mardi 17 février 2009

Est-ce que j'ai une gueule d'acquis social ?


source de revendication

Depuis quelques jours, la blogosphère bruisse de la volonté présidentielle affichée d’en finir avec le congé parental, unilatéralement décrété : immense gâchis national (toujours le goût de la mesure celui-là ; de toute façon, on n'a pas encore inventé le système d'allocations rentable). Je ne vais pas vous faire la longue liste des pages qui en font leur une, vous retrouverez tout cela en suivant le guide et en vous rendant chez Trublyonne. Pour résumer, on s’inquiète d’une nouvelle attaque en règle à l’encontre des acquis sociaux qui furent si chèrement gagnés par les générations précédentes.

Cela va peut-être vous surprendre mais je ne sais pas vraiment qu’en penser, de cette histoire là. Idiot comme je suis, je pensais que le sens du combat féministe et même – allons-y – du combat de gauche consistait à militer pour l’avancée du droit de tous (ce qui passe par une certaine forme d’affranchissement général). On nous a longtemps (rappelez-vous, ce n’est pas si vieux) vanté l’absolue nécessité de permettre aux femmes de faire coïncider vie professionnelle et vie de mère de famille (la seconde de leur mission ne devant sous aucun prétexte nuire à la première). On a longtemps beuglé dans nos oreilles mâles que la place de la femme n’était pas qu’auprès des gosses, auprès de l’essoreuse ou du lave-linge. Nous y adhérons toujours pleinement. C’est là le sens d’un combat d’un demi-siècle. Les femmes n’ont pas vocation à tenir éternellement le foyer, à tenir la bride du gosse en bas âge. A elles aussi les réunions interminables qui ne servent à rien, à elles aussi les joies du licenciement abusif, à elles aussi l’heure supplémentaire (majorée) de trop qui vous fait rentrer chez vous, la démarche lourde et le teint pâle, revenu de tout. A elles encore, le plaisir délictueux de s’affaler devant une émission idiote, le soir venu, l’esprit vide, le corps rompu, moussaka surgelée sur les cuisses, d’avaler, médusée, ces étranges écrans de publicité qui n’hésitent pas - sans honte aucune - à vous vanter en temps réel les qualités du plat dégueulasse que vous êtes pile en train d’ingurgiter.

Un peu d’histoire ne fait pas de mal. Le congé parental date de 1977, il s’agit là d’une réforme de la présidence Giscard. En 1984, (on devine déjà mieux ici la patte gauchisante des ministres socialistes) le concept a été généralisé afin que le père de famille puisse en bénéficier au même titre que la mère (c’est le partage des tâches si chères à certaines ; ou l’inversion d’une certaine forme d’oppression sociale pour les autres). Ne nous y trompons pas. Le foyer ne plaît pas plus à un chômeur qu’il ne plaît à une mère de famille. Passer ses journées à torcher des gosses, à effectuer les mêmes sempiternelles tâches ménagères, à repasser les chemises de son chéri de mari ; cela n’a rien de particulièrement épanouissant. N’écoutez pas tous ceux qui vous diront que c’est là le plus beau métier monde, ils n’en voudraient pas pour tout l’or du monde. Qui en voudrait d’ailleurs ? Parfois, à la faveur d’un jour de congé, échoué comme un cachalot maladroit sur une plage en simili cuir, il est possible que vous preniez quelque malin plaisir à regarder un épisode des Feux de l’Amour ; vous n’imagineriez pas une seule seconde multiplier cette occupation sénile tous les autres jours de la semaine. Physiologiquement et psychologiquement, le foyer vous fait mal. Il ne peut être qu’un choix par défaut. Pourquoi voudriez-vous que certains vivent ce que vous fuiriez comme la peste ? Comment pouvez-vous considérer qu’il s’agisse là d’un réel acquis social ?

Dans les faits, d’ailleurs, bien que le père puisse tout autant que la mère bénéficier dudit congé (on l’a dit plus haut), ce sont en grande majorité les mères qui en « profitent ». Un : la tâche est souvent jugée ingrate ; deux : c’est rémunéré au lance-pierres. Ce qui aurait pu – en se forçant – passer pour un modèle de libéralisation des femmes devient en fait l’instrument hi-tech de leur aliénation. Résumons donc : une loi qui favorise le maintien de la mère au foyer pour des clopinettes et par la même sa dépendance vis-à-vis des revenus du pater familias, toute puissance budgétaire au pays des soutiens-gorges carbonisés, vous appelez ça une réforme de gauche, vous ? Et vous voulez vous battre pour ça ? Avec qui ? Et pour quoi ? En des temps reculés, le député gauchiste se serait levé en plein hémicycle pour dénoncer le nerf visqueux de ces politiques qui ne pensent jamais l’équilibre familial autrement qu’en y maintenant la femme aux fourneaux. Aujourd’hui, c’est Sarkozy qui balance son pavé dans la mare et les socialistes qui s’apprêtent à lever barricades. C’est l’ensemble de l’échiquier politique qui se retrouve sens dessus dessous.

Une gauche responsable d’ailleurs, devrait sauter sur l’occasion pour proposer un plan de grande envergure sur l’effort à consentir pour mettre en place une ambitieuse politique de la petite enfance. Multiplication des systèmes de crèche (dont les crèches d'entreprise). Plan d'aide envers les familles les moins aisés (on pourrait également légitimement penser que passés certains niveaux de rémunérations, les allocations familailes ne devraient pas être versées). Aménagement du temps de travail pour les pères et mères qui le demandent (4/5e aidés notamment). Repenser le congé parental est une réflexion pleine de bon sens et il est dangereux - en se recroquevillant sur des acquis qui n'en sont pas - d’en laisser la responsabilité à un chef de l’état déboussolé, incapable de fédérer qui que ce soit (y compris dans son propre camp), qui trouve logique de remettre en cause simultanément le congé parental et la scolarisation des enfants dès 3 ans (soit, juste après un congé parental qui n'existerait plus). Il est grand temps que sous l’effet d'une gauche qui serait revenue sur terre, cette question dépasse enfin la proposition d’allocation d’aumône pour inciter l’un des parents (la femme de préférence) à rester à la maison. C'est bien d'une réflexion d'ampleur dont nous avons besoin aujourd'hui.

Hélas, il n’y a plus de saison ma bonne dame. D’ici à ce que les socialistes virent familio-gaullistes bon teint...