
Troy Davis est donc mort.
Les injections ont commencé à 22h53. A 23h08, on constatait son décès. Tout le monde était sans doute satisfait d’avoir fait correctement son travail, les techniciens, les surveillants de prison, le légiste, les petites mains déresponsabilisées de la mort. Tout ce monde rentra sans doute chez soi, pour reprendre le cours de sa vie, border ses gosses, boire un verre de scotch, ressasser quelques réflexions métaphysiques sur l’évanescence et la fragilité de l’existence.
Les toubibs de l’état certifient que le procédé est sans douleur. Les toubibs de l’état certifient que le procédé est humain ; c’est une façon de voir les choses. On suppose qu’il ne l’est pas pour les familles de ceux que l’on a mis à mort, ni pour tous ceux qui se battent parfois pour faire reconnaitre leur innocence. Mais on se fout sans doute de ces gens là. Le doute était raisonnable et permis dans le cas de Troy Davis mais le doute ne profite pas dans l’état de Géorgie. Il ne profite guère plus au Texas, surtout au Texas nous serions tentés de dire, puisque c’est au sein de cet état que l’on a exécuté 40 % des peines capitales du pays. 40 % !
Rick Perry, gouverneur de l’état-au-stetson depuis le 21 décembre 2000 peut se targuer d’avoir permis l’exécution de 234 condamnés à mort. L’homme est fier de son bilan. Il a une gueule d’animateur de matinale d’une grande ville américaine, une gueule à jouer un rôle de chirurgien aux dents longues dans un soap, une gueule de présentateur de télé-achat local. La dernière image me semble parfaitement correspondre, on l’imagine en effet très bien à coté d’une blonde lycra-plantureuse en plein exercice de fitness, répéter sans arrêt comme un automate à l’intelligence artificielle déficiente : « C’est fabuleux, Cindy ! C’est absolument fabuleux Cindy ! Mais comment faites-vous cela ? » Et la blonde répondrait sans doute : « Tout à fait sans efforts, Rick ! »
La vie est sans doute plus simple quand vous avez la gueule de Rick Perry, quand vous avez cette gueule d’ascension programmée. L’homme, en effet, brigue l’investiture républicaine pour la prochaine présidentielle américaine. L’Amérique a eu pire : un mauvais acteur de série B ou un type capable de quasi s’étouffer avec un bretzel. Pourquoi pas un présentateur de télé-achat libidineux ? Pour l’instant, rien n’est joué de toute façon, personne ne semble se détacher. Ni Rick Perry, ni Sarah Palin. On organise donc des débats, un peu comme il s’en tient en ce moment chez les socialistes, qui permettent de mesurer la tenue des brushings et l’éclat des râteliers. Très récemment, pendant un de ces débats, on a évoqué le death penalty scoring de Rick Perry et cette évocation a déclenché des applaudissements dans l’assistance (morbide isn’t it ?). Puis on a demandé à Monsieur Perry si l’éventualité d’exécuter un innocent troublait parfois son sommeil.
La réponse fusa sans attendre :
« No, sir ! »
Vous vous trompez sur un point : Sarah Palin ne semble plus être sérieusement dans la course à l'investiture. Perry, en revanche, oui. Et s'il peut éjecter Obama ce sera toujours une excellente chose.
RépondreSupprimerPour le fond de l'affaire, je suis aussi “abolitionniste” que vous, vous le savez. Mais il faudrait un jour, tout de même, que les petits militants européens comprennent que les pétitions et autres criailleries pour tenter d'empêcher une exécution aux États-Unis sont TOUJOURS contre-productives. Et, comme je le disais chez Nicolas, en un sens c'est une très bonne chose : que vaudrait une justice qui se soumettrait à tous les vents des contestations sectorielles ? et venant de l'étranger, qui plus est ?
C'est vrai que la très érotique Sarah ne semble plus vraiment en course, je le concède. Je l'ai citée pour la forme en fait (parce qu'elle est connue, je sais, c'est mal). Mais, on est encore loin de l'investiture et on assiste parfois à de formidables retournements de situation lors des conventions. Mitt Romney par exemple n'est pas encore tout à fait mort même si Perry semble le favori des sondeurs.
RépondreSupprimerPour le reste, je suis on ne peut plus d'accord avec vous. Le problème, c'est que sur la question de la peine de mort, il n'y a pas vraiment d'analyse raisonnable, ni du coté des antis (dont certains sont à l'étranger, c'est vrai, mais quand même pas tous), ni du coté des pros. On le voit bien, d'un coté, nous avons les cris, de l'autre les applaudissements. Ce n'est pas une question de Justice mais bien un enjeu électoral. En l'espèce, peu importe l'intérêt général.
La question à se poser est simple pourtant : est-ce que l'on consent à adopter un système pouvant conduire à l'assassinat d'innocents ? Ne serait-ce qu'en nombre infime ? La raison devrait conduire à répondre par la négative, ne serait-ce parce que l'on pourrait très bien être un de ces innocents sacrifiés.
Bon, évidemment, pour d'autres raisons qui sont avant tout religieuses, je suis contre la peine de mort, même en ce qui concerne les coupables, mais je pense qu'une réflexion de base peut même nous exonérer d'en arriver jusque là.
Le débat sur la PEINE DE MORT est toujours mal posé :
RépondreSupprimerDavis nous est présenté comme (susceptible d'être) INNOCENT. Et qui plus est NOIR donc résultat du Racisme.
Allez voir Pélicastre qui compare avec un autre "criminel" Blanc, exécuté le même jour.
René,
RépondreSupprimerJe me doute bien que le combat contre la peine de mort est en partie téléguidé par d'autres idées. Il ne s'agit pas que de cette simple lutte contre ce qui s'apparente à un crime d'état, sinon, en effet, le débat serait posé autrement.
En fait, la question de l'innocence est une donnée importante pour l'opinion publique mais elle me dérange en effet, et je m'en rends davantage compte en vous répondant, parce que c'est une façon de dire - en creux - qu'il est juste et légitime de tuer un coupable, ce dont je ne suis pas bien certain pour ma part.
Je viens d'aller lire vite fait le Pélicastre. Il me semble qu'un militant noir, mettons, de la Nation of Islam qui aurait tué un blanc par simple pulsion raciste aurait sans doute eu droit au même traitement. Cela me dérange évidemment, mais on sent bien que la question de la peine de mort est sous-tendu par notre propre morale ; certains la réserveront aux crimes pédophiles, d'autres aux crimes racistes, d'autres aux crimes contre l'Humanité...etc...
Le problème de la culpabilité vraisemblable fait sans doute pencher la balance, ce que je déplore. Hank Skinner, un homme blanc, est par ailleurs très soutenu par les associations...
Je pense que la peine de mort devrait être réservée éventuellement à ceux qui y sont favorables. One man, one vote.
RépondreSupprimerPour une fois, quelqu'un a une vraie idée !!! Appliquer à l'autre ce qu'il veut pour lui-même...
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