mercredi 11 mars 2009

Springtime blues


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Ce matin, au réveil, j’entends des bruits échappés d’une bande dessinée. Des entrechocs de métal et de bois. Je me lève, un peu pataud, mais pas trop mal réveillé. J’actionne la mollette à store de ma chambre, ce petit assemblage de ferraille et de plastoc flexible qui grince et couine, comme un lit à ressorts sur lequel deux énormes lapins fantasmagoriques s’accoupleraient. La rue est presque baignée de soleil et quelques étudiants de la fac sont déjà là, ils disposent des tables et des chaises, qu’ils entassent, devant les portes de l’université pour en empêcher l’accès. Je me dis : « bigre, ils sont bien matinaux ceux-là, faut se lever bien tôt pour venir bloquer l’entrée d’une fac, ils sont courageux, si j’étais parmi eux, mon réveil aurait sonné, je lui aurais mis un gifle en pleine tête et je me serais rendormi aussi sec ». Je suppose que c’est précisément pour ce type de raisons que je ne ferais qu’un bien médiocre révolutionnaire. Pour être sarkozyste comme pour agir en faveur du Grand Soir, faut faire partie de ceux qui se lèvent tôt.

Nonchalamment, je vais me faire couler un café, j’allume une cigarette, je m’affale dans le canapé du salon après avoir ouvert les fenêtres en grand. Puis je déambule, puis je vais pisser, puis je me douche, je m’applique bien ce matin. Quand je reviens à poil dans ma chambre, je me dépêche parce que les étudiants devant ma fenêtre sont assis paisiblement devant leur amas de chaises et de tables et que je ne suis pas aussi exhibitionniste qu’on pourrait le croire. Mais je ne me presse pas tant que ça non plus, je choisis mes sous-vêtements avec soin, mes chaussettes sans y penser et mes fringues de ce jour. Ils sont là. Je les trouve beaux, vous allez trouver ça con, je les trouve beaux, ces gonzesses un peu « garçon manqué » et ces mecs qui jouent mal de la gratte pour se faire bien voir des autres. Les accords ne sont pas sûrs, pas complets, et d’ici, l’air que celui-là joue a l’air un peu chiant : un vieux blues bidon, pour jeune blanc bec. Mais on s’en fout ! On s’en fout, les mauvais blues sont là pour ça, pour jouer approximativement quelques accords devant un amas de chaises et de tables, pour quelques jeunes filles qui n’en ont peut-être rien à foutre ou qui s’émerveilleront peut-être. Et puis, au-dessus d’eux et des grandes portes rouges qui servent de portes d’entrée à l’université, ils ont tendu une banderole : « Sarko nous ment, informons-nous ». Je me dis que je ne comprends pas ceux qui pensent que tout part avec bébé, l’eau du bain et une chute de Niagara de bulles de savon. Tout me semble à moi si immuable. Et sincère.

En marchant maintenant dans la rue, en les couvant d’un regard un peu flou, je remonte la rue vers ma station de métro. Le soleil inonde la rue. Je vois bien que le printemps est bientôt là. « Et il se lève tôt, celui-là ! », me dis-je en les laissant derrière moi.