jeudi 14 février 2008

Chan-teuh, la vie chan-teuh...



(Couplet sensible)

J’ai vécu à peu près 4 ans dans 25 m2 avec mon épouse. Un petit appartement boisé, typique –pittoresque diraient certains – qui donnent sur la rue Mouffetard, dans le 5e arrondissement de Paris. Une île d’amour. Avec deux petites lanternes suspendues à chaque fenêtre. Que l’on allumait autrefois lorsque l’un d’entre nous n’était pas là et pour qu’il puisse toujours, symboliquement retrouver le chemin de la maison.

C’était petit, mais nous n’étions guère que deux. L’espace ne nous manquait pas et étant libres tous deux comme l’air, nous n’avions qu’à sortir de chez nous si l’envie nous en prenait pour humer l’air vicié. Cette danse à deux ne dura que peu de temps. En mars 2006, ma seconde fille naquit et en octobre de la même année, je récupérai la garde de la première. Autrefois deux, nous étions désormais quatre, et les murs n’avaient pas obtenu entre temps la capacité de pousser un peu plus loin pour nous offrir l’espace nécessaire. Si je compte bien, nous avons donc vécu comme cela, à 4, dans ce petit studio d’octobre 2006 jusqu’à février 2008. Soit un peu plus d’un an. Comme nous avions dès le début effectué une demande d’attribution de logement social (en juillet 2004), si je compte toujours bien, il nous aura fallu près de 4 ans pour obtenir satisfaction. C’est dans la moyenne, dit-on.

Refrain (tous en chœur)

Mais aujourd’hui, c’est bien fini,
Aujourd’hui, c’est derrière moi.

(Couplet de misère)

Pendant un an, ce fut donc le foutoir total dans 25 m2. Les nuits blanches avec les gosses malades, les virus qui se propagent comme une voiture de sport sur une autoroute, l’intimité ?, une vue de l’esprit, sauf quand les gosses vont voir chez leurs grands-parents si on y est, les mômes qui pleurent, se chamaillent, sautent sur le canapé parce que c’est bien fendard et que ça rebondit, les jouets pleins de petites musiques débilitantes, qui clignotent, comptent, et vous apprennent à compter, épellent des mots, répètent inlassablement la même lettre de l’alphabet, parlent anglais, chantent des comptines au sens mystérieux, dont on connaît bientôt la moindre sentence mille fois rabachées, et qui se mettent en marche à 2h00 du matin sans même un avertissement, et qui vous réveillent, trempé de sueur, hébété, flippé, le cœur battant à tout rompre, les dessins animés qui durent des heures, et que vous ne pouvez pas fuir dans l’exiguïté du logement, les odeurs de bouffe qui ne veulent pas s’en aller et qui pourrissent le linge, qu’il faut donc laver à nouveau, le repassage qu’il faut faire, avec les filles qui se faufilent entre vos jambes, la table qui vacille et votre cœur qui s’arrête encore parce que vous imaginez le fer tomber sur le visage d’un enfant et vous gueulez qu’il faut pas jouer autour de la table à repasser, que vous l’avez déjà dit un bon millier de fois, la salle de bains, quotidiennement soumise à l’inondation, les nerfs qui lâchent, la lumière qu’il faut éteindre quand les filles font la sieste et la sieste qu’il faut se forcer soi-même à faire, parce qu’il leur faut dormir, pour leur bien être, les renvois de la petite dernière sur le canapé, qu’on a bientôt l’impression de laver tous les jours, et les filles, elles aussi, qui se sentent à l’étroit, et les réveils du matin, quand l’un se réveille, c’est le tour de tous, pendant un an, voilà. Pendant un an, trois mois et quinze jours. Jusqu’à ce 15 février 2008. Vendredi qui vient. Demain, je sais plus, demain. Oui, c’est demain. Les clés, on va me donner mes clés, et les murs vont s’écarter, faire des petits, proliférer, les cochons, s’acoquiner, d’une pièce, devenir quatre, à la grâce d’une merveilleuse, onirique, indécente, fabuleuse partie de jambes en l’air. Et nous serons quatre, et nous vivrons dans 80 m2.

Refrain (tous en chœur)

Mais aujourd’hui, c’est bien fini,
Aujourd’hui, c’est derrière moi.

(Couplet de joie)

Je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça. Ah si, parce que je n’aurai pas le plaisir de venir nourrir ce blog jusqu’au mercredi 20 février.

C’est un billet d’absence en quelque sorte.