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Il se niche à l’angle d’une correspondance, sur le quai de la station St Lazare ; ligne 3 du métropolitain de Paris. A cet endroit là, les gens vont et viennent. Le sens interdit qui surplombe la sortie du tunnel n’indique pourtant que le droit exclusif d’en venir, mais les gens n’en font qu’à leur tête. Les gens sont des contrevenants médiocres. Ils fusent de leur wagon et s’engouffrent derechef dans cette brèche interdite, d’un pas nerveux, les banlieusards pour attraper un RER sur le point de partir, les intramurés pour prendre une autre ligne. Rentrer chez soi, rentrer chez soi, l’obsession du transhumant qui se lève et se couche tôt.
Nous sommes des rats.
Lui, il se niche à l’angle de cette correspondance qui est comme un intestin encombré de fécalomes. Et il chante de la variété faisandée sur une bande son de karaoké. C Jérôme. Christophe et Jacques Dutronc. Tiens, il me fait penser à ce type éreinté qui chante depuis des lustres devant la banque, Place Jeanne d’Arc, armé de son magnétophone les jours de marché, au pied de l’Eglise Notre Dame de la Gare qui lui tourne ostensiblement le dos. Lui aussi chante de la variété faisandée, mais plus vieille. Tiens, il me fait penser encore à ce vieux fou qui danse sur de la techno le samedi après-midi, sur le parvis d’Italie 2 (dites Galaxie pour les intimes).
Lui, il chante, imperturbable. Les gens sont comme du remugle, des remontées acides qui lui filent sous le nez, regard collé à la pointe des chaussures. Lui, il a une voix nasillarde, pleine de chuintements. Hier, à la fin d’un tube de Johnny Hallyday – je suis incapable de dire lequel car je passais à ce moment là comme un insecte rampant – il s’exclama d’une voix trainante : « Johnny Hallyday, le plus grand chanteur français, je ne le dis jamais assez ! » Et il enquilla sur une version éraillée de « Paris s’éveille ».
Lui, il est là presque tous les jours. Presque tous les jours, je lui passe sous le nez. Il chante et je l’ignore. En réalité, c’est lui qui m’ignore, lui qui nous ignore tous. Nous, habitués du quai de la station St Lazare - ligne 3 du métropolitain de Paris – nous, qui savons tous qui il est, ce qu’il fait. Nous ne le regardons jamais, ne nous arrêtons jamais, mais nous connaissons son visage, pas un cheveu de sa tignasse grise et grasse ne nous est étranger, nous passons devant lui comme on passe devant un élément récurrent de notre environnement. Il est le paysage familier d’un trajet que l’on entreprend quotidiennement. Comme un IKEA massif en bordure d’autoroute.
Lui, il ne connait pas nos visages. Il ignore qui nous sommes. Il chante des chansons que je déteste, des chansons dont les mélodies me hérissent les poils des bras et des jambes. De chanteurs dont je maudis parfois l’existence. Et pourtant, à chaque fois que j’entends sa voix résonner dans ces souterrains à l’émail fêlé, je souris bêtement. Je souris parce que le plaisir solitaire qu’il a décidé néanmoins de partager nie nos existences infatuées de la plus superbe des façons.
Nous sommes des rats.
Lui, il se niche à l’angle de cette correspondance qui est comme un intestin encombré de fécalomes. Et il chante de la variété faisandée sur une bande son de karaoké. C Jérôme. Christophe et Jacques Dutronc. Tiens, il me fait penser à ce type éreinté qui chante depuis des lustres devant la banque, Place Jeanne d’Arc, armé de son magnétophone les jours de marché, au pied de l’Eglise Notre Dame de la Gare qui lui tourne ostensiblement le dos. Lui aussi chante de la variété faisandée, mais plus vieille. Tiens, il me fait penser encore à ce vieux fou qui danse sur de la techno le samedi après-midi, sur le parvis d’Italie 2 (dites Galaxie pour les intimes).
Lui, il chante, imperturbable. Les gens sont comme du remugle, des remontées acides qui lui filent sous le nez, regard collé à la pointe des chaussures. Lui, il a une voix nasillarde, pleine de chuintements. Hier, à la fin d’un tube de Johnny Hallyday – je suis incapable de dire lequel car je passais à ce moment là comme un insecte rampant – il s’exclama d’une voix trainante : « Johnny Hallyday, le plus grand chanteur français, je ne le dis jamais assez ! » Et il enquilla sur une version éraillée de « Paris s’éveille ».
Lui, il est là presque tous les jours. Presque tous les jours, je lui passe sous le nez. Il chante et je l’ignore. En réalité, c’est lui qui m’ignore, lui qui nous ignore tous. Nous, habitués du quai de la station St Lazare - ligne 3 du métropolitain de Paris – nous, qui savons tous qui il est, ce qu’il fait. Nous ne le regardons jamais, ne nous arrêtons jamais, mais nous connaissons son visage, pas un cheveu de sa tignasse grise et grasse ne nous est étranger, nous passons devant lui comme on passe devant un élément récurrent de notre environnement. Il est le paysage familier d’un trajet que l’on entreprend quotidiennement. Comme un IKEA massif en bordure d’autoroute.
Lui, il ne connait pas nos visages. Il ignore qui nous sommes. Il chante des chansons que je déteste, des chansons dont les mélodies me hérissent les poils des bras et des jambes. De chanteurs dont je maudis parfois l’existence. Et pourtant, à chaque fois que j’entends sa voix résonner dans ces souterrains à l’émail fêlé, je souris bêtement. Je souris parce que le plaisir solitaire qu’il a décidé néanmoins de partager nie nos existences infatuées de la plus superbe des façons.
Tu pourrais lui filer quelques pièces...
RépondreSupprimerNicolas,
RépondreSupprimerTu as raison ! "Rats" a un double sens...
Par contre, le mec d'italie 2 ne fait pas la manche. Il danse, c'est tout, une casquette à l'envers sur le front...
RépondreSupprimerTout le monde (dé)chante. Enfin presque tout le monde.
RépondreSupprimerUn genre de "témoin", en quelque sorte. Au même titre que la météo du jour, le vendeur de journaux ou le type qui décharge sa camionette au même endroit tous les matins.
RépondreSupprimerNos circuits journaliers sont ainsi jalonnés de tout un tas de témoins qui - allumés, éteints ou clignotants - permettent de nous repérer dans l'espace et le temps.
Rien de plus à remarquer dans ces témoins là : quand ils courent, les rats ne lèvent pas le tête, de toute façon.