mardi 29 septembre 2009

Déterrez plutôt Errol Flynn !




Hollywood est ainsi. Un vampire particulièrement doué pour se fournir en chair fraiche. Et il n’a pas attendu Roman Polanski pour satisfaire ses plus bas instincts. Depuis que Jean Harlow a fait rouler ses yeux et ses hanches sur les écrans de cinéma du monde entier, les jeunes filles de l’Amérique entière rêvent de quitter leur patelin de péquenaud pour boire au calice de la gloire. La plus grande d’entre elles, Marilyn Monroe, incarne mieux que quiconque cet espoir d’ascension. Elle, qui entre toutes, est parvenue à toucher ce rêve du bout du doigt, avant de sombrer corps et âme. Marilyn a sans doute fait la pute lors de parties fines pour producteurs, elle a aussi sans doute participé à quelques tournages pornos. On sait également qu’elle a posé à poil pour une tripotée de mauvais photographes, sous un éclairage de merde dans des appartements glauques et crasseux. On sait que c’était là le prix qu'il lui fallait payer, tout du moins, le premier d’entre eux. Du caniveau jusqu’aux étoiles pour finir à la morgue, en résumé !

Dans un monde, non pas masculin ni même machiste, mais totalement carnivore, où il n’y a qu’à se baisser pour tirer du caniveau les petites perles salées d’Oklahoma, d’Iowa, d’Alabama ou de Caroline du Sud, prêtes à tout pour réussir, les repères deviennent aussi flous qu'indistincts. Les femmes qui succombent à leurs illusion, les hommes qui les brisent, tous y perdent une partie de leur humanité. La plupart des grandes stars de cinéma hollywoodiennes (mais aussi les vedettes de la chanson, de la politique, des sports) ont de tout temps profité de cette manne sexuelle. A Los Angeles, les recalées des studios finissaient dans les baisodromes de Howard Hughes, d’Erroll Flynn, de producteurs multi-millionnaires, ou dans les lupanars branchés de petits truands à relation, ou dans les draps de présidents, de sénateurs véreux et bonimenteurs. La formidable collusion organisée qui faisait se cotoyer tous ces microcosmes dans le même plumard n'avait qu'un seul but : baiser les jeunes filles paumées qui tournaient en rond sur le strip, des rêves éventées plein les poches. Le business de l’avortement clandestin faisait alors florès. On y faisait s'évanouir les batards d'une élite sans morale. Les jeunes filles naïves du pays nourrissaient sans discontinuer les appétits lubriques de tout ce qu’Hollywood comportait de prédateur. On tirait les ficelles de leurs rêves pour les tringler, on les droguait pour les tringler, on les faisait picoler pour les tringler, et puis on se débarrassait d’elles hachées menu. Combien de baises non consentantes, combien de baises sous influence, voire combien d’overdoses maquillées ? Toutes les industries du divertissement sont du même tonneau : elles fabriquent des rêves qu’elles brisent et dévorent. Hollywood est la plus grande et la plus vorace d'entre elles. Elle est sans égale. Ses crimes sont proportionnels à sa démesure.

L’affaire Polanski s'inscrit nécessairement dans ce contexte. De quel crime s’est-il rendu coupable ? Il faut remonter jusque l’année 1977. On organise une séance photo, commandée par le magazine Vogue dans la propriété californienne de Jack Nicholson. Polanski est là. Durant la séance, le cinéaste fait du pied à une jeune fille de 13 ans. Il lui fait picoler du champagne (plus probablement du mousseux), lui administre un sédatif (ou n’importe quel psychotrope) avant d’abuser d’elle. Voilà, ce n’est pas vraiment reluisant. Et j’emploie un euphémisme. Mais ça ne s’arrête pas vraiment là. Lorsque le scandale éclate, que les flashs crépitent et que l’encre dégouline des rotatives, la justice américaine propose aux deux parties une sorte d’arrangement. Un arrangement à l'américaine calibré pour grosses légumes hollywoodiennes. Si Polanski consent à plaider coupable pour relation sexuelle avec mineure, on précipite la plainte pour viol aux oubliettes. Hélas pour lui, le cinéaste n'a pas joué le jeu (on se demande accessoirement combien d'affaires similaires se sont réglées de la sorte) mais les filles de l’air pour poursuivre sa carrière en Europe. Persona non grata sur le sol américain, Polanski s'est toujours tenu sagement à l'abri de cette épée de Damoclès qui oscillait au-dessus de son cuir chevelu. 32 ans plus tard, la justice américaine, atteinte d’Alzheimer sélectif, s’acharne à régler ses vieux comptes. On pourrait lui suggérer de déterrer sans plus attendre Errol Flynn (que l'on qualifie prudemment dans les biographies estampillées Age d'or hollywoodien de buveur notoire et de "grand séducteur") afin de le juger post-mortem pour tous les crimes du même genre dont il s’est sans doute rendu coupable pendant l’intégralité de sa carrière. Et pendant qu'on y est, nos coups de pelle seraient bien avisés d'exhumer les corps de John Huston, de Darryl F. Zanuck, de Sinatra et de toute sa bande de conards gominés. On suppose que la magie hollywoodienne en sortirait égratignée si l'on convoquait ces illustres macchabées à la barre. Quitte à juger un homme, quitte à poursuivre l’un des leurs pendant plus de trente ans, autant faire le procès de tout le système de vedettariat américain, consommateur historique de jeunes filles paumées.

Au-delà du principe de présomption d'innocence, il semble délicat de ne juger cette affaire qu'à travers la polémique récente, qui voit depuis plusieurs jours s’affronter ministres aux propos lénifiants vs. moralistes contempteurs de la Justice des Grands (même s’il est vrai que la justice française, à l’inverse de son homologue américaine, a la fâcheuse habitude de faire preuve d’une singulière mansuétude envers ses vedettes nationales). On ne peut bien entendu en aucun cas légitimer le crime d'un homme par son talent présupposé (qui pour ma part, ne me semble même pas si manifeste), baser l'essentiel de notre indulgence sur la qualité de ses oeuvres. On ne peut pas non plus isoler cette affaire d’un système entier dont la délinquance sexuelle est depuis toujours un élément quasi-culturel. Et que chacun de nous finance, et donc, cautionne.



[ce billet est également sur Marianne2.fr ; mais gentiment, hein !]

26 truc(s) extra en plus:

Suzanne a dit…

Jolie photo, très érotique!

J'ai lu votre texte et je n'arrive pas à avoir d'avis sur la question. Le problème est bien que ce milieu est très amateur de chair fraîche. Souvent je suis frappée, dans les magasins de fringues pour filles, style "jeune bon marché", par les grandes affiches où les mannequins ont un âge bien tendre, treize ou quatorze ans à tout casser, et des postures, un regard type "éjaculation faciale", un air de de petite marchandise à consommer pondue du jour et périmée le lendemain.

Audine a dit…

L'impression que ça me donne, c'est que d'une certaine façon, son arrestation et le fait de reparler de cette affaire, continue d'être un divertissement.

Un "vrai" procès devrait mettre en évidence le contexte dont tu parles, en principe, non ?

lucia mel a dit…

déterrez Marilyn ! déterrez Lady Di ! déterrez les femmes de Landru !(bon, là c'est un peu compliqué... je l'avoue), déterrez toutes les "victimes" de Don Juan, et le Commandeur nous reviendra, celui qui au moment du Jugement... s'élèvera face au jouisseur, face à celui qui n'a fait que jouir de son narcissisme, de son pouvoir, de sa notoriété... Qui s'élève ? la société ? si ce n'est sa conscience (le Commandeur) ça n'en vaut pas la peine, vraiment, car il saura facilement se défendre face à nos tribunaux.

manutara a dit…

Tiens, lors d'une de mes tournées dans les iles, j'ai trouvé dans une pension un livre abandonné par un précédent locataire: "la conspiration des ténèbres" d'un certain Theodore Roszack écrit à la fin des années 80. Il y parle justement du monde du cinéma (américain surtout) et imagine que son invention serait due aux descendants des catharres afin de précipiter l'humanité à sa perte par le moyen de messages subliminaux. Assez ridicule en somme. Mais bon, les fins de semaine sont longues dans les iles et les distractions rares.
Mais en lisant votre article, un doute m'envahit.
Quand je pense que dans mon enfance je regardais en toute innocence "la petite maison dans la prairie" alors que j'étais peut-être l'innocente victime d'une vaste entreprise de perversion!

Nicolas a dit…

Ah ! Dorham est de retour !

L'affaire est somptueusement résumé : des moralistes s'opposent à des andouilles.

Audine a dit…

"des moralistes s'opposent à des andouilles" ????

Il me semble tout de même qu'en l'occurence, ce sont plutôt des juristes qui s'opposent à des je-mêle-mon-grain-de-sel partout ...
Ou plutôt, tout le monde se mêle d'une excitation des médias pour donner son opinion, y compris bien sûr, Didier Goux (mais je vais aller lui dire sur son blog) qui en profite pour replacer sa tendre indulgence pour les (vieux) messieurs qui sont horriblement manipulés par leur faiblesse (à savoir leur libido) par des perverses jeunes filles de 13 ans qui ont quand même déjà eu leurs règles une fois au moins nom de Dieu !

Quant au Polansky qui se fait soutenir par un Woody Allen, c'est à mourir de rire ...

Il y a un mandat international qui n'est pas éteint ? et pourquoi on ne laisse pas le cours de la justice agir, quitte à ce qu'il annule ce mandat s'il y a lieu ??
Ou se faire un procès s'il y a lieu ?
C'est au cours du procès que devront se dire et les circonstances "atténuantes" (pour moi, Hollywood n'en est pas une ...), et les règles de droit, qui justement, justement Nicolas, protège des règles fluctuantes de la morale ...

Nicolas a dit…

Audine,

C'est ce que je dis sur mon blog : que la justice se fasse.

Pour ce qui concerne les "moralisateur", je ne fais que "résumer" (mais c'est lui qui sait écrire !) les propos de Dorham.

Quant à Goux, il a fait son appeau à trolls et vous allez tomber dedans. Il aura alors beau jeu de vous ressortir la définition de "pédophilie" : "La pédophilie désigne une préférence sexuelle d'un adulte envers les enfants prépubères ou en début de puberté".

Didier joue son rôle dans la blogomachin : il provoque. Vous allez répondre. Il va vous répondre qu'on critique "ça" chez nous mais qu'on ne s'attaque pas à des religions ou traditions qui forcent les mariages à 13 ans.

Audine a dit…

Bah ! Nicolas, ça va, je ne réponds à Didier qu'une fois sur 10 ou 20 provocations ...

Nicolas a dit…

Oui, mais là tu as longuement répondu !

Dorham a dit…

Suzanne,

Oui, c'est un ensemble de choses.

---

Audine,

je l'espère, mais si le procès se fait aux Etats-Unis, j'en doute fort si l'on pense au cirque médiatique qui a entouré les procès ultra-médiatisés de OJ Simpson ou de M. Jackson. En France, on a cette habitude là. Le procès d'un criminel peut être élargi à l'ensemble d'un milieu. On a vu ça dans les procès menés à l'encontre de collabos (sans comparer ce qui n'est pas comparable) : ça permettait de mettre en abîme les responsabilités de la société et de l'état français. Mais la justice américaine est à mon avis trop "spectaculaire", elle-même trop showbiz ! Les gens suivront ça comme un feuilleton de plus.

Et puis, quand on voit le deal qui a été proposé à Polanski...on a comme des doutes sur l'envie de justice de l'Administration US.

---

Lucia,

Pas si sûr pour ma part, mais on verra bien.

---

Manutara,

Hahaha ! J'imagine les fêtes d'après tournage...

Je n'évoque pas vraiment un complot. Mais la loi de l'offre et de la demande. A Hollywood, le corps est une marchandise comme une autre, qui n'a qu'une valeur relative.

La collusion dont je parle est plutôt une conjonction naturelle d'événements. Des gonzesses faciles à tromper se radinent en masse, il y en aura toujours pour en profiter. D'autres pour se servir. Et à une certaine époque (on va dire de 1940 jusqu'au milieu des années 70), un système sans mécanicien, sans conducteur ni concepteur, tacite, s'était mis en place.

Et c'est aussi vrai que l'on cautionne ce rêve factice, comme on a pu le faire à l'égard de religions par exemple. De nombreux ouvrages ont été écrits sur la RKO, sur les producteurs de la Warner, sur des starlettes qui se sont écrasées contre le mur des réalités. Plein de "petits crimes" mis bout à bout : le producteur qui fait de fausses promesses à une jeune fille pour abuser d'elles. Les fêtes trop arrosées où les filles se plient bon gré mal gré aux exigences de l'élite californienne. Etc... Ce n'est pas un complot. Juste un état de faits.

Pour Hollywood, c'est "culturel", comme a pu l'être l''héroïne dans la milieu des jazzmen.

---

Nicolas,

c'est un peu l'idée oui. J'ai employé ici le biais sociologico-historique, d'autres auraient pu analyser ça sous l'angle psychologique, mais le résultat est le même :

1 - on ne peut pas absoudre un mec parce qu'on a aimé ses films,

2 - on ne peut pas non plus le lapider sur place publique sans prendre en considération tous les éléments.

Didier Goux a dit…

Suzanne a raison : votre billet est excellent.

Audine : pourquoi me faire dire des choses que je n'ai jamais dites ? Celles que j'écris (mes "provocations", comme vous dites avec tant de gourmandise) ne vous suffisent pas ? Je n'ai jamais dit que les amateurs d'adolescentes étaient manipulés : ce serait prendre un peu facilement le contrepied de l'opinion actuelle courante, qui veut qu'une fille de 13-15 ans, même consentante, est, elle, forcément manipulée par le méchant adulte. Lequel, forcément encore, ne lui veut que du mal, n'a qu'une idée en tête : la détruire.

Voyez-vous, en Matzneff et les "mamans", je choisirai toujours Matzneff. (Enfin, ça dépend de ce qu'il fait ou fera, tout de même...)

Didier Goux a dit…

"entre Matzneff", bien entendu.

Audine a dit…

Dorham : le problème de cette fichue démocratie, c'est que tout le monde se sent les capacités de s'ériger en juge - et même en juge de la Justice.

Didier :
Vous êtes toujours "innocent" de tout (au sens camusien hein) et après c'est vous qui parlez des vertueux ...
Pour ce qui est des provocations, c'est Nicolas qui a employé le mot pour vous resituer en tant que troll. Au contraire de moi, qui vous situe en tant qu'interlocuteur ...
Et dernière chose, je ne connais pas Matzneff et trouvez moi un seul écrit de ma part me situant en tant que maman.

dedalus a dit…

Tiens, un truc pas con écrit sur cette sale histoire.

Pas con, c'est aussi un euphémisme ;-)

Dorham a dit…

Didier,

merci, l'intervention de Bal chez vous vaut également le détour. La nuance, écrivait-il, est délicate à dessiner. Mon billet a été repris par Marianne2.fr et les réactions sont amusantes. On parle même d'insanités :)

---

Audine,

Je crois que l'on peut juger l'un et l'autre, mais à condition de disposer de certains éléments. Les principes de chacun sont étrangement changeants. Les gens qui vilipendent la police sont ceux qui aujourd'hui prétendent que aveu = culpabilité.

Ceux qui défendent d'habitude la présomption d'innocence sont ceux qui aujourd'hui jugent coupable sans sourciller. Alors, certes, on peut se dire que Polanski est un "puissant" et c'est peut-être ce qui motive cela.

Pour l'aspect pédophilie de l'affaire, je suis d'accord avec toi, on ne peut pas vraiment poser la question morale dans pareil jugement, on peut bien sûr l'évoquer comme contexte, mais pas comme appui d'une affaire. La loi paraît parfois mal fichu mais d'une certaine manière elle est garante d'une certaine équité, et violer une fille de 13 ans, c'est assimilable à de la pédophilie, il n'y a pas à tortiller. On ne pourrait pas juger : avoir des relations sexuelles avec une fille de 13 ans, un coup c'est de la pédophilie, un coup, ça n'en est pas.

Pour le reste, même si ce n'était pas un acte pédophile, un viol reste un des actes les plus abominables selon moi.

A ce titre, au sein de ce système du sexe hollywoodien, dès qu'on y pense un peu, on se dit que le consentement sexuel est une donnée toute relative. Une fille qui couche avec une vedette juste parce qu'elle reflète une image (qui ne la caractérise même pas véritablement), est-ce que ce n'est pas une forme d'abus ? Consentir, c'est pouvoir mesurer son choix, non ! Or, les vedettes, mettons, qui couche avec leurs groupies sont quand même au courant qu'il y a maldonne.

Est-ce tout à fait du consentement. Moi, je trouve cela compliqué et la machine à rêves est la plus grande responsable. Comment l'ignorer ? N'est-ce pas de l'hypocrisie ?

Trublyonne a dit…

Tu sais que je t'aime toi ? (ce message est destiné à Dorham pas à Didier Goux ;-))

Anonyme a dit…

Sinon le procès Clearstream ça donne quoi?

Alain Le Pourhiet a dit…

Après avoir fui pour échapper à la justice du pays où il vivait, on pourra s'étonner que Roman Polanski ait été accueilli à bras ouverts en France, une de ses autres patries ; ici, sous la houlette de Jack Lang et d'autres relations aussi opportunes qu'éminentes, il aura été protégé par un solide bouclier culturel. Fait commandeur dans l'Ordre prestigieux des Arts et des Lettres (sans passer comme les autres élus par les grades théoriquement obligés de chevalier et d'officier), on l'a installé ensuite au pinacle de nos institutions, en habit vert sous la coupole du quai de Conti, assis là avec la fine fleur de nos élites ; on parle maintenant pour lui de la légion d'honneur. Le président de la République, soucieux de faire valoir l'honneur, s'intéresse à son cas, et quelques hauts subalternes s'y intéressent également pour des raisons moins claires.

Ce n'est pas à la France, à travers ces marques officielles et ces dithyrambes honorifiques, de disculper celui qui reste un criminel pour une justice américaine qui n'est pas plus mauvaise que la nôtre, cette nôtre qui a si lamentablement failli déjà dans une autre affaire de pédophilie récente et douloureuse. Ce n'est pas à une meute, de quelque nature qu'elle soit, d'absoudre ou de condamner Roman Polanski, mais c'est à la Justice de le faire. Le talent de Roman Polanski ne lui donne aucune impunité, pas plus que les malheurs personnels qu'il aurait subis sans sa vie, suite à ses origines ou à des circonstances conjugales largement médiatisées. Et on est plutôt satisfait que son appartenance stratégique à divers clubs influents ou compagnies distinguées se révèle enfin inutile. Imaginons un quidam américain auteur d'un même méfait, un pédophile ayant plaidé coupable, se réfugiant en France... Celui-là serait reconduit illico dans son pays où il purgerait la peine prévue pour son cas. Je trouve que l'interpellation de Roman Polanski honore les justices américaine et helvétique ; celles-ci ne s'inclinent pas, comme l'ont fait (et le font) la justice française et quelques hauts dignitaires de l'Etat, face à des désirs ou à des ordres dictés en de secrètes mais résonantes chapelles.

La poursuite tardive d'un pédophile, fût-il un homme célèbre et adulé, relève du même principe que la traque patiente de criminels planétaires, traque que nous approuvons bien sûr, même si lesdits criminels, tout comme l'autre bonhomme, n'apportent plus de nuisance aux sociétés où ils se sont réfugiés puis sagement intégrés. Ce qui s'oppose à l'humanisme n'est pas quantifiable : viol crapuleux d'une enfant de 13 ans ou génocide, le mal est le même ; et les juges engendrés par la Loi, par les lois, par le Droit, le savent, eux qui sont par essence, partout et a fortiori dans nos pays riches et évolués, les défenseurs de valeurs universelles.

L'arrestation de Roman Polanski s'inscrit donc dans le bon ordre des choses ; elle rassure.

Franssoit a dit…

Plein de choses à dire donc je ferme ma gueule.

dedalus a dit…

«viol crapuleux d'une enfant de 13 ans ou génocide, le mal est le même»

et hop un bon petit coup de relativisme pour bien toucher le fond...

dites, je me demande, si on viole une grand-mère, le mal est moindre ?

et deux grand-mères ?

est-ce que le mal est le même si je torture pendant trois jours une femme enceinte mais à la fin elle ne meurt pas mais quand même elle fait une fausse-couche et devient stérile ?

un viol est un viol. un crime contre l'humanité est un crime contre l'humanité. un acte de barbarie est un acte de barbarie. et de toutes les façons, ce n'est pas un crime qu'on juge, mais l'individu qui est présumé l'avoir commis.

il y a de très bonnes raisons qui font que seuls les crimes contre l'humanité demeurent imprescriptibles - et l'inhumanité d'un crime n'en fait pas un crime contre l'humanité.

en aucun cas il ne s'agit de savoir ce qui fait plus ou moins mal, ou pareil.

bordel !

Dorham a dit…

Alain,

Je n'ai pas dit que le procès était une mauvaise chose. Pas du tout. Mais, quitte à ce qu'il se fasse, autant qu'il ne s'arrête pas à l'orée du bois. Je suis pour rajouter de la justice à la justice. Voyez ?

Je n'ai pas lu Festivus Festivus, mais il est certain que la société du divertissement est des plus néfastes. En creusant, on s'aperçoit même qu'elle est mortifère. C'est en résumé, ce que je dis.

Dorham a dit…

Franssoit,

Je ferais bien (parfois) de prendre exemple sur toi.

---

Dedalus,

Je suis d'accord avec ça. Dans le grand mélangeoir des crimes, la justice censément aveugle perd par la même toute possibilité de discernement.

mtislav a dit…

Plutôt que de me dresser contre l'utilisation que tu fais de l'image de Simone Silva, j'ai rédigé un petit billet sur mon blog. Non Dorham, je ne suis pas d'accord avec toi.

D'ailleurs tu le le dis très mieux que moi avec cette photo en particulier par qui le scandale arrive. Quand on souffre d'avoir à traquer la perversité qui se cache sous le voile de l'innocence et réciproquement, on a vite fait de voir le malin derrière chaque décor de carton pâte.

Cela dit, on ne pourrait se passer de tes billets et tes commentateurs.

Dorham a dit…

Mtislav,

tu as raison, j'ai manqué de demi-mesure, mais ça décrit quand même une réalité.

Je l'ai dit chez toi, j'aime ton désaccord.

elle-c-dit a dit…

'tain que tu écris bien !!
Je n'avais pas vu ce billet. Je suis allée aussi sur Marianne et lu les 1ers com.. ça tacle !! Je suis du genre frileuse et je n'aurai pas les épaules de tenir tête !
Chapeau, tu t'en sors bien !
Quant au sujet de ton texte, il est terrifiant en fait..
j'espère qu'il y aura une révolution, et j'aimerai que tous les lièvres soient déterrés....
C'était il y a trente ans...

Dans un petit village du Gard, il y a un peu plus de trente aussi, un homme simple, maçon, (mon père)a violé ma jeune tante. Nous avions 7 et 8 ans. Il n'était pas célèbre, pourtant l'affaire a été étouffée par plusieurs personnes(dont le médecin de famille) c'était coutume...

Ce we, je discutais de mon père avec un ami. Impossible de décrire mes sentiments pour lui. Une sorte d'anesthésie des sentiments. Je ne ressens rien. Je ne l'aime pas.
mon ami me confrontait, mais rien à faire, j'ai un vague dégout pour cet homme dont je garde seulement le regard lubrique qu'il me portait ainsi que ses mains baladeuses...
-Mais si il meurt demain, tu auras des regrets....
-ben non, il peut mourir, ça ne me fera rien.
Un viol, c'est quinze ans de prison. Je crois que si il avait payé, je pourrai aujourd'hui avoir plus d'estime, et on pourrait avoir peut être une relation père-fille normale ou presque.
Je le crains toujours. Je crains d'y aller avec ma fille. Je n'aime pas le regard qu'il pose sur elle, car il n'a pas payé le prix de ce regard.Et pire, le prix du viol.

Alors célèbre ou pas, on ne doit pas s'éloigner de cet acte vil et destructeur...

Par contre, mettre une bombe avec ce procès, je te rejoins.. Et tu l'as admirablement bien soulevé.

J'aimerai que dans le futur, ça en refroidisse certains..
J'espère que le déni de toute une vie saute à la figure de mon père au travers de l'affaire Polanski.. Et qu'il se crispe en conscience dans son canapé au côté de ma belle mère qui ignore tout...

Dorham a dit…

Elle-c-dit,

C'est pour cela que - je n'ai certes pas évoqué ce point mais si on lit entre les lignes... - malgré ce que certains peuvent dire de ce texte ailleurs (qu'il aurait pour but d'atténuer la culpabilité de Polanski, ce qui est faux) je suis contre le principe de prescription d'un crime.

La prescription, c'est sous-entendre que la justice est au service de la victime. D'ailleurs, on entend ici et là pour défendre Polanski qu'elle vit très bien aujourd'hui, cette ancienne fille de 13 ans. Pour sous-entendre qu'il n'y a plus besoin de satisfaire son besoin de justice, puisqu'elle a réussi à s'en passer.

En réalité, la justice est plus forte quand elle est à son propre service, c'est à dire, quand elle punit ceux qui la bafouent. Uniquement. Sans prescription aucune.