vendredi 2 septembre 2011

Le RMC du Commerce


RMC, c’est la radio des 60 millions de sélectionneurs. En somme, c’est la radio des cons. La tête de gondole, c'est Jean-Jacques Bourdin, celui qui pose des questions-pièges ultra-courageuses aux grands de ce monde. Combien la France a-t-elle de porte-avions Mr Sarkozy ? Quelle est la racine carrée de 36, Monsieur Chatel ? Quelle est la date de naissance du Général, Mme Dati ? Ce genre de choses. Et si le grand de ce monde se trompe de réponse, l’image tourne ensuite en boucles sur toutes les chaines de télé. Le raisonnement est le suivant. Imparable. Républicain, isn't it ? Si untel ne sait pas combien la France a de porte-avions, comment peut-il décemment prétendre à la présidence de la République ? Ah ben ouais, ah ben ouais ! Il est comme ça Jean-Jacques Bourdin, sa mission d’utilité publique, c’est de faire tomber les masques ! Et puis il y a les interventions des auditeurs. Les auditeurs qui font la richesse démocratique de RMC. Patrick qui défend les PME et se plaint des charges sociales trop lourdes qui pèsent tant sur les épaules des petits entrepreneurs. Jean-Michel, gendre du premier, qui vilipende la culture de l’assistanat. Josiane, belle-mère du second, qui déclare que les hommes politiques sont tous pourris. Et Bourdin qui rectifie, commente, professe, fait passer son petit message en loucedé. Plus franchouillard tu meurs ! Plus franchouillard, je ne vois pas : Jean Lefebvre dans Le Plumard en folie peut-être ?

RMC, c’est aussi la radio du foot. La radio des retransmissions de matchs sur le vif et des hurlements ininterrompus pour signaler la moindre frappe 15 mètres à coté du but. Voix de fausset et tutti quanti. Après le match, les experts patentés débriefent. Avant le match, ils pré-briefent ! Avec les auditeurs bien sûr. Untel a les pieds carrés. Tel entraineur fait des choix tactiques à la Magnus Pompée lors de la bataille de Pharsale. Ces experts sont des cadors… mais des cadors incompris puisque plus personne ne songe sérieusement à leur offrir la moindre opportunité dans le milieu, et ce, depuis les calendes grecques. Ce n’est pas grave, des conneries sur le foot, on en dit tous. Ce qui fait bander dur les gars de RMC, c’est surtout, et de loin l’Equipe de France. Reconnaissons-le, l’Equipe de France est toujours une ambulance sur lequel il est si plaisant de vider son chargeur. Qui défendra un Patrice Evra, un Ribéry ou un Abidal ; rien qu’eux-mêmes sans doute, avec leur syntaxe maladroite, leur diction de banlieusard et leurs sourcils éternellement froncés comme s’ils envisageaient dans la prochaine minute de vous envoyer une droite à la pointe du menton. La situation de ces types n’est pas confortable. C’est un peu comme si DSK s’était défendu tout seul. Si tel avait été le cas, il ne serait toujours pas sorti de Rikers Island. Et bien Evra et Ribery sont toujours en taule et pas mal de gens militent ardemment pour qu’ils y restent, voire qu'on les foute carrément au trou.

L’obsession récurrente des 60 millions de sélectionneurs de RMC, c’est l’éternelle proscription des mutins de Knysna supposés les plus actifs. Ribéry et Evra en tête, puisqu’Anelka a disparu de la scène internationale. Peu importe que toute l’équipe ait fait grève. Peu importe qu’il n’en fut pas un pour descendre de ce bus à la con. Les gueules de Ribéry et d’Evra ne reviennent pas. Il faut les saquer, définitivement. Quitte à dire n’importe quoi. Quitte à en être fier et à le répéter comme si la parole sortait tout droit de l’Evangile. Sur RMC, ils s’y mettent donc à plusieurs, c’est plus courageux, gouaille et accent de merde comme une médaille en or sur une poitrine velue.

Pour Luis Fernandez, c’est clair. Il faut interdire à Evra de parler aux médias. « Là Evra, il est fatigué. C’est alarmant d’entendre ça alors qu’il a besoin d’humilité et de simplicité. Après tout ce qui s’est passé, Evra devrait plutôt faire profil bas et se taire. D’ailleurs, on devrait lui interdire de parler aux médias ». Je m’étouffe avec mon pain aux raisins quand j’entends ça. A-t-on jamais vu Luis Fernandez faire lui-même profil bas ? Rien que l'idée fait hurler de rire. Je me souviens qu’un soir, Luis a pourchassé en bagnole un arbitre dans les couloirs du parking qui se trouve sous le Parc des Princes, ce qui lui a valu une suspension de banc d’à peu près trois siècles. A-t-il fait amende honorable ? A-t-il fait profil bas en cette occasion alors que sa conduite (digne de n’importe quelle petite frappe de banlieue) pénalisait son club ? Bien sûr que non. Luis, je l’aime beaucoup, et je l’ai toujours beaucoup aimé. Le midi, je le vois souvent, attablé à la terrasse d’un café situé juste à coté de mon boulot. Mais là, il me semble qu’il manque de recul et d’autocritique. Je me souviens de ses premières saisons en tant qu’entraineur du Paris Saint Germain. Lors de la deuxième, l’équipe avait vraiment fière allure. Cette année là, le PSG avait fait fort la première moitié de saison, humiliant la concurrence. L’équipe avait notamment étrillé le FC Nantes, alors champion en titre, 5 buts à zéro au Parc des Princes. Les buts s’enfilaient comme des perles. A la trêve hivernale, ce PSG là, à qui l’on pensait qu’il n’arriverait rien, avait 10 points d’avance sur le deuxième du championnat. Pourtant, l’équipe périclita et plongea durant la seconde partie de la saison. La raison principale : l’ambiance qui s’était soudainement détériorée. Les joueurs témoignent sur cette époque dans le documentaire réalisée pour les 40 ans du club et ils parlent de Luis, et de l'entraineur qu'il était alors. Djorkaeff ou Alain Roche notamment l’assurent : la qualité première de Luis ne fut pas – c’est le moins que l’on puisse dire – de savoir faire profil bas. L’entraineur parisien était alors omniprésent. Il jouait aux cartes avec les joueurs pendant les mises au vert et s’énervait quand il perdait. Il s’immisçait dans les discussions. Entrait dans les chambres à pas d’heure. Participait même aux oppositions pendant les entrainements. Ces oppositions, révèle Roche, « s’éternisaient si l’équipe dans laquelle jouait Luis Fernandez se faisait dominer. Elles ne se terminaient que lorsqu’il finissait par l’emporter ». Cette année là, le PSG remporta néanmoins la coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe, mais avec un Fernandez mis sous tutelle. La préparation mentale du groupe avant la finale fut même confiée à Yannick Noah qui fut atterré de constater à quel point l’équipe vivait mal, à quel point les liens qui étaient censés l’unir étaient distendus. Non, la qualité première de Luis Fernandez n’est pas de faire profil bas. Rappelons pour finir que Luis Fernandez n’a plus connu le succès avec une équipe de haut niveau depuis 2004. Il a depuis entrainé au Qatar. Il a aussi coaché le Bétis de Séville et Reims pour des résultats pour le moins mitigés. Il est aujourd’hui sélectionneur de l’Equipe nationale d’Israël. Ses rapports avec la presse sont d’ailleurs très tendus. Faire profil bas ne semble toujours pas sa tasse de thé.

Roland Courbis, l’autre expert dépêché par RMC, lui, ne doute pas seulement des qualités humaines d’Evra (1). Pour faire bonne figure et donner l’illusion aux 60 millions de sélectionneurs de RMC que l’on est quand même là pour parler football, il doute également de ses qualités de joueur (1bis) : « Beaucoup de gens disent que Patrice Evra est un joueur différent selon qu'il évolue sous les couleurs de Manchester United ou de l'équipe de France. Pour moi, c'est le même ! Évidemment, ce n'est pas la même équipe...Toutes les lacunes d'Evra sont masquées à Manchester par une organisation et par la présence à ses côtés de grands joueurs. Patrice Evra est un défenseur qui n'a aucune distance de marquage [NDD – est-ce à dire qu’il n’est vraiment nulle part ?], qui est mauvais dans les un-contre-un, qui ferme très mal les angles, qui tourne son cul en se prenant pour un guerrier quand il y a un tir ou un centre ! [NDD – Vous en connaissez beaucoup des gars qui aiment se prendre le ballon dans la gueule ?] C'est un joueur qui est à 80% dans le camp adverse, il fait marquer un but tous les 6 mois et il marque un but par an ! (...) Quand je vois qu'en plus de ça, il est arrogant en se permettant ce genre de déclarations, je m'essuie le front d'un revers de main. » Roland a le sens de la formule c’est certain, et c’est sans aucun doute ce qui lui permet de se distinguer des autres. Pour autant, on se permettra de douter du bien fondé de ses observations. Pour quelques raisons simples. Qui a fait émerger Patrice Evra au plus haut niveau ? Didier Deschamps, c'est-à-dire un joueur et un entraineur qui a cent fois le palmarès d’un Roland Courbis (qui n’a gagné aucun titre en tant qu’entraineur et qui ne fut pas un joueur particulièrement transcendant). Qui a fait de Patrice Evra un titulaire indiscutable dans la deuxième ou troisième meilleure équipe d’Europe, qui a même fait de lui le vice-capitaine de cette équipe ? Alex Ferguson, soit l’un des entraineurs les plus titrés et les plus reconnus du football mondial. Il est à peu près deux cent fois ce que Courbis ne sera jamais. Il faut être bien présomptueux pour imaginer que ces deux entraineurs, qui savent gagner et savent faire gagner leurs équipes, se sont privés par ignorance pendant tant de saisons de trouver un remplaçant au si nullissime Patrice Evra. Mais l’humilité n’est pas vraiment le fort de Roland Courbis.

Il y a enfin les seconds couteaux pour appuyer un peu le trait. Manuel Amoros, qui joua au même poste qu’Evra en équipe de France. Quand j’étais petit, je l’admirais Amoros. Il n’était pas irréprochable, il pétait parfois les plombs pendant les matchs et sa tempérance n’était pas sa qualité première. Quand j’étais pupille, bien qu’occupant le poste d’avant-centre, je portais son numéro 2 (2) sur mon maillot, c’est dire. Louis Nicollin aussi, qui comme chacun sait est un modèle d’élégance et de discrétion. Peut-être Daniel Riolo, le journaliste idiot de service qui beugle aux cotés de Roland Courbis et lui sert de faire valoir. Un type qui ne connait rien à rien mais qui fait semblant de toucher sa bille. (3) Remarquez, on n’est pas obligé d’y connaitre quoi que ce soit pour faire son chemin dans ce milieu de tordus. La preuve, très prochainement, Jean-Michel Larqué et Thierry Roland s’uniront à nouveau et commenteront le match de l’Equipe de France en Roumanie. On les a jetés par la porte, ces deux branques sont revenus par la cheminée. Merci M6 !


(1) Courbis a eu maille à partir avec la Justice à plusieurs reprises. Il a été mis en cause dans plusieurs affaires et a dû effectuer des peines de prison. Il devrait savoir que l’on peut commettre des fautes, payer sa dette et avoir ensuite le droit de vivre normalement. Il va de soi que les affaires de corruption dans lesquelles Courbis a été mis en cause sont d’une autre teneur que le simple fait d’avoir refusé de s’entrainer et de multiplier les déclarations maladroites dans la presse.

(1bis) En consultant le lien du blog une/deux que je me suis permis d'insérer dans ce billet (sans méchanceté, je le dis d'avance), vous vous apercevrez qu'il est dit des observations de Courbis qu'elles sont pertinentes. Peut-être le sont-elles, mais je remarque qu'elles sont bien tardives concernant un joueur qui a 30 ans. Du reste, il y a un an, avant la coupe du monde, la titularisation d'Evra (qui n'était pas un moins bon ni un meilleur joueur) ne posait pas problème au niveau du jeu. Le même (Falconhill) qui trouve aujourd'hui cela pertinent trouvait également très pertinent de sélectionner Evra pour la coupe du monde. La preuve en images. A la même époque, je me souviens également que nombre d'internautes et de journalistes se sont félicités lorsqu'Evra fut désigné capitaine. Tous étaient unanimes parce que, disaient-ils, Evra mouillait le maillot et semblait fier de figurer dans la sélection tricolore.

(2) A une certaine époque, les joueurs de football portait des maillots numérotés de 1 à 11 (pour les titulaires). Le numéro un était pour le gardien de but. Les numéros de 2 à 5 pour les défenseurs. Le 6 pour le milieu défensif. Les 7 et 8 pour les milieux latéraux. Le 10 pour le meneur de jeu. Les 9 et 11 pour les attaquants. Ceci dans le cas où l’équipe jouait avec 4 défenseurs, 4 milieux de terrain (en losange) et 2 attaquants (c’était donc moins figé mais vous avez compris l’idée).

(3) RMC, ce n’est pas que Bourdin et Courbis. C’est aussi Brigitte Lahaie qui conseille les auditeurs sur la meilleure façon de brouter la minette de sa voisine. Des émissions sur les sports mécaniques, sur les suspensions hydrauliques des berlines, le jardinage, les animaux de compagnie en dépression avancée. Le tout,épicé de ces fameuses interventions d'auditeurs - le pouls de la France en quelque sorte - qui ont tant de choses à dire parce qu’ils s’ennuient.