vendredi 25 mars 2016

Helenio per sempre

 A part ça, autant le dire tout de suite, je n’ai jamais pu blairer Johan Cruyff. J’ai d'ailleurs toujours détesté l’Ajax, à peine moins que le FC Barcelone. Je n’ai jamais vu jouer Cruyff ; mais mon père me bassinait à longueur de temps avec le jeu hollandais, la vista du numéro 14 blondinet, le football total et le vent de liberté qui soufflait dans les cheveux longs du onze hollandais. Ha, Johan Cruyff, ha, Johnny Rep, Ha, Neeskens… e tutti quanti. Venait enfin le couplet de la finale de coupe du monde perdue en 1974, face à l’Allemagne des poètes romantiques, menés par Beckenbauer - et Faust sans doute. Le truc d’ancien combattant classique.
    Je n’ai jamais vu jouer Johan Cruyff, disais-je. Quand j’étais gosse, Cruyff était déjà entraineur. Il entraina l’Ajax. Puis il entraina le Barça. Toutes les deux à trois semaines, Cruyff ramenait sa fraise, en juge assermenté du beau jeu et taillait des croupières à ses confrères et à tous les joueurs qui ne respectaient pas les critères d’esthétisme réglementaires. L’ancienne gloire portait devant lui ses décorations et défilait au milieu de haies de courbettes. A la longue, on faisait semblant de plus l'entendre, comme on le fait avec une grand-mère un peu sénile qui n'a pas la langue dans sa poche.
    Je ne t’aimais pas Johann. Tu me faisais chier, avec tes sucettes, ton coté redresseur de torts et tes costumes bon marché. Moi, j'aime le catenaccio, les tacles à hauteur de carotide, Marco Materazzi, la triche et la mauvaise foi…

    Repose en paix quand même, va… Dans le fond, toi et moi, on le sait bien, ce n’est que du football...