jeudi 22 septembre 2011

Surveille tes arrières, cowboy !


Troy Davis est donc mort.

Les injections ont commencé à 22h53. A 23h08, on constatait son décès. Tout le monde était sans doute satisfait d’avoir fait correctement son travail, les techniciens, les surveillants de prison, le légiste, les petites mains déresponsabilisées de la mort. Tout ce monde rentra sans doute chez soi, pour reprendre le cours de sa vie, border ses gosses, boire un verre de scotch, ressasser quelques réflexions métaphysiques sur l’évanescence et la fragilité de l’existence.

Les toubibs de l’état certifient que le procédé est sans douleur. Les toubibs de l’état certifient que le procédé est humain ; c’est une façon de voir les choses. On suppose qu’il ne l’est pas pour les familles de ceux que l’on a mis à mort, ni pour tous ceux qui se battent parfois pour faire reconnaitre leur innocence. Mais on se fout sans doute de ces gens là. Le doute était raisonnable et permis dans le cas de Troy Davis mais le doute ne profite pas dans l’état de Géorgie. Il ne profite guère plus au Texas, surtout au Texas nous serions tentés de dire, puisque c’est au sein de cet état que l’on a exécuté 40 % des peines capitales du pays. 40 % !

Rick Perry, gouverneur de l’état-au-stetson depuis le 21 décembre 2000 peut se targuer d’avoir permis l’exécution de 234 condamnés à mort. L’homme est fier de son bilan. Il a une gueule d’animateur de matinale d’une grande ville américaine, une gueule à jouer un rôle de chirurgien aux dents longues dans un soap, une gueule de présentateur de télé-achat local. La dernière image me semble parfaitement correspondre, on l’imagine en effet très bien à coté d’une blonde lycra-plantureuse en plein exercice de fitness, répéter sans arrêt comme un automate à l’intelligence artificielle déficiente : « C’est fabuleux, Cindy ! C’est absolument fabuleux Cindy ! Mais comment faites-vous cela ? » Et la blonde répondrait sans doute : « Tout à fait sans efforts, Rick ! »

La vie est sans doute plus simple quand vous avez la gueule de Rick Perry, quand vous avez cette gueule d’ascension programmée. L’homme, en effet, brigue l’investiture républicaine pour la prochaine présidentielle américaine. L’Amérique a eu pire : un mauvais acteur de série B ou un type capable de quasi s’étouffer avec un bretzel. Pourquoi pas un présentateur de télé-achat libidineux ? Pour l’instant, rien n’est joué de toute façon, personne ne semble se détacher. Ni Rick Perry, ni Sarah Palin. On organise donc des débats, un peu comme il s’en tient en ce moment chez les socialistes, qui permettent de mesurer la tenue des brushings et l’éclat des râteliers. Très récemment, pendant un de ces débats, on a évoqué le death penalty scoring de Rick Perry et cette évocation a déclenché des applaudissements dans l’assistance (morbide isn’t it ?). Puis on a demandé à Monsieur Perry si l’éventualité d’exécuter un innocent troublait parfois son sommeil.

La réponse fusa sans attendre :

« No, sir ! »