dimanche 11 novembre 2012

La fête des voisins


La charia ne passera peut-être pas, mais en tout cas, les identitaires sont passés sous mes fenêtres ce samedi. C’est déjà un début. Il faut toujours commencer quelque part. Remontés comme des horloges suisses, un peu éparpillés, pas très nombreux, mais colère-colère, colère-colère hein, et bien décidés à montrer qu’ils sont là, là depuis et pour longtemps ; une poignée de résistants risquent une incursion en quartier boboïde.

On est chez nous, on est chez nous ! De Poitiers à Paris !

A cette heure là, j’étais seul. Ou relativement seul. Les enfants faisaient leur sieste. Mon épouse était partie pour son cours de danse hebdomadaire. Attiré par le bruit, je me suis posté à la fenêtre. Je regardais passer les identitaires, comme une vache stupide les trains, en me demandant ce que ça fait de savoir qui on est, et je regardais les gens normaux qui, des trottoirs, les regardaient passer sans oser le moindre mouvement.

Jeanne d’Arc, Marianne !

...dans le même sac à n'importe quoi. Deux immeubles plus bas dans la rue, une gonzesse fait prendre l’air à son drapeau tricolore : applaudissements nourris, exaltés, un excrément du cortège se désolidarise des autres, pivote et agite une dizaine de drapeaux similaires en guise de reconnaissance. Les résistants se saluent bien – et l’on comprend que si deux résistants peuvent encore se saluer, c’est qu’ils ne résistent tout à fait à rien – comme deux routiers se faisant des appels de phare sur la Nationale 4.

On est chez nous ! On est chez nous ! Non au voile dans la rue !

A l’étage qui se situe pile poil au-dessus de celui de la résistante, un drapeau rouge apparaît soudain. Je ne parviens pas à l’identifier mais les Arabes ! qui fusent de la bouche des manifestants m’aident à supposer qu’il s’agit peut-être d’un drapeau marocain ou tunisien. Je n’ai pas réussi à en savoir plus. Et je dois dire que je m’en fous. Des huées montent en tout cas de la cinquième colonne. Toute cette pitrerie ressemble à une pièce de théâtre qui en rassemblerait plusieurs. Des scènes, ici et là, qui s’ignorent et peinent à faire sens. La tête du cortège, elle, évolue inexorablement, précédée par un camion-scène sur lequel un speaker hors d'âge crache des slogans mollasses. La logistique on est chez nous, conçue pour réveiller les bons français. Moyens hollywoodiens !

Hou, hou !

Le voisin marocain ou tunisien a remballé son bout de drap mais il est toujours à sa fenêtre, gesticulant, recueillant les quolibets de la foule. Satisfait peut-être de l’honneur. A l’étage du dessous, le drapeau français plane toujours, de gauche à droite, comme le font les drapeaux dans les stades de foot. Je me demande si ces gens là se salueront demain. S'ils se saluaient déjà la veille. Ce n’est pas un affaire de nation me dis-je, encore moins de civilisation, c’est juste une affaire de voisinage. La France se divise pour des questions de mur mitoyen… Et accessoirement, empêche mes gosses de faire tranquillement leur sieste.

Réveillez-vous, réveillez-vous ! Non aux islamistes... racistes... fascistes.

Je me demande s’il y a dans ce cortège des gens que je connais où dont j’ai entendu parler. La petite gonzesse, par exemple, qui via youtube a fait un temps le tour de la réacopshère, celle qui rêvait de défendre la chrétienté avec du vin et du saucisson. Wrong time, Honey ! Je me fous de connaître la fin de l’histoire. Je ferme ma fenêtre en haussant les épaules et je reviens dans le salon. Je suis bien content finalement d’être là où je suis. Même si le radiateur de mon salon est en rade et attend d'être purgé. La dernière fois qu’il y a eu une manifestation dans mon quartier, j’étais en bagnole et j’essayais désespérément de rentrer chez moi. Des CRS partout, des rues interdites à la circulation, des embouteillages monstres. Pour cette saloperie de techno parade. Meilleure recette la techno parade. Il y a donc bien un problème d’identité dans ce pays. D’identités plutôt. Les identités des autres ont vocation à perturber l’espace public et à vous empêcher de vivre comme vous le voulez dans votre quartier. A rentrer votre bagnole dans votre garage. Sans vous fader des slogans à la con et des drapeaux à la noix.

Je n'ai rien contre la démocratie, je le signale. Elle a sans aucun doute ses bons cotés. Cela dit, je la trouve un poil sans gêne !