mardi 2 juin 2015
Pat et le néant
jeudi 23 mai 2013
vendredi 5 avril 2013
What did you expect ?
samedi 1 décembre 2012
L'antisémitisme sans frontières mais jamais sans sponsor
jeudi 25 octobre 2012
Après (avant en fait !) le mariage pour tous, le mariage complémentaire !
lundi 24 septembre 2012
Le petit déjeuner des champions
mercredi 19 septembre 2012
Strings et ficelles
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| Anyway... |
jeudi 30 août 2012
Les causeuses seront bientôt muettes
lundi 2 juillet 2012
Instants perdus et faille spatio-temporelle
Dès la fin du match, les espagnols célébrèrent leur victoire et avec eux les commentateurs zélés jamais à court de superlatifs. Accessoirement, le temps et l’espace retrouvèrent leur place originelle. Nous ne constatons désormais plus aucune dilatation dans leur forme ainsi qu’à la surface de leur étendue. On reparlera très bientôt des matchs italiens truqués par la Camorra avec la complicité des joueurs et les anciennes idoles du peuple français (ce peuple de poissard jamais satisfait) pourront redevenir sans peine ces valeurs contraires et personnifiés de la probité, que nous connaissons tous depuis bien longtemps. Pourvu que l’on ne retrouve plus jamais le chemin de cette abominable dimension dans laquelle les français aiment les italiens et qu’ainsi nous retrouvions également la recette qui nous permet de gagner sans mérite à défaut de perdre honorablement. Merci, peuple français, de reprendre ta route et de continuer à nous détester.
jeudi 21 juin 2012
Blue in Green
Le trio élastique
Un enfant
J’ai beaucoup pensé à l’histoire de la petite Marina, ces derniers jours. A ce sordide fait divers. Je n’aime pas trop cette expression d’ailleurs. L’histoire épouvantable de cette enfant, morte sous les coups répétés de ses parents, n’est pas une histoire diverse. C’est étrange, n’est-ce pas, ce que l’expression fait divers est devenue ! Le fait divers est devenu comme une sorte de fait commun. Une atrocité comme les autres, au milieu d’autres atrocités. J’ai lu quelques articles, quelques comptes-rendus d’audience. Je les ai lus sans pouvoir réellement les lire et maintenant encore, je suis absolument incapable de les retranscrire, de les répéter. Je me suis aussi rendu compte que les témoignages des parents m’étaient intolérables en eux-mêmes, que je ne pouvais les entendre sans sentir en moi le besoin de hurler. Il y a dans cette histoire quelque chose qui dépasse mon entendement et qui dépasse l'entendement d'un grand nombre de personnes, j'en suis certain. Je sais bien que nos sociétés refusent cette vision binaire du monde et des individus qui fut longtemps celle du monde catholique. Le bien et le mal n’existent pas, doit-on penser, ou s’ils existent, ce n’est que comme extrémités d’une sorte d’échelle de mesure, sur laquelle on distingue le bien, le mal, et une zone grise – immense, démesurée, semblable à une mer d’infinies souffrances – qui situe tous les individus et toutes leurs actions. Lire ces comptes-rendus m’a fait penser que ce relativisme était une gigantesque foutaise. Je le pensais déjà avant mais cette lecture éprouvante me l’a fait comprendre avec davantage d’acuité. Comme le flic mélancolique du No Country for Old Men de McCarhty, j’ai l’impression que l’on cherche à brider non pas notre expression mais notre compréhension du bien et du mal. Ce que cet homme et cette femme ont fait subir à cette enfant, pendant toutes les années de sa minuscule vie… comment ne pas considérer qu’il s’agisse d’une manifestation du mal. Du mal absolu. De la barbarie la plus sombre.
lundi 26 mars 2012
Les presbytes du Front National ont 10 à chaque oeil
Un monstre, Merah, assurément. Avec de grandes dents, des mains poilues et des sourcils d’assassin. En bas de la missive, publiez une photo de familles en détresse. Ne vous interrogez pas ! C’est mal et ça ne sert à rien. Pour ça, il y a la photo. Regardez la photo. Ou alors, interrogez-vous, bon sang de bois, mais en vous posant les bonnes questions, bougre de cons. Ce monstre n’est pas devenu monstre parce que la société française le rejetait – une société qu’on nous envie dans tout l’Univers, pensez-donc ! – en tant qu’enfant non désiré – encore un mensonge inventé par le lobby musulman – mais parce que la gauche et son laxisme ont pourri la société. Notre société. Rien sur les 35 heures ? La photo, on vous dit. Ce monstre n’est pas devenu monstre en un clin d’œil mais parce que sa religion est une religion monstrueuse et parce qu’il en a suivi – mieux que quiconque, mieux que quiconque – les préceptes malfaisants, mortifères. Regardez la photo. Pensez djihad ! Et voilà tout. Fin de la discussion. Tout ce qui sort de ce petit périmètre tout prêt à écrire, tout prêt à penser, tout prêt à voter en période de grand scrutin, relève de la trahison, de la lâcheté, de la cécité. Mais aussi de l’insensibilité. Ah ça ! Seules nos larmes sont sincères – et tombent bien sur les chaussures – les vôtres sont déjà sèches ! Ou offertes au monstre, dont vous pleurez maintenant la mémoire.
N’y aurait-il pas derrière cela comme une volonté d’établir une pensée unique ? C’est bien cela n’est-ce pas, qu’ils dénoncent toute l’année, les extrêmes droitiers ? Une pensée toute faite, contre laquelle on ne peut s’ériger sous peine de se voir discréditer et maudire sur une dizaine de générations. Qui permet de distribuer des bons points et des droits de bonne citoyenneté. Miracle et enchantement. Epouser la ligne fait de vous un individu lucide, courageux, réaliste. Un héraut. Un patriote. Un pleureur de vraies larmes. La récuser, oh mais la récuser, voyons ce que cela révèle de vous ; vous êtes un lâche, une serpillère, une lavette, un traitre à la patrie, un saleur de plaies ouvertes. Que dis-je, qu’écris-je ? Un salaud. Un salaud ++ ! Avec de grandes dents, des mains poilues et des sourcils d’assassin.
mardi 20 mars 2012
Ici et là, la (digne) classe politique

Parce qu’il faut en être, si possible sans en faire trop.
Le premier sur les lieux décrochait la timbale. Le Président, grâce aux moyens de l’état ne pouvait pas être battu à cette course là. Il a l’avion présidentiel. Et Guéant derrière lui. Tous les moyens de l’état, blablabla, ignoble crime, blabla blabla, assassin, barbare, des mots clés clignotant un peu partout – le grand jeu. Micros tendus. A l’américaine.
Le premier à avoir eu l’autre bonne idée, l’idée de « suspendre sa campagne », fut François Hollande. Essuyant les sifflets des ouvriers de Fessenheim au passage. La dignité de l’instant contrastait avec celle d’hommes craignant pour leur gagne-pain. La force des images. L’électeur scruterait le visage du candidat, impavide, avant d’entrer à l’arrière de sa voiture avec chauffeur. D’autres lui emboitèrent le pas, avec plus ou moins de promptitude, dont le Président-candidat, qui en rajouta une couche en fixant lui-même l’échéance de sa suspension, c'est-à-dire, mercredi – mercredi ?, mercredi c’est bien, qu’est-ce que t’en penses Henri ? – jusqu’aux obsèques des militaires assassinés à Montauban. Mercredi. Bien senti. Tu suspends ? Moi aussi, mais je suspends encore plus. Et puis ce matin, c’était le site du candidat-Président qui se taisait. Digne, dit-on, la classe politique est digne. Elle se tire toujours la bourre, mais à la marge. A l’abri. Entre soi. C’est de bonne guerre ou c’est absolument dégoutant, c’est selon la sensibilité de chacun.
A Toulouse, ce fut donc le défilé. Il faut que cet assassin soit mis hors d’état de nuire au plus vite, vive émotion, inimaginable cruauté, Guéant - pourquoi donc ?, on ne sait ! – restera à Toulouse le temps qu’il faudra. Digne la classe politique, digne puisqu’on vous le dit. Puis François Bayrou décrocha la palme du ridicule. Lui, le partisan de l’union nationale, ne manquait pas de rappeler sa nécessité en pareil moment. Ou comment faire parler sa campagne sans y toucher. Marine Le Pen, d’on ne sait où, la main sur le cœur, la voix chevrotante, déclarait à on ne sait qui, qu’il « n’y avait plus de droite, plus de gauche, plus de politique. » Quelques hommes de main du parti retenaient peut-être le père à la cave avec un verre d’eau et un sachet de curly. On ne sait. Les vieux sont intenables, mieux vaut être prudent.
La campagne est rude. L’énigme à résoudre est nouvelle. Sans précédent. Les spin doctors n’ont pas de référent. Dans 15 ans, il y aura une jurisprudence, mais là, rien, nada ! Comment être celui qui suspendra le mieux sa campagne ? Comment être celui qui continuera à faire campagne sans que cela se sache ? Sarkozy là aussi, a de l’avance. Une avance que lui prodigue la fonction présidentielle. Hier, il proclama une minute de silence dans tous les établissements scolaires. Voilà. Et il annonça son intention d’aller participer à l’une d’entre elles dans un établissement scolaire. Hollande révéla ce matin qu’il en avait lui aussi l’intention. Il s’associerait, le candidat du Parti Socialiste, sans esprit partisan. Mais il ne révéla pas l’établissement en question. Vous suivez ? Moi, je fais comme le Président, mais je ne vous dis rien parce que je ne cherche pas à le médiatiser. Enfin, je le médiatise, mais juste un petit peu.
Le Président intervint hier en fin de soirée pour ce qui constituait sa deuxième intervention de la journée. Une brève allocution superflue, sans aucune raison d’être. Il en profita pour rabâcher les mêmes évidences : tous les moyens mis en œuvre (encore heureux !), la République (que vient-elle foutre là dedans celle-là encore ?) était plus forte que la barbarie… tout faire pour arrêter cet assassin. Des mots creux. Des déclarations sottes dénuées de sens. Et d’en remettre une couche sur l’atrocité du crime. D’appuyer sur les mots enfants, barbare. Pour occuper le terrain des larmes.. Ce matin, dans l’enceinte du collège-lycée François-Couperin à Paris, rebelote. « Nous sommes tous concernés par ce qui s'est passé, a dit le Président à quelques enfants, massés autour de lui. Ça s'est passé à Toulouse, dans une école confessionnelle, mais ça aurait pu se passer ici. » Sauf que les membres du gouvernement ne cesse de dire depuis ce matin qu’il s’agit d’un crime antisémite… On ne comprend plus rien. Cette déclaration ne veut strictement rien dire. Ce faux lyrisme de pacotille est à vomir. Il faut parler pour combler le vide, incarner au plus vite avant d’être oublié. Par peur sans doute de se voir reprocher, comme Giscard naguère suite à l’attentat de la rue Copernic, une forme d’indifférence, d’hautaine froideur.
Hier encore, la nuit tombée, ce fut un autre défilé. Changement de lieu : la synagogue parisienne Nazareth, pour une lecture de psaumes. Ils étaient tous là. Encore. Ici et là, la classe politique digne. Eparpillés, faussement rassemblée. François Hollande, au bras de sa compagne. Sarkozy au bras de la sienne. Delanoë. Aubry. Désir. Copé. Pécresse. D’autres que j’oublie sans doute. Eva Joly fut reçue avec des insultes – quelques extrémistes qui profitaient du rassemblement pour montrer à quel point ils en connaissent un rayon sur la notion de recueillement ? – Jean-Luc Mélenchon, avec des sifflets quand il se joignit au cortège, qui faisait marche silencieuse dans les rues de la capitale.
Cette campagne est la campagne des adjectifs. Indigne. Honteux. Abject. Je m’indigne parce que vous avez dit que nous étions indignes, vous êtes abjects. C’est là le niveau de notre classe politique. On a celle que l’on mérite. Ces adjectifs volent donc, valdinguent et vont de l’un à l’autre. Le spectacle d’hier montre qu’ils les partagent assez bien. Juppé a déclaré que la classe politique était digne. Et je lis ici et là que cette impression est partagée. Les gens ne se rendent plus compte de rien. Si on conçoit les exercices de funambule comme dignes, alors certes, la classe politique est digne. Digne d’elle-même surtout, infatigable, cherchant déjà les moyens de sortir de ce deuil encombrant la tête haute, les sondages rutilants, avec pour objectif de guider de ses Q.G. suspendus, les prochaines orientations de la campagne. La sécurité – l’autorité – pour la droite. L’exemplarité pour la gauche, qui commence, par la voix de son candidat, à établir des parallèles, des mises en garde.
A première vue, il semble difficile d’imaginer que cette tuerie puisse avoir d’autre motivation que l’antisémitisme le plus absolu. Difficile, sans aucun doute, mais en l’espèce, faute d’éléments, nous n’en savons rien. Même si les forces de l’ordre parviennent à capturer ce fou, ils ne parviendront jamais à comprendre la logique d’un tel acte. Aussi, toute référence à l’antisémitisme, en l’état, ne peut que constituer une forme de récupération. Récupération orchestrée par les hommes politiques (Sarkozy, Hollande en tête), coincés qu’ils sont par la pression exercée par les autorités religieuses. Eva Joly, Martine Aubry et Mélenchon, sifflés ou conspués, c’est bien le signe que cet atroce fait divers déborde du cadre. Qu’il draine, malgré lui, des sentiments contraires qui divisent la société, en sous-main, depuis des décennies. Ses sifflets révèlent un fait : la République Française, soi-disant plus forte que tout, plus indivisible tu meurs, s’est laissée piéger par les conséquences du conflit israélo-palestinien, qui polarise inconsciemment toutes les réactions. Les funambules politiques n’en sont pas – peut-être pensent-ils l’être, peut-être croient-ils à la réalité de leur indépendance – on distingue très nettement les fils qui les maintiennent en équilibre. L’opinion les tétanise.
La classe politique n’est pas digne, non. Elle n’oublie rien des échéances, surtout pas dans un tel instant où l’électorat a les yeux rivés sur elle et elle cherche les moyens les plus subtils de tirer parti du massacre. A l’heure qu’il est, Alain Juppé et François, les très dignes, en sont à l’adjectif ignoble. Quand il faudrait de l’effacement, de la discrétion, du silence, du recueillement, de l’efficacité, de la compétence. La République, si vertueusement laïque, se devrait peut-être de prendre exemple sur le Conseil d’Eglises Chrétiennes de France (1), qui, répondant à la mission qui incombe à chaque chrétien d’être artisan de paix (2), a rappelé combien l’esprit de communion importait plus que tout. En ces temps d’hypocrisie, il convient à mon sens de rappeler combien il convient également de rester discret sur ses actions de bien.
1. Le C.E.C.E.F. est une organisation œcuménique qui regroupe des représentants de la Fédération Protestante de France, de la Conférence des Évêques de France(Catholiques), de l’Assemblée des Evêques orthodoxes de France et du Catholicos Arménien. La communion anglicane y délègue également un observateur.
2. « Heureux les artisans de paix car ils seront appelés Fils de Dieu » (Matthieu, 5, 9)
lundi 19 mars 2012
jeudi 16 février 2012
L'érosion
Putain de mémoire. Je serais bien en peine de retrouver quelqu’un sur cette merde de facebook avec une mémoire pareille. Heureusement que j’ai désactivé mon compte depuis belle lurette, ça m’évite une humiliation supplémentaire. Cette mémoire, j’ai beau la retourner et la retourner, la retourner sans cesse comme une poupée gonflable, rien ne sort. Rien ne suinte, si ce n'est quelques prénoms vagues comme un filet d’humeur bien jaune d’une plaie à demi cicatrisée. Est-ce à dire que les gens ne comptent pas réellement pour moi ? J’essaie, vraiment j’essaie. Je me force, vraiment. Je me violente. Je scrute la vieille caverne ténébreuse qui constitue l’intérieur de moi-même, je vire d’une main virile les toiles d’araignée qui dégringolent tristement du plafond comme un explorateur de pacotille, je m'éclaire l'introspection à la lampe-torche, je me coloscope le cortex ! Rien. Nada. Que dalle. Comment j’ai pu oublier ton nom, Céline ? Ce n’est pas comme si tu n’avais jamais compté ? Comme si je ne t’avais jamais aimé. Comme si tu n’avais été qu’une simple étape dans mon existence. Putain. Pourquoi est-ce que je ne parviens pas à me souvenir de ton nom ? Et il y a pire… je ne suis même pas certain que tu t’appelais vraiment Céline. C’était peut-être Cécile après tout. Il y a aussi ce type, là, ce guitariste avec qui j’ai joué pendant près d’une moitié de décennie. Florian. Impossible de me souvenir de son nom de famille ! Et tiens ! la première fille que j’ai embrassée aussi. Avec entortillements de langues et partage de salive, j'entends... Audrey. Au pied de l’escalier du Bâtiment C du collège des Remparts de Rozay en Brie. Un lundi après-midi. Pas de nom de famille. Elle se laissait peloter le cul sans rien dire. Elle était jolie comme un soleil d’été au petit matin. Je me souviens de ses petits soutiens-gorges en coton à carreaux gris et des petits nénés qui se dissimulaient pudiquement dessous. Je me souviens m’être dit après avoir roulé cette première et mémorable galoche : voilà, la vie commence, je vais compter, noter, recenser toutes les gonzesses de ma vie. Comme un foutu comptable. Que ne l’ai-je fait ? Audrey. Belle et radieuse. Pas de nom. Et je le connaissais ce nom pourtant, je le possédais et l’ai possédé longtemps. Il était à moi, un beau morceau de mémoire qui pulsait en moi et qui n’appartenait qu’à moi. J’aurais dû tout noter, tout référencer. Je ne l’ai pas fait parce que je trouvais cela vulgaire à l'époque (et aussi parce que j'étais un fainéant de première), mais j’aurais dû, putain, j’aurais dû. Ça m’obsède. J’ai l’impression de contempler ma vie, comme la contemplerait ce con de Jason Bourne, pleine de trous, d’absences, de choses à moitié effacées. J’envie presque tous ces nases qui passent leur vie sur copainsd’avant à reconstituer toutes leurs classes, comme des archivistes maniaques. Ils ont les noms, eux. Même les noms de ceux qu’ils ne pouvaient pas sentir. Comment récupérer cette mémoire, ces informations précieuses ? Elles ne me serviraient absolument à rien, je le sais bien, elles ne serviraient qu’à moi, parce que je tiens obsessionnellement à mettre un nom sur quelques souvenirs, mais il me semble aujourd'hui que c’est important. Important. Et pourtant, ça s’est enfui. Ça s’est délité. Et je crois bien que cela ne reviendra jamais. De Céline/Cécile, il me reste le souvenir de son corps nu, rien de bien fantastique, un gros cul et des petits nichons qui tombaient, de son visage, rien de fabuleux non plus, de beaux yeux verts toutefois mais un gros nez, ce qui faisait dire à mon père qu’il espérait ne jamais voir l’appendice nasal de l’enfant que l’on pourrait produire à nous deux, le souvenir de sa gentillesse, de sa douceur, presque maternelle, de sa remarquable intelligence, de son rire. Pourquoi m’aimait-elle, celle-là ? C’est un mystère pour moi. J’étais un con. Je l’ai finalement traitée comme on traite la dernière des merdes. Un jour, en l’envoyant sur les roses pour une raison bidon et en ne la rappelant plus, tout simplement, en l’ignorant. En l’effaçant. Parce que, con comme j’étais, il me fallait passer à autre chose, changer les meubles de ma petite vie sentimentale. Pour la remplacer par qui ? Je ne sais plus. Ce n'était qu'une nécessité de variété, qu'une question de collection. Elle m'a poursuivi. J'ai ignoré ses coups de fil. Elle a insisté. J'ai ignoré ses lettres. Elle s'est finalement humiliée jusqu'à venir cogner à la porte de chez moi, un samedi matin, pour que je puisse la répudier de vive voix. Avec toute l'indifférence feinte dont j'étais capable. Cet oubli est sans doute ma punition, cet oubli est un châtiment. Un châtiment d'une imparable logique. Un châtiment que je m’inflige, à cause de remords que j’entretiens depuis bientôt 20 ans. J'espère vivement qu'elle m'a oublié, Céline/Cécile, ou qu'elle se rit du pathétique souvenir que je lui ai laissé. jeudi 22 septembre 2011
Surveille tes arrières, cowboy !

Troy Davis est donc mort.
Les injections ont commencé à 22h53. A 23h08, on constatait son décès. Tout le monde était sans doute satisfait d’avoir fait correctement son travail, les techniciens, les surveillants de prison, le légiste, les petites mains déresponsabilisées de la mort. Tout ce monde rentra sans doute chez soi, pour reprendre le cours de sa vie, border ses gosses, boire un verre de scotch, ressasser quelques réflexions métaphysiques sur l’évanescence et la fragilité de l’existence.
Les toubibs de l’état certifient que le procédé est sans douleur. Les toubibs de l’état certifient que le procédé est humain ; c’est une façon de voir les choses. On suppose qu’il ne l’est pas pour les familles de ceux que l’on a mis à mort, ni pour tous ceux qui se battent parfois pour faire reconnaitre leur innocence. Mais on se fout sans doute de ces gens là. Le doute était raisonnable et permis dans le cas de Troy Davis mais le doute ne profite pas dans l’état de Géorgie. Il ne profite guère plus au Texas, surtout au Texas nous serions tentés de dire, puisque c’est au sein de cet état que l’on a exécuté 40 % des peines capitales du pays. 40 % !
Rick Perry, gouverneur de l’état-au-stetson depuis le 21 décembre 2000 peut se targuer d’avoir permis l’exécution de 234 condamnés à mort. L’homme est fier de son bilan. Il a une gueule d’animateur de matinale d’une grande ville américaine, une gueule à jouer un rôle de chirurgien aux dents longues dans un soap, une gueule de présentateur de télé-achat local. La dernière image me semble parfaitement correspondre, on l’imagine en effet très bien à coté d’une blonde lycra-plantureuse en plein exercice de fitness, répéter sans arrêt comme un automate à l’intelligence artificielle déficiente : « C’est fabuleux, Cindy ! C’est absolument fabuleux Cindy ! Mais comment faites-vous cela ? » Et la blonde répondrait sans doute : « Tout à fait sans efforts, Rick ! »
La vie est sans doute plus simple quand vous avez la gueule de Rick Perry, quand vous avez cette gueule d’ascension programmée. L’homme, en effet, brigue l’investiture républicaine pour la prochaine présidentielle américaine. L’Amérique a eu pire : un mauvais acteur de série B ou un type capable de quasi s’étouffer avec un bretzel. Pourquoi pas un présentateur de télé-achat libidineux ? Pour l’instant, rien n’est joué de toute façon, personne ne semble se détacher. Ni Rick Perry, ni Sarah Palin. On organise donc des débats, un peu comme il s’en tient en ce moment chez les socialistes, qui permettent de mesurer la tenue des brushings et l’éclat des râteliers. Très récemment, pendant un de ces débats, on a évoqué le death penalty scoring de Rick Perry et cette évocation a déclenché des applaudissements dans l’assistance (morbide isn’t it ?). Puis on a demandé à Monsieur Perry si l’éventualité d’exécuter un innocent troublait parfois son sommeil.
La réponse fusa sans attendre :
« No, sir ! »
lundi 5 septembre 2011
Coeur rentré
Les rentrées d’avant, les enfants avaient encore besoin de nous. Plus les années passent, plus ils se détachent. Hier, les filles ne nous lâchaient la main qu’en versant de grosses larmes. Ou la mine blafarde. Se bouffant les ongles. Aujourd’hui, c’est nous qui sommes réticents à les abandonner là, au milieu de cette indescriptible cohue. On se dit que les efforts consentis ne l’ont pas été en pure perte – les enfants s’émancipent simplement de leur tutelle. Et pourtant, nous nous éloignons un peu amers, non pas de constater leurs progrès, simplement de prendre conscience que le temps passe plus vite qu’on ne le croit. Pour nous surtout. Voir ses enfants grandir, c’est vieillir deux fois plus vite.
Heureusement, il y a le benjamin. Lui, se dit-on, il va chialer comme il faut, tendre les bras vers nous, implorants. Nous rencontrons la Directrice de la crèche dans les couloirs qui nous stoppe dans notre prise d’élan. Elle nous fait visiter les locaux alors que nous les connaissons par cœur. Les bacs à doudou, les nouveaux équipements, les différentes pièces et ce que les enfants y feront, la salle de motricité, la salle de repos, la petite cour extérieure. Tout cela vu cent fois. Je m’éloigne car je n’attends qu’une chose, les grosses larmes du benjamin qui me feront bien comprendre qu’il a encore besoin de moi. Une voix murmure : « on a toujours besoin de son père ! » Une autre lui répond : « Ta gueule ! » Le benjamin commence à sentir que la séparation approche. Il comprend que l’on n’est pas là pour une simple visite. Ses deux yeux gris me le font sentir. Tu vas rester là, mon pote, et tu vas chialer pour ton père. Il empoigne un vélo, il grimpe sur une espèce de minuscule toboggan en bois mais tous ses gestes trahissent l’émergence naissante d’une pointe de tristesse, en forme d’avance sur salaire. Il semble s’agiter mécaniquement, pour prendre la mesure de son rôle d’enfant, comme on enfile un costume empesé, prêt-à-porter, Made in China. La Directrice nous révèle que ce sera sa dernière année de crèche parce qu’il est né en fin d’année. Devant notre spectaculaire effarement, elle ajoute, sournoisement rassurante : « bien sûr, si vous pensez qu’il n’est pas prêt ! » Comment, ça pas prêt, mais dans la famille, Madame, on est toujours prêt, on ne recule devant rien, rien ne nous fait peur, ni les lions, ni les loups, ni les monstres, ni les premières années de maternelle. Mentalement, j’organise une sorte de planning guerrier pour parvenir à remplir tous les objectifs. Je vais lui lire Kant pour l’endormir, lui faire grimper des murs de varappe, le faire marcher pieds nus dans la neige. Tu seras prêt, mon fils ! Une voix murmure : « Taré ! » Une autre répond aussitôt : « Ta gueule ! » Etre parent rend schizophrène. Un être sans raison s’amuse à vous saisir la rate et vous asticoter les intestins. Un autre travaille à remettre de l’ordre dans tout ce foutoir affectif. Il faut sans cesse se coller un masque sur le visage pour ne rien laisser paraître. Le fait d’avoir eu ces enfants, dans un laps de temps aussi court me donne l’impression de devoir sans cesse faire face à de nouvelles phases. Les étapes s’enchainent les unes aux autres sans relâche, pire elles se renouvèlent sans me donner l'illusion du bénéfice de l'expérience et il faut savoir déterminer celles qui requièrent ma présence et celles qui nécessitent ma discrétion. En résumé, être parent, c’est être surhomme, c’est cumuler les échecs et les réussites sans broncher, recueillir impassible les instants où l’on se sent fier de ce que l’on a accompli et ceux où l'on se sent mortifié et inutile.
Enfin, nous arrivons dans la pièce où l’on accueille les enfants. La grande rousse de l’année dernière qui faisait du gringue à mon frère est là, deux enfants éplorés à coté d’elle ; l’un d’entre eux a déjà de la morve au nez, ça commence bien. Une voix interroge : « combien nous reste-t-il de jours d’enfant malade ? » Une autre ajoute : « Et de R.T.T. ? » Elle sourit. Elle dit : « Bonjour Raphaël », d'une voix douce et sucrée. Dans un premier temps, le petit s’en va tripoter quelques jouets. Ça va bien se passer finalement, me dis-je. Mon épouse lui montre une petite salle recouverte d’une bâche sur laquelle on a dispersé du sable fin. La puéricultrice appelle cela du sable magique. Je la regarde d’un air étonné qui la fait se taire brutalement. Une voix répète inlassablement : « dernière année de crèche, dernière année de crèche, dernière année de crèche… » L’autre se tait. On nous fait une petite remarque pour nous faire comprendre qu’il serait temps que l’on retourne à nos occupations. Ma petite dame, mon bon monsieur. Le premier jour de crèche, il faut y aller comme lorsqu’il vous faut décoller un pansement d’une plaie encore vive. D’un coup, d’un seul. C’est ce que nous faisons. Tandis que nous nous éloignons, Raphaël passe de mains en mains. Il fait son corps mou pour échapper aux griffes des puéricultrices. Finalement, il pose sa tête sur l’épaule de la grande rousse, résigné. De la tendresse en poudre. Il est malin ce gosse. De grosses larmes roulent sur ses joues. Nous partons la rate tirebouchonnée. Comme des voleurs.







