mercredi 28 novembre 2012

Dialogue avec Mirliton - Jumpin' the shark


(Eclats de rire)

Mirliton se réajuste. Il regarde par la fenêtre. Un silence lourd de non-sens emplit la pièce. Je sais que nous pensons tous les deux à l’arbre du logo. Mais nous n’en disons rien. Nous résonnons intérieurement de  nos rires, comme deux entrepots vides.

- Ils ont battu les écolos en terme de légende urbaine de bordel, c’est dire !
- Ah mais là, ils ont même battu le Nigéria.
- Ne stigmatise pas.
- Je ne stigmatise pas, c’est Fela qui le dit…
- Ah, si c’est Fela qui le dit... (Mirliton se chatouille le menton) C’est un peu comme True Blood… ça va trop loin…
- Ah mais putain, ouais, putain ! exactement comme True Blood. Fantastique fulgurance !
- Tu peux filer avec si tu veux…
- Attends, je réfléchis.
- Tu veux un verre d’eau ?
- Non, ça devrait aller…
- ...
- Ouais, tout compte fait, je veux bien un verre d’eau.
- (Mirliton me sert un verre d’eau, je bois une gorgée) Finis ! (...) Les verres à moitié vides me portent sur les nerfs. (J’obtempère ; je déglutis si fort qu’on entend un voisin de plaindre…) C’est bon ?
- Ouais.
- Recommence, s’il te plait.
- (il soupire)
- Pour des raisons de fluidité merde... T’es vraiment un conard quand tu t’y mets…
- C’est un peu comme True Blood, ça va trop loin.
- C’est exactement ça putain ! C'est une affaire de point de bascule : au début on aime bien, ensuite, on aime encore mieux parce qu'on se dit, putain, ils sont pas gênés quand même, ces mecs, ils n'ont honte de rien, ça fait presque envie, on aimerait soi aussi ne pas avoir honte, de la même façon, s'en battre le couilles, on admire cette liberté d'être mauvais, et de l’être de manière toute fait assumée,  cette liberté d'être nul, d'être vulgaire, d'être absolument ridicule et cette faculté d'afficher le pire mauvais goût, et puis, et puis, vient le point de bascule, ce grand plongeon dans le grand n'importe quoi, cette surabondance d'effets, d'impudeur, de personnages, de créatures, vient le temps où l’on finit par avoir honte d'avoir aimé ça, ne serait-ce qu'un instant, on se justifierait presque auprès de ceux qui prétendent ne jamais avoir trouvé ça à leur goût :

Non mais... J'aimais ça avant, oui, c'est vrai, j'avoue, mais au tout début, c'était quand même différent, enfin pareil mais différent quand même, parce que au début, c'était plus subtil, il y avait là comme une sorte de science très exacte du grotesque, de l'outrance, cela ressemblait à sorte d'opéra qui ne serait pas cousu de fil blanc... Ensuite, il faut le reconnaitre, les scénaristes ont commencé à manquer d'idées et ça a clairement commencé à tourner en rond... Mais au début, au début...
… Mais au fond de soi, on sait qu'on a apprécié... que l'on s'est divertit d'une chose particulièrement infamante... Et on a honte...

- Tu veux tousser ?
- Oui, si ça ne te dérange pas.
- Ça ne me dérange pas. Fais comme chez toi.
- Je suis chez moi.

(Je tousse, mais pas trop fort)

- Il y a un terme pour ça.
- Hein ?
- Y'a un terme dans les séries pour expliquer ça, tu dois connaitre sûrement : ça s'appelle "jumping the shark". Ca vient de la série "Happy Days", quand Fonzie a sauté au dessus d'une piscine remplie de requins, je crois. C'est à ce moment là que les fans ont commencé à penser que la série déclinait.