
Depuis ce matin, c’est une évidence.
Je ne vais pas pouvoir bosser comme ça jusqu’à 60 ans. Enfin, 60 ans, je rêve là, jusqu’à 65 ou 70 ans ! Je ne vais pas pouvoir. Si ça continue comme ça, je vais crever en exercice. Comme Pompidou, sauf qu’on ne me fera pas de journée de deuil nationale. Je n’aime pas travailler, c’est vrai. Le travail (pas seulement le mien, mais tout travail), que j’essaie somme toute de faire toujours consciencieusement (c'est le pire !), ne m’apporte aucune satisfaction. Je serais homme de Cro-Magnon, ce serait du pareil au même. Devant un Mammouth étendu pour le compte, transpercé de part en part, mastodonte à mes pieds, moi, petit monstre seulement vêtu d’une peau de tigre à grandes dents (je ne sais pas comment se nomme cette bête préhistorique et j’ai la flemme de chercher), je serais pareillement blasé. « Ouais, murmurerais-je, c’est une belle bête, c’est sûr ! »
Travailler m’emmerde. M’emmerde dans les grandes largeurs. M’emmerde royalement. Et imaginer que je puisse m’emmerder de la sorte pendant encore 30 bonnes années bien dodues me laisse présager le pire. Décrépitude. Désespérance. Décadence. La Trinité selon le Pôle Emploi.
En ce moment, je lis « Dégât des eaux » de Westlake. Je vous le conseille. Comme d’habitude, je me régale. Dans le métro, j’éclate de rire comme un idiot en lisant certains passages et les gens me regardent comme si j’étais demeuré. Westlake a une écriture fabuleusement visuelle et un esprit qui frôle le burlesque. Une imagination folle. A l’heure qu’il est, son personnage récurrent, cambrioleur de son état, a disparu tandis qu’il essayait avec quelques potes de sa fraternité de récupérer un cercueil bourré de thune au fond d’un réservoir d’eau profond de plus de 20 mètres. Si vous voulez tout savoir, le cercueil a été enterré derrière la gare d’une ville enfouie depuis sous les eaux par la construction d’un barrage. A l’heure qu’il est, donc, Dormunder a disparu et on subodore qu’il est sous la flotte à survivre comme il peut. Et il en est à sa troisième tentative. Les deux précédentes ont failli le tuer. Ceci me fait penser qu’une carrière dans le grand banditisme est à exclure. Trop compliqué, trop épuisant, trop dangereux.
Je ne risque pas non plus de gagner au loto, je ne joue pas, le principe me semble ignominieux. Ce que vous gagnez, c’est ce que les autres pauvres ont payé pour perdre. De ce coté là, je suis donc bien heureusement prémuni. Et pourtant, il va bien falloir que je trouve une porte de sortie. Quelque chose qui me sorte de là. Quand j’étais gosse, mon père me répétait sans cesse que « dans la vie, on ne fait pas ce qu’on veut » et je ne mesurais pas à l’époque à quel point il se trouvait dans le vrai. Justement, le voilà, mon paternel au pied de cette montagne que l’on nomme retraite. Il n’a pas l’air de le vivre très bien, mais ça va venir. J’en fréquente plein des retraités joyeux, hilares. Je connais un type qui vient de prendre sa retraite, il affirme ne s’être jamais senti aussi bien que depuis qu’il n’a plus que le temps à considérer devant lui.
Je suis là, comme une excroissance ballonnée, à me dire qu’il va me falloir arrêter plein de trucs. Parce que je vieillis. Arrêter de me faire du mouron pour un rien. Arrêter de fumer parce que c’est une putain de saloperie qui dégomme à peu près tout dans l’organisme. Arrêter de bouffer n’importe quoi sous peine de ressembler à un morse apathique. Arrêter de me mettre dans des colères noires parce que ce n’est pas bon pour les artères. Arrêter, arrêter, arrêter. En vieillissant, on s’ampute des morceaux de plaisir.
Ce que j’aimerais bien amputer, c’est ce job à plein temps qui m’emmerde au-delà du raisonnable. J’ai une tronçonneuse dans la main et ça me démange, comme la guitare d'Yves Duteil, de couper la branche sur laquelle je suis assis. Histoire de couler mes après-midis dans ce réservoir plein de flotte, avec John Dortmunder.
Fais toi embaucher par Wikio ou Vendredi, ça permet de passer ses journées à lire des conneries.
RépondreSupprimerEcris des thrillers.
RépondreSupprimerNicolas,
RépondreSupprimerah non !
---
Suzanne,
Idée retenue !
tigre à dents de sabre... t'as pas vu l'age de Glace ?
RépondreSupprimerbon je continue
c'est rigolo, Madame Kevin aujourd'hui parle aussi de son boulot... J'te les foutrais tous au travail ces oisifs blogueurs !
RépondreSupprimer(moi du coup je clope, va t"en savoir je serais peut-être libéré avant mes 70 ans...)
Gaël,
RépondreSupprimerNon, pas vu. Moi pas aimer les dessins animés. Moi, être né vieux !
(je bascule chez Mme Kevin, que je ne connais pas)
Oui, moi aussi je veux scier la branche. Je vais le faire. Après tout, je suis sur un tout petit arbuste. Finalement, en bloguant au boulot, je crois que je suis déjà entrain de le faire.
RépondreSupprimerLe pire : penser à la retraite tous les jours alors qu'on en est loin... Il est évident que la vie est ailleurs.
RépondreSupprimer@ Gaël
RépondreSupprimerTigre à dent de sabre...
Arrête Rahan, toi !
:)
Son vrai nom est le smilodon.
Sinon, je confirme que l'écureuil à dent de sabre est bien le sacrat !
Scrat*, enfin, vous m'aurez compris !
RépondreSupprimer:D
@Poison Social tu veux dire comme sur la bannière de ce blog tellement secret qu'il est un peu à l'abandon ?
RépondreSupprimerSoyons réalistes, Dorham : tu ne peux pas en même temps être seulement vêtu d’une peau de tigre à grandes dents et ressembler à un morse apathique.
RépondreSupprimerTu exagères encore là ...
Pour le reste, je ne sais trop que te dire : il parait que, dans le boulot, c'est les cinquante premières années les plus dures à passer, après : on s'y fait, c'est tout !
Tu vois : un peu de patience, quoi !
tiens, ça me rappelle le monde de Balmeyer, ou... le mien... le nôtre ? Brazil ? (le film), un grand classique. Allez, pour te remonter le moral :
RépondreSupprimerhttp://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=y4yWkBenRsU
Arf,
RépondreSupprimerBelle piste ! Courage !
---
Mme Kevin,
on prévoit une évasion prochaine.
---
Gaël et Poison,
merci de vos précisions.
---
Archie,
argh ! Quand même, je vais essayer de jouer les filles de l'air.
---
Lucia,
Ahhh ! Oui, on est en taule partout !!!
Il faut voir les choses sous un angle positif. Pour que ce livre apparemment excellent puisse par toi être lu, il a fallu que toute une chaîne de gens travaillent (de l'imprimerie à la Fnac). Ils n'ont pas fait ça par plaisir.
RépondreSupprimerLe travail de tout le monde est mis au service de tout le monde, ça rend les choses plus sympa de le voir sous cet angle.
Paul,
RépondreSupprimerOf course ! Quand on replace tout cela dans le débat plus général, on imagine pas une société (viable) dans laquelle chacun refuserait le travail.
D'ailleurs, cela me permet de glisser que c'est une tendance affreuse de notre société. Suffit d'allumer sa téloche, tout le monde se rêve vedette sans avoir le moindre talent particulier. La seule raison objective à cela, c'est une paresse généralisée.
Oui, tout le monde aimerait être riche sans avoir à travailler. Mais toute richesse produite demande un travail. Profiter sans bosser, c'est donc exploiter les autres...
RépondreSupprimerPaul,
RépondreSupprimerDans ce cas là, c'est je crois, oublier le rôle qui nous échoit dans une société.
Je veux dire, c'est comme un mec qui fait toutes sortes d'études complètement différentes jusqu'à 30ans. La plupart du temps, c'est fuir sa part de participation sociale.
"toute richesse produite demande un travail" : ce postulat me semble faux, ou plutôt, ce qui l'accompagne est juste : 'sinon ça suppose une exploitation'. Bon, j'ai pas fait avancer le schmilblick ? euh... c'est vendredi, ah ? samedi, déjà ? j'ai fini de bosser, et je suis lessivée, en bonne salariée exploitée que je suis. Il faudrait réhabiliter l'aristocratie, le privilège de ne pas travailler et d'avoir des rentes, sauf qu'il faudrait l'instaurer pour tous ! ah ? ça ne marcherait pas ?
RépondreSupprimerCa ne pose pas de problème, je trouve, un type qui fait des études jusqu'à 30 ans ...
RépondreSupprimerA qui l'assume (financièrement) d'y réfléchir ...
Sinon, pour le boulot, faut pas rester. A mon humble avis (qui ne coûte pas cher, je te l'accorde).
Donc, move on, un pas après l'autre.
Tranquille.
:)
Lucia,
RépondreSupprimerc'est peut-être le terme richesse qui pose problème. Car aujourd'hui, le travail produit surtout un substitut de richesse.
---
Audine,
Il ne faut pas généraliser ce que j'ai écrit, c'est juste que je trouve que je vois plein de gens autour de moi qui ont du mal à accepter d'entrer dans la vie active. Avec tout ce que cela implique.
Et puis t'as raison, il me faut changer...
"tranquille" : j'y travaille, comme tu me connais maintenant, tu sais comme je me fais violence :)
Il y a beaucoup de façons de ne pas travailler, il suffit de vraiment le vouloir. Mais ce n'est pas si facile, ça demande pas mal de sacrifices, d'ingéniosité et de filouterie. C'est beaucoup de boulot.
RépondreSupprimerJe mesure très bien la chance que j'ai de ne travailler (et depuis plus de 25 ans) que trois jours par semaine, pour un salaire correct.
RépondreSupprimerStephan et Didier,
RépondreSupprimerOui...
Bon, j'aurais bien d'autres raisons pour expliquer ce coup de mou mais je vais les garder pour plus tard :)