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La plupart des œuvres qui prennent pour sujet la vie de Marilyn Monroe commencent par la fin ; une manière comme une autre de bien vous faire comprendre où vous mettez les pieds. Des feux clignotants si vous préférez, avec des sirènes et des trompettes, comme lorsque quelqu’un vous fait une blague salace dans une soirée mondaine corsetée et qu’il l’accompagne d’un clin d’œil inutile. Un passage obligé en quelque sorte qui permet à « l’auteur » de vous mener en terrain connu : « attention, vous êtes bien en train de lire un bouquin sur Marilyn » ; « Vous vous souvenez, hein, qu’elle meurt à la fin, dans des circonstances troubles…vous attendez l’épisode de la poire à lavement dans l’anus, vous l’aurez… » ; « tout le reste n’est que peccadille, mise en bouche avant le dénouement sacrificiel ».
Et c’est en effet le cas. Le moindre geste, la moindre parole, la moindre réplique de film, le moindre événement de sa vie deviennent signifiants, épluchés, mis en relation dans le seul dessein de mettre en valeur l’apothéose finale. Comme s’il n’était jamais arrivé à Marilyn de simplement boulotter une plaquette de chocolat en ne pensant à rien, de vivre ne serait-ce que quelques poignées de seconde sans tourner inlassablement autour de ses présumées névroses. Marilyn Monroe, c’est une chimère shooté au déterminisme, une baudruche essentiellement mue par l’atavisme. Un destin les amis !
« Blonde » de Joyce Carol Oates ne dément aucune de ses règles. Dès les premières lignes, dans l’emportement d’une métaphore lourde – lourde – de sens, « la Mort cogne à la porte de la maison de Marilyn et lui dépose un colis ». Voilà qui donne tout de suite envie de refermer son bouquin, mais heureusement, il m’en faut plus pour que je cède au découragement ! D’autant plus qu’avec une introduction pareille, on s’attend à déguster du pesant, du glauque, du morbide et du peu ragoûtant. Miam !
La thèse psychologique de ce roman (car, c’en est un, en tous cas, c’est ce qu’en dit l’éditeur en exergue au cas où quelques abrutis prendraient ce récit téléguidé au pied de la lettre) est elle aussi d’une finesse à couper le souffle. Finalement, le problème de Marilyn, c’est d’avoir eu une Maman tarée et pas de Papa du tout. C’est de là que tout vient. Les photos à poil, les baises avec tout Hollywood, la came (impressionnant catalogue de cachetons pour dormir, planer, penser à autre chose, ne pas penser, dormir encore, se réveiller, retrouver un peu de lucidité, s’enfoncer dans des vapes aussi épaisses qu’un brouillard écossais…), les avortements et les fausses couches, les mariages ratés, les mauvaises fréquentations, et la mort. Tout n’a qu’une seule origine : l’absence d’une vraie vie de famille. Marilyn, nous raconte-t-on croirait longtemps à ce que sa mère lui révèlerait un jour sombre d’anniversaire : « ton Papa, Norma Jeane, c’est Clark Gable » ; d’où bien entendu, ce besoin irrépressible de devenir actrice de cinéma.
Pour ce faire, comme de bien entendu, elle couche avec tout le monde, et au passage, on l’humilie, on la martyrise, on la mutile. On la tue. Avant l'heure... Et cela ne fait guère que la mener lentement vers ce que l’on sait (on attend bave aux lèvres).
Mais il y a pire. Les profils psychologiques haut en couleurs des maris de Marilyn (enfin, les deux derniers surtout, le premier n'est pas connu, quel intérêt ça peut avoir ?). Joe Di Maggio, nommé sobrement « L’ex-sportif » (je suppose que c’est pour distinguer les connaisseurs des autres). Légende du Base-Ball, petit italien issu d’un milieu populaire. Comment pouvait-il être autrement dépeint qu’en type seulement intéressé par le physique de la star, se sentant flatté de l’avoir au bras lors de ses sorties mondaines, autrement dépeint qu’en homme jaloux obsessionnel, empêchant la grande Marilyn de jouer les aguicheuses, lui ordonnant compulsivement de raccourcir toutes ses robes ? C’est que L’ex-sportif en bon rital de base, un peu con aime sa mère d’un amour déraisonnable. Comment pouvait-on parler de lui sans le décrire comme un type aux manières rudes, un type brutal, machiste, rétrograde, habitué à cogner les femmes récalcitrantes ? Un sportif en somme !
Et Arthur Miller, qui devient sous la plume d’Oates, « Le Dramaturge ». Un être sensible, ébloui par l’aura de Marilyn plus que par son sex-appeal, ne souhaitant rien d’autre que la sauver par l’écriture…en réécrivant les drames de sa vie de manière heureuse, mais échouant dans tous les sens du terme. Impuissance de la page blanche et vertige de la débandaison, et on peut même mettre ça dans le sens qu’on veut. La classe avec un C majestueux comme le H du grand :
Et c’est en effet le cas. Le moindre geste, la moindre parole, la moindre réplique de film, le moindre événement de sa vie deviennent signifiants, épluchés, mis en relation dans le seul dessein de mettre en valeur l’apothéose finale. Comme s’il n’était jamais arrivé à Marilyn de simplement boulotter une plaquette de chocolat en ne pensant à rien, de vivre ne serait-ce que quelques poignées de seconde sans tourner inlassablement autour de ses présumées névroses. Marilyn Monroe, c’est une chimère shooté au déterminisme, une baudruche essentiellement mue par l’atavisme. Un destin les amis !
La thèse psychologique de ce roman (car, c’en est un, en tous cas, c’est ce qu’en dit l’éditeur en exergue au cas où quelques abrutis prendraient ce récit téléguidé au pied de la lettre) est elle aussi d’une finesse à couper le souffle. Finalement, le problème de Marilyn, c’est d’avoir eu une Maman tarée et pas de Papa du tout. C’est de là que tout vient. Les photos à poil, les baises avec tout Hollywood, la came (impressionnant catalogue de cachetons pour dormir, planer, penser à autre chose, ne pas penser, dormir encore, se réveiller, retrouver un peu de lucidité, s’enfoncer dans des vapes aussi épaisses qu’un brouillard écossais…), les avortements et les fausses couches, les mariages ratés, les mauvaises fréquentations, et la mort. Tout n’a qu’une seule origine : l’absence d’une vraie vie de famille. Marilyn, nous raconte-t-on croirait longtemps à ce que sa mère lui révèlerait un jour sombre d’anniversaire : « ton Papa, Norma Jeane, c’est Clark Gable » ; d’où bien entendu, ce besoin irrépressible de devenir actrice de cinéma.
Pour ce faire, comme de bien entendu, elle couche avec tout le monde, et au passage, on l’humilie, on la martyrise, on la mutile. On la tue. Avant l'heure... Et cela ne fait guère que la mener lentement vers ce que l’on sait (on attend bave aux lèvres).
Mais il y a pire. Les profils psychologiques haut en couleurs des maris de Marilyn (enfin, les deux derniers surtout, le premier n'est pas connu, quel intérêt ça peut avoir ?). Joe Di Maggio, nommé sobrement « L’ex-sportif » (je suppose que c’est pour distinguer les connaisseurs des autres). Légende du Base-Ball, petit italien issu d’un milieu populaire. Comment pouvait-il être autrement dépeint qu’en type seulement intéressé par le physique de la star, se sentant flatté de l’avoir au bras lors de ses sorties mondaines, autrement dépeint qu’en homme jaloux obsessionnel, empêchant la grande Marilyn de jouer les aguicheuses, lui ordonnant compulsivement de raccourcir toutes ses robes ? C’est que L’ex-sportif en bon rital de base, un peu con aime sa mère d’un amour déraisonnable. Comment pouvait-on parler de lui sans le décrire comme un type aux manières rudes, un type brutal, machiste, rétrograde, habitué à cogner les femmes récalcitrantes ? Un sportif en somme !
Et Arthur Miller, qui devient sous la plume d’Oates, « Le Dramaturge ». Un être sensible, ébloui par l’aura de Marilyn plus que par son sex-appeal, ne souhaitant rien d’autre que la sauver par l’écriture…en réécrivant les drames de sa vie de manière heureuse, mais échouant dans tous les sens du terme. Impuissance de la page blanche et vertige de la débandaison, et on peut même mettre ça dans le sens qu’on veut. La classe avec un C majestueux comme le H du grand :
H O L L Y W O O D
Et Kennedy. Bien sur, « Le Président » ou « Le beau Prince ». Pourquoi résister à l’envie de le contempler ivre de pouvoir, jouant avec les vies, tout acquis à cette conscience d’en disposer comme bon lui semble, insultant la brave Marilyn tandis qu’enamourée, elle avale tout l’équivalent de son sperme, puis la droguant et l’offrant à ses potes de sauterie ! La très très grande classe, on vous dit. La grande Classe au rayon grosses caricatures !
Et ce ton affecté, cette propension idiote à nommer les « célèbres » par des initiales, W. pour Billy Wilder, H. pour Huston, Z pour Zanuck, comme pour montrer qu’on a bien potassé son histoire du cinéma… Ces kilos de poèmes écrits par une Marilyn espérante, fiévreuse et déboussolée, ressassant sans cesse ces confusions ; Papa, Le Beau Prince, L'amant et plein de lettres pour un chouette alphabet phallique...
Le pire dans cette histoire, c’est que ce bouquin pèse 1110 pages et que je les ai toutes lues (enfin, en sautant quand même deux ou trois phrases ; à cause de deux ou trois redondances (sic)…).
[Blonde de Joyce Carol Oates – trad. Claude Seban – éd. De Poche - 1115 pages]