Richard
Anthony est mort. On s’en fiche un peu, bien sûr. On avait fini par l’oublier
complètement. Les médias, eux, tournent en boucles. La nostalgie fait des
ravages. Cela ne surprendra personne. On recense les titres des nécrologies en
souriant. Richard Anthony n’entendra plus
siffler le train. Richard Anthony : Salut le copain - celui-là, c’est
mon préféré. Plus sobre (mais tout
aussi drôle) : Richard Anthony :
la fin des yéyé. Comme si cette mode idiote avait réellement survécu jusque nous. Le
compte twitter de la SNCF a réagi. C’est un peu affligeant, se dit-on en
ricanant. Quand j’étais gosse, dans les années 80, Richard Anthony, c’était
surtout ce gros type barbu qui avait l'air de sortir de son pieu, qui n’avait pas correctement déclaré ses revenus et qui
avait passé quelques jours en taule. De temps en temps, on le voyait resurgir à
la télévision pour chanter une chanson de sa jeunesse – de leur jeunesse à tous
(ce qui constituait pour moi une circonstance aggravante). Avec mon père, on pouffait
de rire sur le canapé. Richard Anthony était à l’époque de ces vedettes qui
revenaient de temps en temps clamer haut et fort qu’elles existaient. C’était à
la fois drôle et pathétique. Au panthéon de l’éternel retour complètement foiré
trônait Danièle Gilbert. Elle venait Danièle, et elle souriait de toutes ses dents. On
évoquait ses souvenirs de télévision, en compagnie de Michel Drucker certainement ou de cet abruti de Patrick Sabatier (celui-là, il ne se doutait que le même destin l'attendait, bras grands ouverts), bonne cliente, elle racontait quelques anecdotes, ma
mère disait qu’elle avait de belles jambes et nous pensions, heureusement qu’elle
a de belles jambes parce qu’avec une gueule pareille, ça doit pas être facile
tous les jours. Elle avait de chouettes nichons aussi. Elle avait posé dans Lui, gentiment à poil : le scandale
avait été retentissant. A l’époque, cela ne se faisait pas. On avait l'impression d'assister à une lente et interminable chute et c'est sans doute ce qui nous fascinait le plus chez elle. Voilà sans doute pourquoi nous la regardions et guettions ses retours comme autant de sucreries dans nos vies pâles et médiocres. Évidemment, tout
cela n’avait d’autre but que de permettre à la gentille Danièle de réaffirmer
son vœu de revenir faire de la télé ; voeu qui ne serait pas exaucé. Elle quémandait en direct. Nous savourions cet abaissement comme les adolescents savourent aujourd'hui la bêtise des aspirants vedettes ; ces matériaux jetables qui font la matière des émissions de télé-réalité. Richard Anthony, lui, il revenait à échéances fixes, sans véritables illusions. Sans
ambition particulière. Ses retours constituaient les buzz à infusion lente de l’époque. Le
chanteur à fraude fiscale réapparaissait. Il est de retour et il est venu avec
le chèque de son tiers provisionnel. Le concept se suffisait à lui-même. Le divertissement. On s’interrogeait
les uns les autres, massés devant le téléviseur : il a encore grossi, non ?