Parfois, il arrive que l’on soit complètement à coté de la plaque, que l’on fasse les choses en dépit du bon sens. Ça tourne mal, au vinaigre, sans que l’on sache exactement pourquoi ; ou on ne le sait que trop.
Je ne sais plus si c’est à la télé ou à la radio que j’ai entendu quelqu’un citer Sagan, mais voilà ce que ça disait : « quand on est mal parti, disait-elle, il faut savoir trouver la force de continuer ». C’est une sacrée farceuse, cette Sagan. Et elle fait marrer tout le monde. Les types de la radio ou sur le plateau de télé, ils disaient que c’était tout bonnement extraordinaire ce bout de femme, toute pleine d’aphorismes… et je me suis demandé ce que cela avait d’extraordinaire ; en fait, c’est la liberté qu’est extraordinaire, la liberté de dire des énormités, des choses spirituelles mais hors de sens et de propos.
Notez, ça peut être tout à fait valable comme devise. Quand on est Françoise Sagan, on a tout le loisir d’aller se faire vider au casino, flamber pour flamber, aller se pieuter à plus d’heure, sniffer de la coke et picoler tout son soûl. On est mal parti et on peut continuer sur le même chemin foireux. Continuer de se brûler consciencieusement. Parce qu’on est seul, avec tout plein de gens autour, mais seul néanmoins.
Bien entendu, chère Françoise, ça ne s’applique guère à notre situation. A celle du commun des mortels, j’entends.
Moi, quand je prend le mauvais chemin, que je pars mal (et c’est peu dire que mon sens de l’orientation est déplorable) j’entraîne fatalement ceux qui marchent à mes cotés ; et ils s’égratignent sur le même sentier de ronces, se niquent pareillement les genoux que moi et peinent de la même façon à faire cicatriser leurs plaies.
Moi, je n’ai pas le droit de continuer après mon mauvais départ. Je suis contraint à l’arrêt, contraint de regarder sur la carte, de faire machine arrière s’il le faut. Contraint également de refuser l’apitoiement, l’auto flagellation (c’est le plus dur), tenter d’oublier ce que j’ai pu faire, dire, ne pas faire ou ne pas dire, me pardonner…parce que ça nuit à l’efficacité, ça nous empêche de rester les deux pieds dans le même bourbier à attendre patiemment, en hurlant que la boue nous recouvre le visage, pénètre nos poumons et nous engloutisse tout à fait.
C’est la vie en somme.