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La RATP, ça n’a l’air de rien mais ça en dit plus que pas mal d’autres trucs sur ce qu’on fait et comment on le fait. Ah, on y est, qu’ils se disent, il va nous faire la sempiternelle galerie de portraits, entre le gros dégueu qui se fourre les doigts dans le nez, et la brune incandescente qui fait la fière, le rêveur qui tripote une barre chocolatée le regard perdu, le type qui pue, la nénette trop parfumée, les familles à scinder entre celles qui fourrent leur marmaille en poussette en plein milieu du chemin et celles qui plient respectueusement l’attirail, ceux qui font la tronche quand un roumain joue « La vie en rose » pour la 589e fois de la journée et ceux qui s’émerveillent d’un rien et qui répandent leur porte-monnaie, le distinguo facile et redresseur de tort qui vous fait mal juger ceux qui gardent au chaud leur aumône pour se payer le journal (j’aurais pu dire Le Figaro, vous voyez…) et ceux qui déversent leur bonne conscience dans le gobelet en plastique d’un type qu’ils oublieront dans 1, 2 ,3, 4 secondes.
Non, non. Ce que j’ai à dire sur la question est plus terre à terre. Et rien qui ne tienne de la présomption ou de l’imagination fertile du petit gratteur en goguette – je m’arrête ici : ils vous font pas marrer ces gens qui prétendent écrire dans les cafés ou dans le métro, ou dans les lieux publics ? Qui prétendent humer l’esprit du péquin de sortie ? Moi, ils m’amusent beaucoup… Je reprends, heu, où en étais-je ? Ah oui, j’ai remarqué quelque chose d’invariable sur ma ligne de métro.
D’ordinaire, je me lève à 7h00. A 7h05, je me fais gicler un café et je fume une clope en le sirotant. Si je ne fais pas de malaise, à 7h10, je suis sous la douche. A 7h15, je m’habille et je traînasse jusque 7h20, je lis les insomniaques qui postent sur mon blog, vérifie mes messages, remet les gosses dans le droit chemin du matin, aide un peu mon épouse. A 7h35, je l’embrasse à pleine bouche (après m’être brossé les dents) et cela donne bien souvent le ton de ma journée. Un petit baiser fermé et c’est morose. Une glissade en toboggan sur sa langue et tout se réveille en moi… Bref, à 7h40 les amis, je suis sur le quai du métro et l’affluence est raisonnable.
Mais moi (et mes « moi ») et l’ordinaire, ça donne une vue triple, quadruple, quintuple ! Parfois, je rechigne à me lever. Je me lève à 7h10. Le tabac me vrille le crâne et la vue, mon cœur me tape sur la santé en faisant une marelle arythmique. Je me rallonge donc à nouveau. La douche, quelle heure est-il déjà ?, merde, je me transporte sous la douche comme sur coussin d’air, glisse-glisse-glisse, l’eau trop chaude met des coups de pompe dans mon estomac, jongle avec mes organes qui se retrouvent sens dessus dessous. Les gosses veulent pas déjeuner, pas s’habiller, les sirènes volent dans tout l’appartement et mon épouse, je le sens limite excédée, je lui parlerais bien de mes sucs gastriques mais c’est jamais le moment (et je sais que le baiser sera pincé comme une bouche d’archiduchesse en pleine crise hémorroïdaire). Je m’habille n’importe comment, tente de remettre en ordre précaire mes cheveux (tous mes cheveux) récalcitrants (et je n’ai pas le bonheur d’être chauve), me brosse les dents en me niquant les gencives, un filet mêlé de sang et de dentifrice explose sur l’émail du lavabo. J’essaie de me presser. J’essaie mais rien ne veut, rien ne peut…tout mon corps bégaie ! et à 8h15 je suis sur le quai et le voilà bondé.
La rame gifle de vent sale un troupeau de mines atterrées. A l’intérieur du wagon, les individus sillonnent les uns autour des autres, je veux descendre, avec mon mètre 65, personne n’a de tête, j’ai le nez dans les bouches, dans les mentons, dans les poitrines, dans les nibards et je ferme les yeux et je cesse de respirer et simultanément, j’essaie de voir au delà de tous ces corps qui me nuisent et m’amenuisent, et j’essaie de trouver de l’air sain. J’essaie en vain. Je ne me bats jamais pour une place assise parce que j’ai ma fierté et s’il arrive que fortuitement, l’une d’entre elles s’offre à moi, j’ouvre mon bouquin du moment et les mots sortent du livre pour me gratter l’iris, comme un type gratte avec son ongle une croûte de moutarde séchée sur la table d’une brasserie paumée.
Si je ne prenais pas chaque jour le métro (c’est donc bien grace à la Régie Autonome des Transports Parisiens que je le dois), je n’aurais même pas connaissance de ce fait magnifique, indubitable, grandiose, surhumain.
On voudrait tous faire partie de la France qui se lève tôt. A défaut, on ne garnit jamais que l’armée pitoyable des gens qui se lèvent mal.
Non, non. Ce que j’ai à dire sur la question est plus terre à terre. Et rien qui ne tienne de la présomption ou de l’imagination fertile du petit gratteur en goguette – je m’arrête ici : ils vous font pas marrer ces gens qui prétendent écrire dans les cafés ou dans le métro, ou dans les lieux publics ? Qui prétendent humer l’esprit du péquin de sortie ? Moi, ils m’amusent beaucoup… Je reprends, heu, où en étais-je ? Ah oui, j’ai remarqué quelque chose d’invariable sur ma ligne de métro.
D’ordinaire, je me lève à 7h00. A 7h05, je me fais gicler un café et je fume une clope en le sirotant. Si je ne fais pas de malaise, à 7h10, je suis sous la douche. A 7h15, je m’habille et je traînasse jusque 7h20, je lis les insomniaques qui postent sur mon blog, vérifie mes messages, remet les gosses dans le droit chemin du matin, aide un peu mon épouse. A 7h35, je l’embrasse à pleine bouche (après m’être brossé les dents) et cela donne bien souvent le ton de ma journée. Un petit baiser fermé et c’est morose. Une glissade en toboggan sur sa langue et tout se réveille en moi… Bref, à 7h40 les amis, je suis sur le quai du métro et l’affluence est raisonnable.
Mais moi (et mes « moi ») et l’ordinaire, ça donne une vue triple, quadruple, quintuple ! Parfois, je rechigne à me lever. Je me lève à 7h10. Le tabac me vrille le crâne et la vue, mon cœur me tape sur la santé en faisant une marelle arythmique. Je me rallonge donc à nouveau. La douche, quelle heure est-il déjà ?, merde, je me transporte sous la douche comme sur coussin d’air, glisse-glisse-glisse, l’eau trop chaude met des coups de pompe dans mon estomac, jongle avec mes organes qui se retrouvent sens dessus dessous. Les gosses veulent pas déjeuner, pas s’habiller, les sirènes volent dans tout l’appartement et mon épouse, je le sens limite excédée, je lui parlerais bien de mes sucs gastriques mais c’est jamais le moment (et je sais que le baiser sera pincé comme une bouche d’archiduchesse en pleine crise hémorroïdaire). Je m’habille n’importe comment, tente de remettre en ordre précaire mes cheveux (tous mes cheveux) récalcitrants (et je n’ai pas le bonheur d’être chauve), me brosse les dents en me niquant les gencives, un filet mêlé de sang et de dentifrice explose sur l’émail du lavabo. J’essaie de me presser. J’essaie mais rien ne veut, rien ne peut…tout mon corps bégaie ! et à 8h15 je suis sur le quai et le voilà bondé.
La rame gifle de vent sale un troupeau de mines atterrées. A l’intérieur du wagon, les individus sillonnent les uns autour des autres, je veux descendre, avec mon mètre 65, personne n’a de tête, j’ai le nez dans les bouches, dans les mentons, dans les poitrines, dans les nibards et je ferme les yeux et je cesse de respirer et simultanément, j’essaie de voir au delà de tous ces corps qui me nuisent et m’amenuisent, et j’essaie de trouver de l’air sain. J’essaie en vain. Je ne me bats jamais pour une place assise parce que j’ai ma fierté et s’il arrive que fortuitement, l’une d’entre elles s’offre à moi, j’ouvre mon bouquin du moment et les mots sortent du livre pour me gratter l’iris, comme un type gratte avec son ongle une croûte de moutarde séchée sur la table d’une brasserie paumée.
Si je ne prenais pas chaque jour le métro (c’est donc bien grace à la Régie Autonome des Transports Parisiens que je le dois), je n’aurais même pas connaissance de ce fait magnifique, indubitable, grandiose, surhumain.
On voudrait tous faire partie de la France qui se lève tôt. A défaut, on ne garnit jamais que l’armée pitoyable des gens qui se lèvent mal.
[Les éminents blogueurs aliénés dans ce texte, sauf le premier d’entre eux qui se trouve être à l’origine de ce texte, peuvent se considérer marqués du sceau de l’infamie : un « tag »]