouages d’un système (qui ne consiste qu’à brasser de la valeur comme de l’air) qu’ils contribuent à casser tous les 20 ans. Si leur mémoire donc, est et sera sélective, il faudra bien que la notre le soit moins.

















