
# 1
La pauvreté n'est pas une excuse... En plus, elle n'existe presque plus la pauvreté, à quoi ça sert d'en parler, alors ? Dans notre pays tout va très bien. L'Ecole publique est ouverte à tous, l'égalité des chances est là, prête à servir.
Toujours à revendiquer, ces cons de pauvres qui ne sont même pas vraiment pauvres. La pauvreté serait là, terrible, oppresserait les populations ? On n'y croit rien, faut pas nous la faire à nous, on le connait le système d'aides sociales, cette grande manufacture à surproduire de l'assisté à la chaine ! Ce qui importe, c'est bien sûr de s'assurer que tout le monde adhère aux valeuuuuurs de la Répuuuublique et le pays se relèvera de lui-même, comme Lazare. Salut au drapeau, obligation de porter la main sur son coeur pendant l'hymne. Un charter pour les indésirables. Et puis, coco, en ce moment, c'est quand même la Coupe du Monde de Rugby. Aaaaah, ce beau sport qu'est le rugby, ça nous change de ces grands conards du foot. Voilà un sport qui a de belles valeurs, le rugby, un peu comme la France, un peu comme la République, d'ailleurs, tiens, c'est que le rugby doit être républicain, intrinsèquement républicain, ils en parlaient aux aurores sur Europe numéro 1 ce matin, les hommes politiques ne parlent plus que de ça, le rugby les obsède, le rugby les possède, deux ministres français et néozélandais commençaient hier leur entretien par évoquer pendant un quart d'heure le prochain match entre le quinze tricolore et les All Blacks ; c'est dire si les problèmes du monde ne sont pas sérieux !
Si nous vivions une crise mondiale, ça se saurait !
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# 2
Il était 6h50 ce matin. Je sirotais un café à la fenêtre. Le soleil n'était pas encore véritablement levé, il balbutiait en quelque sorte. I like the Sunrise en résonance, ce genre de choses. La rue était déserte et calme. J'avais pris place sur une des petites chaises des filles et j'étais en contemplation tandis qu'une cigarette se consumait lentement dans le cendrier.
Je vis alors un homme sortir de la caserne des pompiers. Il campa devant la porte et se mit à faire de grands gestes en direction d'hommes invisibles. Deux autres pompiers en tenue arrivèrent quelques instants plus tard en courant. Ils portaient tous deux de grands sacs poubelles vides. Ils entrèrent aussitôt, encouragé par l'homme qui les attendait puis disparurent. La porte se referma derrière eux dans un grand bruit de tôle. Je finis mon café en souriant jaune. J'écrasai ma cigarette avec nervosité. Je me sentis dans la peau de James Stewart dans Fenêtre sur cour. A la différence que ma jambe n'était pas prisonnière d'un plâtre et qu'une voix intérieure crut bon de me tirer de ma rêverie en prononçant ces mots simples : "tu vas être en retard au boulot".
Chienne de vie n'est-ce pas ?