
Je dois le confesser, je n’ai pas vraiment l’esprit mathématique. J’ai toujours été parfaitement médiocre en calcul mental. Je me suis toujours montré parfaitement incompétent en démonstrations chiffrées. Même la numérologie la plus absconse, la plus incohérente, la plus étroitement ésotérique, me violente le cortex sans me laisser le temps de la réfutation la plus enfantine.
Je dois également confesser que cette matière n’a jamais su susciter en moi assez d’agrément pour que je cherche à en percer le mystère, pour que je parvienne à me convaincre de faire les efforts nécessaires, que je réussisse à combler un retard qui serait bientôt irrémédiable. Je sais ce que c’est qu’un type qui ne sait ni lire ni écrire. Il y a bien un mot pour ça. Il y en a même un pour celui qui n’a jamais rien appris de cela. Mais un type qui ne sait pas compter, un type qui reste l’esprit collé dans de la glu dès qu’il s’agit pour lui d’appliquer la plus élémentaire formule mathématique, un type qui ne parvient même pas à prendre trois pauvres mesures pour poser correctement le plan de travail de sa cuisine ? Quel est le mot qui dit cela ? Nous avons l’analphabète, l’illettrée, l’aphasique, le dyslexique. Mais qu’avons-nous pour celui que le moindre chiffre maltraite ? Nous n’avons rien, il me semble. Parce que le chiffre, la capacité de dénombrer, de retenir, de multiplier, de mettre en rapport mathématique, de lier l’espace, le temps, le soi et le reste, est une chose humaine, innée, qu’il ne suffit que de faire gonfler en soi comme un petit ballon pour enfants…mettons que je me sois un temps appliqué à souffler dedans (histoire de parvenir à compter jusqu’à 243), la petite baudruche me sera restée coincé dans le gosier.
Ce matin, j’ai entendu qu’un appartement new-yorkais venait de se voir offrir la palme de la démesure. 18 000 mètres carrés. Je ne parviens pas à me rendre bien compte. En admettant que vingt personnes résident entre ces murs, cela laisse 900 mètres carrés à chacun pour obtenir le droit de ne pas se croiser au petit matin, à la porte de la salle de bains. En admettant que l’architecte ait prévu un chiotte tous les 80 mètres carrés, cela signifie que l’appartement entier contient 225 cuvettes à merde… Puisque mon nouvel appartement fait justement 80 mètres carrés, cela veut dire également que cet appartement fait 225 fois le mien. Comment se rendre compte d’un machin pareil ?
Quelques secondes plus tard, la voix du journaliste dit que le dernier film du comique Danny Boon, sur les habitants du Nord de la France bat déjà tous les records, dès le premier jour de sortie. 76 mille spectateurs pour la seule journée d’hier. Soit, ajoute-t-il, trois fois plus que ce pauvre Astérix (qui a bon dos). Rien que là, j’ai besoin d’une calculatrice ? Alors, 76 000 divisé par trois, ça nous donne 25 333,33333. On peut comparer cela avec deux enceintes sportives. 25 333,33333 personnes, c’est l’affluence (un peu exagérée) du vieux stade Nungesser à Valenciennes et 76 000, c’est un Stade de France avec 4 000 places non occupées. Mais ce chiffre là ne veut rien dire, puisque 25 333,33333 spectateurs Valenciennois font bien plus de bruit que les 76 000 types polis, bien élevés, ramollis du Stade de France. Je sais que l’esprit humain a ses limites. Si je me représente, quatre lapins visuellement, je les distingue parfaitement. Mais 76 mille. Là, je sèche. Etant donné que je ne sais plus quel scientifique a déterminé que l’homme n’utilise qu’une toute petite parcelle de son cerveau, je me demande si l’utilisation totale de l’espace disponible nous permettrait de visualiser l’innombrable. Et si cette perception nouvelle ne nous rendrait pas tout à fait omniscient. Carrément flippant en fait !
Un jour, on me retrouvera bouffé par des chiffres, comme une vieille seule par ses chats, rendu fou par des rapports abscons, des tentatives désespérées de mettre la démesure en boite. Ça commence mal, je viens de me lancer dans la lecture des Bienveillantes de Litell. Après la polémique, à moi donc ’immerger dans ces quelques 1400 pages ; en voilà un chiffre étonnant ! 1400, rien que ça…faut avoir des trucs à dire tout de même… Qui a dit que j’étais trop long ?
Je dois également confesser que cette matière n’a jamais su susciter en moi assez d’agrément pour que je cherche à en percer le mystère, pour que je parvienne à me convaincre de faire les efforts nécessaires, que je réussisse à combler un retard qui serait bientôt irrémédiable. Je sais ce que c’est qu’un type qui ne sait ni lire ni écrire. Il y a bien un mot pour ça. Il y en a même un pour celui qui n’a jamais rien appris de cela. Mais un type qui ne sait pas compter, un type qui reste l’esprit collé dans de la glu dès qu’il s’agit pour lui d’appliquer la plus élémentaire formule mathématique, un type qui ne parvient même pas à prendre trois pauvres mesures pour poser correctement le plan de travail de sa cuisine ? Quel est le mot qui dit cela ? Nous avons l’analphabète, l’illettrée, l’aphasique, le dyslexique. Mais qu’avons-nous pour celui que le moindre chiffre maltraite ? Nous n’avons rien, il me semble. Parce que le chiffre, la capacité de dénombrer, de retenir, de multiplier, de mettre en rapport mathématique, de lier l’espace, le temps, le soi et le reste, est une chose humaine, innée, qu’il ne suffit que de faire gonfler en soi comme un petit ballon pour enfants…mettons que je me sois un temps appliqué à souffler dedans (histoire de parvenir à compter jusqu’à 243), la petite baudruche me sera restée coincé dans le gosier.
Ce matin, j’ai entendu qu’un appartement new-yorkais venait de se voir offrir la palme de la démesure. 18 000 mètres carrés. Je ne parviens pas à me rendre bien compte. En admettant que vingt personnes résident entre ces murs, cela laisse 900 mètres carrés à chacun pour obtenir le droit de ne pas se croiser au petit matin, à la porte de la salle de bains. En admettant que l’architecte ait prévu un chiotte tous les 80 mètres carrés, cela signifie que l’appartement entier contient 225 cuvettes à merde… Puisque mon nouvel appartement fait justement 80 mètres carrés, cela veut dire également que cet appartement fait 225 fois le mien. Comment se rendre compte d’un machin pareil ?
Quelques secondes plus tard, la voix du journaliste dit que le dernier film du comique Danny Boon, sur les habitants du Nord de la France bat déjà tous les records, dès le premier jour de sortie. 76 mille spectateurs pour la seule journée d’hier. Soit, ajoute-t-il, trois fois plus que ce pauvre Astérix (qui a bon dos). Rien que là, j’ai besoin d’une calculatrice ? Alors, 76 000 divisé par trois, ça nous donne 25 333,33333. On peut comparer cela avec deux enceintes sportives. 25 333,33333 personnes, c’est l’affluence (un peu exagérée) du vieux stade Nungesser à Valenciennes et 76 000, c’est un Stade de France avec 4 000 places non occupées. Mais ce chiffre là ne veut rien dire, puisque 25 333,33333 spectateurs Valenciennois font bien plus de bruit que les 76 000 types polis, bien élevés, ramollis du Stade de France. Je sais que l’esprit humain a ses limites. Si je me représente, quatre lapins visuellement, je les distingue parfaitement. Mais 76 mille. Là, je sèche. Etant donné que je ne sais plus quel scientifique a déterminé que l’homme n’utilise qu’une toute petite parcelle de son cerveau, je me demande si l’utilisation totale de l’espace disponible nous permettrait de visualiser l’innombrable. Et si cette perception nouvelle ne nous rendrait pas tout à fait omniscient. Carrément flippant en fait !
Un jour, on me retrouvera bouffé par des chiffres, comme une vieille seule par ses chats, rendu fou par des rapports abscons, des tentatives désespérées de mettre la démesure en boite. Ça commence mal, je viens de me lancer dans la lecture des Bienveillantes de Litell. Après la polémique, à moi donc ’immerger dans ces quelques 1400 pages ; en voilà un chiffre étonnant ! 1400, rien que ça…faut avoir des trucs à dire tout de même… Qui a dit que j’étais trop long ?