Rien. Des terres calcinées. De la cendre partout. Dans l’eau. Dans les narines. Sur la peau du monde. Obstruant l’éclat du soleil. Un jour qui ne dure jamais que quelques heures. Une nuit anormale. Sans clair de lune. Une terre sans astres. Un globe fantôme. Transformé en route infinie, circulaire, animant les incessants allers et retours d’hommes et de femmes morts-vivants.
Quelque chose a dévasté le monde, l’a consumé sans pitié. Et les hommes ont renoncé aux mirages des sociétés. Ils vivent reclus et s’entre-dévorent. L’apocalypse en somme. Mais pas une apocalypse de pacotille, teintée de merveilleux et de superstition. Pas d’anges en vue ! Rien, le néant.
Un homme. Son fils. Tous deux avancent sur le monde, transformé en route unique, pour tourner autour d’un orbite mort, parce qu’il n’y a plus d’endroits assez sécurisants pour vivre.
Il faut se méfier des autres.
De ceux que l’on peut rencontrer.
De ceux que l’on ne peut jamais aider.
L’humanité est morte.
Un homme. Son fils.
Dans un monde froid, dévasté, dont les plaies sont trop profondes pour espérer un jour les refermer.
Rien. Marcher.
Aller ici, puis là, pour espérer trouver de quoi manger, chichement, des boîtes de conserve, des pommes pourries, de l’eau pleine de cendres, de quoi vous filer le scorbut ou vous rendre rachitique pour l’année qui vient, de quoi faire de la lumière aussi, de quoi chauffer et se chauffer, de quoi se couvrir, de quoi respirer encore
et tout le long,
pour l’homme, espérer donner assez d’outils à son fils pour qu’il puisse s’en sortir seul lorsque viendra le moment de prendre son tour dans la folle tournée de la mort.
Ou le tuer, lui retirer toute vie, et ne pas le laisser endurer davantage cette parodie d’existence, cette existence d’horreur, d’atrocité, d’inhumanité.
Une dilemme d’apocalypse…
Quelque chose a dévasté le monde, l’a consumé sans pitié. Et les hommes ont renoncé aux mirages des sociétés. Ils vivent reclus et s’entre-dévorent. L’apocalypse en somme. Mais pas une apocalypse de pacotille, teintée de merveilleux et de superstition. Pas d’anges en vue ! Rien, le néant.
Un homme. Son fils. Tous deux avancent sur le monde, transformé en route unique, pour tourner autour d’un orbite mort, parce qu’il n’y a plus d’endroits assez sécurisants pour vivre.
Il faut se méfier des autres.
De ceux que l’on peut rencontrer.
De ceux que l’on ne peut jamais aider.
L’humanité est morte.
Un homme. Son fils.
Dans un monde froid, dévasté, dont les plaies sont trop profondes pour espérer un jour les refermer.
Rien. Marcher.
Aller ici, puis là, pour espérer trouver de quoi manger, chichement, des boîtes de conserve, des pommes pourries, de l’eau pleine de cendres, de quoi vous filer le scorbut ou vous rendre rachitique pour l’année qui vient, de quoi faire de la lumière aussi, de quoi chauffer et se chauffer, de quoi se couvrir, de quoi respirer encore
et tout le long,
pour l’homme, espérer donner assez d’outils à son fils pour qu’il puisse s’en sortir seul lorsque viendra le moment de prendre son tour dans la folle tournée de la mort.
Ou le tuer, lui retirer toute vie, et ne pas le laisser endurer davantage cette parodie d’existence, cette existence d’horreur, d’atrocité, d’inhumanité.
Une dilemme d’apocalypse…
Rien, c’est le style de Cormac McCarthy. Rien ou peu. Parce qu’il n’y a plus de vie, plus d’espoir, plus d’hier et plus de lendemain, alors par effet de vases communicants, il n’y a plus d’images, de figures de style, de description possible.Juste le froid, les cendres, le néant de l’obscurité la plus noire, la mort de l’humanité toute entière.
Ce monde où l’on ne prononce plus le nom de Dieu. Où l’on n’ose plus s’interroger sur son absence ou sur sa supposée présence ; et pourtant, il semble en toutes choses, questionné en tous points du livre. Pourquoi cette mort du monde ? Pourquoi ce trépas de l’humanité ? Comment cela est arrivé ? Est-ce que le monde s’est autodétruit ? Les hommes l’ont-ils ravagé ? Ont-ils été pris d’une sorte d’hystérie sectaire, collective et contagieuse ? Une espérance est-elle possible ? Existe-t-il un sens à tout cela ? Dieu a-t-il prévu un plan de rechange, quelque chose qui nous mène vers un horizon plus favorable ? Quand tout le monde cède à ses penchants anthropophages, cela a-t-il un sens que de résister à la part de bête qui réside en soi ?
Rien. Le silence des réponses impossible. La vie est morte.
A peine le temps de Le maudire, deux ou trois fois, pas plus, sur plus de 200 pages, de ténèbres, de désespérance, d’errance. C’est si peu…effroyablement peu. Comme si le tour était joué et que philosophe, il ne suffisait que d’attendre, pour voir.
Et pourtant, malgré cela, la vie est toujours là, niée sans cesse, au détour des villes mortes, des hommes transmués en bêtes, mais toujours là, étroitement contenue dans l’amour qu’un homme peut porter à son fils alors même qu’aucun avenir, aucun futur, aucun affranchissement ne sont possibles. Et par la même, la résistance mystique et violente, de l’idée d’amour et malgré tout, de la question divine.
Comme si ces deux concepts, Amour et Dieu, étaient inscrits dans le ventre des hommes et qu’ils pouvaient – et cela, c’est donc de l’héroïsme – y répondre ou faire la sourde oreille.
Passer de l’Amour à la Barbarie, sans aucune espèce de transition, sans aucun point de bascule. Sans doute parce que les besoins humains sont devenus les mêmes que ceux des bêtes et que la seule façon de répondre de manière satisfaisante à des besoins de bêtes est d’y apporter des moyens de bête ; ou bien entendu, de s’y refuser avec acharnement.
Parsemant ce livre, l’illusion de la beauté, sa perception instinctive. Les souvenirs ou ce qui est au-delà de la chape de cendres. Le passé ou ce qu’il en reste et la douleur qui se niche en leur sein.
Rien.
A l’image de l’humanité dans ce qu’elle a de plus sombre.
En son sein, une maigre lumière qui brille et qui ne meurt pas.
Malgré cela.
Rien.
[La Route de Cormac McCarthy - trad. François Hirsch - éd. L’Olivier - 256p.]
