dimanche 7 décembre 2008

A l'ombre des divas - (2) Lyn Collins


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Sur la scène, de grands types noirs en costume uni forment les rouages d’une machine surpuissante au service d’un seul homme. Ils sont sérieux, disciplinés, attentifs. Comme peuvent l’être des soldats qui respectent leur général. Quand l’un d’entre eux oublie sa partition, rate une note ou déséquilibre l’ensemble, le général lui lance une œillade, intègre un « I got you » dans son chant, pour lui faire comprendre qu’il n’a rien manqué de la discordance ou du temps oublié. Il faudra ensuite payer. Plus tard, quand le spectacle sera fini. Une amende ou un prélèvement direct sur le cachet.

Ces soldats sont les soldats d’un homme que l’on connaît sous le nom de James Brown. Parrain autoproclamé de la musique soul. Fred Wesley, Maceo Parker, Pee Wee Ellis, Bobby Bird forment pour lui la plus grande section cuivre de l’Histoire de la musique noire amércaine. Ensemble, ils jouent une musique révoltée, sauvage, chaude, revendicatrice, rebelle, fière, masculine mais aussi déraisonnablement libidineuse. En quelques notes, ces types là, soudés comme personne derrière un tyran à moitié cinglé, mettent le feu à tous les frocs d’une génération entière. Le tout constituant un show ultra-calibré, ultra-professionnel, et redoutablement efficace.

Au milieu de l'ensemble, Lyn Collins irradie parfois. Une femme barbotant dans un océan de testostérone. Elle n'a pas l'air impressionné le moins du monde. Sa crinière de lionne impose une stature, dégage une sensation d’assurance à la fois féminine et grandiose. Elle ne chante pas dit James Brown lui-même, elle prêche. Droite. Campée. Elle pointe un doigt vers l’assistance. Qu’elle fait défiler au bout de son ongle long. Et énonce souvent une vérité simple comme on peut en entendre dans les sermons de messe du dimanche. Sans efforts superflus, tout en douceur, elle sermonne donc, elle scande ses mots avec une assurance féminine qui la rend indifférente au besoin ou à la fausse nécessité d’en faire trop. La certitude. Elle ne chante pas comme un homme le ferait. Comme une caricature de pasteur en robe. Elle chante et déclame, et subjugue l’assistance. Naturellement.

Lyn Collins est née en 1948 à Lexington, Texas. Son passage remarqué, inoubliable dans le groupe le plus fameux de James Brown constitue son seul fait de gloire. Une époque microscopique et fulgurante qui l’aura vue gagner le respect d’un milieu particulièrement dure, fermée, machiste. Une victoire dénuée qui plus est de compromissions, de singeries ou d'artifices, comme on peut trop souvent le constater chez certaines artistes qui naviguent en eaux trop masculines. Malgré quelques tentatives de comeback, au détour des années 80 notamment, elle restera dans l’histoire celle devant qui James Brown se sera maintes fois effacé. Et prosterné.

Lyn Collins est The female preacher !




Lyn Collins/JB's
Never Gonna Give You up