Une pièce du dernier disque du pianiste Shai Maestro, mystérieusement baptisé Untold Stories, se nomme Painting Live. En l'écoutant, on comprend ce qui rend ce musicien si particulier. Cette composition est en ce sens une sorte de clé, généreusement cédée. C'est en effet ce qu'il fait, peindre, et peindre d'un seul geste. Bien sûr, il y a dans ce seul et même geste toute une décomposition, on y retrouve la suspension, la pensée, les allers et retours à la palette des couleurs, l'élan de l'esquisse et le souci de la finition. Tout cela à la fois. On pressent la chose moins écrite que savamment travaillée, réfléchie. Sans doute a-t-il en effet pensé tout cela avant de se mettre derrière le piano - longuement, sereinement. Les notes étaient sans doute déjà avec lui avant de résonner, les notes et les intentions. La palette était sans aucun doute prête à l'emploi. Difficile de peindre à plusieurs, c'est pourquoi la tentation de la solitude n'est guère lointaine, malgré la présence, rassurante peut-être, de ces acolytes habituels de trio. Shai Maestro - quel nom, vraiment - avait déjà, lorsqu'il jouait pour d'autres, le don, chargé de peu de notes, d'enluminer des compositions bâties parfois sur trois fois rien. Désormais qu'il roule pour lui, on lui sent le pinceau libre, ses compositions prennent littéralement forme devant nous, en toute quiétude et en toute patience.