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Avant, les polémiques entre blogueurs m'intéressaient. Mieux, j'y participais avec énergie et implication. Je défendais le bout de gras bec et ongles. Comme un mort de faim. Aujourd'hui, je me rends compte que je n'en ai plus rien à branler. Ça va donc mieux.
Peut-être devrais-je leur lancer mes pompes à la figure. C’est un sport sain. Les attentats à la chaussure sont vraiment remarquables, ils sont drôles, soudainement, un peu de burlesque fait irruption dans un décor invariablement sérieux et affecté. On devrait en faire plus souvent ! Même si ça peut couter cher, soyons dispendieux ! Quel plaisir ce serait par exemple de balancer mes Clarks à la tronche de Brice Hortefeux.
En parlant de chaussures, hier, j’étais au café. Luis Fernandez était assis quelques tables devant celle au bord de laquelle j’avais pris place. Luis (je l’appelle Luis, vous permettez…) habite juste à coté de mon boulot, il m’arrive de le croiser le midi. Quand je le croise donc, je me contiens, j’ai envie de me rouler par terre, mais je me contiens, d’embrasser ses pompes, mais je me contiens, de lui dire quel joueur fantastique il a été, mais je me contiens, comme le plus lourd des types ultra-lourds, j’ai envie de parler en noms de matchs « France-Russie 86’ » ; « France-Espagne 92’ » ; « France-Brésil 86’ »…ça vaut mieux que des mots mais je me contiens parce qu’on passe vite pour un idiot congénital. C’est que j’ai encore en moi quelques grammes de fierté (je me donne une décennie pour finir de m’en délester). Alors, quoi !, je me tais, je vais m’asseoir plus loin, je me planque derrière mon bouquin, comme pour dire : « je ne te connais pas Luis Fernandez, Luis Fernandez, je ne connais même pas ton nom, Luis Fernandez, si John Fitzgerald Kennedy entrait dans le troquet, je ne lèverais même pas le nez de ce mauvais roman purement formel de Nicholson Baker (dont je parlerais plus tard) ». Mais les mots restent à la frontière des méninges. Nicholson Baker n’a rien à dire et me laisse en rade avec ces foutues notes interminables de bas de page (je déteste les formes récurrentes et gadgets). Luis raconte au dictaphone le sacre du Paris-Saint-Germain de 86. je manque de m’évanouir. Bizarrement, je pense à Bernard Mendy. Je me dis que les déclinistes ont parfois raison. Le PSG, c’est plus ce que c’était.
Comme un miracle n’arrive jamais seul, ma femme m’appelle pour me dire qu’elle se trouve devant Vikash Dhorasso. J’aime bien ce gars. J’aime bien la langue qu’il n’a pas dans sa poche. J’aimais bien le joueur aussi. Et j’aime bien que personne ne l’aime dans le football parce qu’il lit des livres ou simplement, parce qu’il ne parle pas comme un homme politique ou un financier soucieux d’en dire le moins possible.
Curieusement, à l’instant, je me dis que je déteste autant les footballeurs que je les aime. Je les déteste parce qu’ils sont aussi cons que les gens que je croise dans la vie et qu’à force de bêtise, ils m’ont pourri mon rêve d’enfant. Alors, aujourd’hui, je ne rêve plus qu’à ces joueurs qui transcendent le jeu, ces footballeurs qui sont plus que des footballeurs. Des démesures avec des chaussures en or. Maradona, Cantona. Ces mecs là. Des mecs qui auraient pu envoyer leurs crampons valser dans la trombine de n’importe qui, sans sourciller. Ces types qui sont d’authentiques génies et aussi de fabuleux salopards. J’aime les salopards géniaux.
Pour tous les autres, j’ai mes Clarks à disposition.