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Dites-moi, quoi de plus con qu’un hommage ? A chaque fois qu’un type tombe, qu’une nécro pond une ligne de plus, une armée de bouches pâteuses vient déposer sa gerbe, pour repartir en trottinant, dans le désordre sentimental du travail bien fait.
Rendre un hommage à un mort, c’est commencer par faire l’aveu qu’on est en retard. Ce sentiment là nous oblige à gommer toute aspérité. Le bon devient saint, le talentueux devient génie, le beau devient splendide.
Un fondu de jazz qui tient un blog de nos jours passe plus de temps à rattraper le temps perdu qu’à dérouler le tapis rouge de ses émotions. Ça tombe un peu comme des mouches. Abruptement. Lundi, c’est le pianiste suédois Esbjorn Svensson qui est mort. D’un accident de plongée. En compagnie de deux autres compères que je m’empresse de nommer (Dan Berglund - contrebasse & Magnus Östrom - batterie), il faisait vivre un trio plutôt unique et étonnant : E.S.T ! (Esbjorn Svensson Trio)
Je me suis toujours dit à propos de ce groupe que j’avais le temps. J’avais le temps d’aller les voir en concert, le temps d’éplucher leur imposante discographie, le temps de mesurer leur impact (impact réel puisqu’ils ont contribué à imposer un style de jazz très aventureux, moins lisse, défrisant les puristes au passage).
J’avais le temps. Svensson était jeune. La musique du trio était encore perfectible. Elle s’encombrait encore un peu trop des lourdeurs du studio à mon goût, d'arrangements faussement heureux qui vous parasitent une musique, la polluent un peu. J’attendais patiemment la nébuleuse qui les rendrait immortel.
Voilà où j’en suis. Voilà le retard que j’ai pris, comment piteusement j’essaie de rapatrier mes galons, mes confettis pour tresser des lauriers d’après fanfare.
C’est d’autant plus dommage que comme vous pourrez le constater sur cette vidéo, ce trio était une véritable machine à émotions, le témoin d’une musique vivante, qui prenait tout son sens sur scène (sans artifice pour le coup), dans le plus pur esprit du jazz ; une musique de sang, de chair, improbable, composée d’accidents, d’inattendu.
Il vaut mieux tard que jamais, dit-on. Je ne le crois même pas.
E.S.T.
Behind the Yashmak
Rendre un hommage à un mort, c’est commencer par faire l’aveu qu’on est en retard. Ce sentiment là nous oblige à gommer toute aspérité. Le bon devient saint, le talentueux devient génie, le beau devient splendide.
Un fondu de jazz qui tient un blog de nos jours passe plus de temps à rattraper le temps perdu qu’à dérouler le tapis rouge de ses émotions. Ça tombe un peu comme des mouches. Abruptement. Lundi, c’est le pianiste suédois Esbjorn Svensson qui est mort. D’un accident de plongée. En compagnie de deux autres compères que je m’empresse de nommer (Dan Berglund - contrebasse & Magnus Östrom - batterie), il faisait vivre un trio plutôt unique et étonnant : E.S.T ! (Esbjorn Svensson Trio)
Je me suis toujours dit à propos de ce groupe que j’avais le temps. J’avais le temps d’aller les voir en concert, le temps d’éplucher leur imposante discographie, le temps de mesurer leur impact (impact réel puisqu’ils ont contribué à imposer un style de jazz très aventureux, moins lisse, défrisant les puristes au passage).
J’avais le temps. Svensson était jeune. La musique du trio était encore perfectible. Elle s’encombrait encore un peu trop des lourdeurs du studio à mon goût, d'arrangements faussement heureux qui vous parasitent une musique, la polluent un peu. J’attendais patiemment la nébuleuse qui les rendrait immortel.
Voilà où j’en suis. Voilà le retard que j’ai pris, comment piteusement j’essaie de rapatrier mes galons, mes confettis pour tresser des lauriers d’après fanfare.
C’est d’autant plus dommage que comme vous pourrez le constater sur cette vidéo, ce trio était une véritable machine à émotions, le témoin d’une musique vivante, qui prenait tout son sens sur scène (sans artifice pour le coup), dans le plus pur esprit du jazz ; une musique de sang, de chair, improbable, composée d’accidents, d’inattendu.
Il vaut mieux tard que jamais, dit-on. Je ne le crois même pas.
E.S.T.
Behind the Yashmak
(live à Juan Les Pins – 19 juillet 2003)
Ce titre est disponible originellement sur le disque : Strange place for snow
Ce titre est disponible originellement sur le disque : Strange place for snow