vendredi 20 mars 2009

Façon puzzle dans le Huang He


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Une Lancia Delta apparaît à l’horizon. Sombre, racée, carrossée comme aucune tire n’en rêverait, astiquée comme la tige d’un pervers sexuel qui disposerait de 22 mains. Nous la voyons prendre à la perfection chaque virage. Assise, tenue de route, vitesse de croisière. Vitres teintées bien entendu, comme s’il s’agissait de faire peur aux êtres humains qui peuplent encore le monde en leur faisant croire que les Lancia Delta se sont affranchies de leur humaine domination et qu’elles projettent de se venger de ce qu’on leur a fait subir pendant toutes ces années. Se venger de la pointe des clés malfaisantes qui ont égratigné leur peau lustrée sous la lumière glauque de parkings déserts, des chauffeurs impénitents qui ont confondu (comme celui-là qui vient) voiture de sport et 4x4 ultra-suspensionné !

Lacets après lacets, nous découvrons le Massif Tibétain. Un petit temple plein de bonzes. Pas une tignasse sur des kilomètres à la ronde. Les toits sont dessinés à la mode lama, ils sont rouge et or, leur bois est sculpté, ici, nous avons quelques petites corniches, des arrondis, des alcôves, et du gravier. La Lancia Delta se gare en ignorant superbement ce beau monde en méditation. Le bruit silencieux (chut, c’est publicitaire) de son moteur ne trouble pas l’éternelle quiétude du lieu, à la différence de cette Mémoire qui rappelle les massacres, les bottes chinoises et la fuite du Dalaï Lama vers un monde qui ne le voit pas comme Custer considérait le bon indien. Vient l’effet. Richard Gere en personne descend de la voiture. Parfaitement satisfait de sa personne.

Je ne sais pas quel effet il vous fait Richard Gere. A moi, il me fait l’effet d’un fantastique pantouflard. Malgré sa prestance hollywoodienne préfabriquée, malgré ses fringues chics et ses cheveux fournis, poivre et sel ; ceci laissant penser que l’homme digère le temps comme un estomac jeune et en pleine santé. Il me fait le même effet que ses collègues, Kevin Costner et Pierce Brosnan. L’effet d’un mec né pour enfiler des charentaises, fumer la pipe au coin du feu en lisant des bouquins de Scott Fitzgerald ! L’effet d’un mec né vieux. D’un vieux né ! Malgré cela, Richard a une aura. C’est indéniable. Un bon karma que lui a conféré sa grande célébrité. C’est pour cela que les autorités chinoises voient cette publicité pro-tibétaine d’un mauvais œil, et que leurs rêves humides mettent tous en scène de grands dépeçages de Lancia Delta, de grandes farandoles de joie, chorégraphiées avec minutie, aboutissant toutes à l’abandon de pièces détachées sino-italiennes dans le fleuve jaune Huang He, qui n’est plus à ceci près.

Voilà où nous en sommes du bouddhisme et de la géopolitique post-olympique. Mais ce n’est pas là le plus alarmant, voyez-vous. Car Balmeyer ne mange plus de viande. Il pense que ça vous nique le karma ou quelque chose de ce genre. Que dans votre vie d’après, celle d’avant que vous aviez vécu le ventre plein de bidoche morte ne vous offre le droit que de vivre une nuit dans la peau ingrate d’un papillon insomniaque tournant autour d’un halogène mortifère. Quand je lui dis qu’on est dans le grand n’importe quoi, que tous les livres sur le sujet qu’il lit lui ont retourné les neurones et les ont remis dans le mauvais sens, il entre en dénégation. Une dénégation un peu molle, un peu benoîte, comme il sied à son tempérament. Quand je lui dis que l’homme est ainsi fait qu’il mastique de la viande, qu’il est omnivore, il me rétorque : « non, on ne sait pas vraiment, l’homme ne mange de la viande que cuite, la viande crue le rend malade ». Et quoi ? Le tartare de bœuf, c’est cuit ? Et si l’on considère qu’il fut un temps où nous n’étions que des poissons, faut-il que l’on mange du plancton pour être bien rassasié. Et d’où qu’elles viennent ces canines ? Elles servent à quoi ? A trancher dans la texture évanescente d’une purée de pomme de terre. Et ces pommes de terre massacrées, réduites en bouillie, elles n'ont droit à aucune compassion ?

Las, il ne répond pas. La fonction chat de son adresse gmail ne me montre plus qu’un panneau sens interdit, sous lequel s’étend une phrase idiote (char russe en partance pour la Géorgie ou quelque chose de ce genre). A moins que nos quelques idées échangées (enfin, les miennes surtout) l’aient incité à aller se gaver à l’Hippopotamus du coin, sourire extra-large devant une pièce bovine pour catcheur de 5 pouces d’épaisseur. Le voilà revenant, demi-heure engloutie, planqué derrière son ordinateur, le sens interdit disparaît. « Je suis parti manger quelques légumes verts », écrit-il d’une main, l’autre essuyant des restes coagulés de sauce barbecue.

Dans le fond, Balmeyer et Richard Gere sont pareils. Ils ont le discours mais pas le code d’application. Ils caressent leurs têtes de bonze sans penser à mal, l’un parfume le Tibet de gaz d’échappements et l’autre rêve de boucheries débit out loud ; pignon sur rue. Ah, ce que les actes sont durs à mettre en accord avec les paroles. Prenez le botox qui gonfle le visage de Richard. Est-ce du botox bouddhiste ? Ce pêché de vanité peut-il pourrir la prochaine vie du brave Richard ? En même temps, on s'en fout de Richard, pour être honnête. C'est Balmeyer notre pote. Et nous ne savons pas de quoi sera faite sa prochaine vie. Nous la lui souhaitons aussi bienheureuse que possible même si nous doutons fortement qu'il parvienne à la gagner en mâchant chaque jour de jeunes pousses d'épinards. Si le ventre distingue, le Nirvana est daltonien. 

L'idéal, ce serait qu'en bons gauchistes à tendance participative, nous fassions directement nos suggestions. Pour ce faire, je tague donc 5 blogueurs 100 % verts : Gaël, Zoridae (nécessairement), Nicolas (des âneries, cela va sans dire), Mtislav et Marie-Georges. Tous ensemble, offrons à Balmeyer la prochaine vie qu'il mérite.