mercredi 10 février 2010

Elvis is alive - interlude


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28 novembre 1981 - Jacksonville

17h48. Edward Maynard Jr, petit braqueur minable maintes fois épinglé par la police locale, entre cagoulé dans un magasin de spiritueux, un fusil de chasse - dont il a astucieusement biseauté la crosse - calé sous l’aisselle droite. Il pointe son arme vers le propriétaire de l’établissement, Peter Shaughnessy et lui demande sans hausser le ton de vider l’ensemble de sa caisse dans un sac en carton qu’il brandit devant son visage. Ed transpire, Ed parle bas, tremblotant, Ed est nerveux comme un putain d’insecte qui aurait la patte coincée dans un essuie-glace de R18, Ed ne regarde pas le propriétaire du magasin de spiritueux, bras tendu en avant, Ed inspecte nerveusement le parking derrière lui. Le proprio ne cherche pas à se faire un nom dans la gazette locale à la page nécro, sans moufter, il fait tomber dans le sac les quelques liasses de biftons amassés dans la matinée avant de murmurer : « c’est tout ce que j'ai, mon gars ! » Ed se retourne, sans jeter un oeil à l'épaisseur du butin, il replie son bras. Il bredouille: « merci », et regarde son otage d'un instant pour la première fois dans les yeux. « Merci » encore une fois, et sa mâchoire dégringole. Carrément sur le lino du magasin. Elvis est devant lui. Elvis, bien vivant, Elvis, pas ce pauvre conard d'Orion masqué qui fait fantasmer les gogos. Elvis en personne, pour de vrai, en chair, en os, regarde par dessus le comptoir, tout en burnes. Elvis, qui tient un putain de magasin de spiritueux, qui fournit les alcoolos du coin en mauvais pinard, Elvis qui se tient là, devant Ed, qui se dit du coup qu'août 77 n’était rien qu’une mascarade dingue et monumentale. Ed baisse son flingue et marmonne des mots incompréhensibles, privés en partie de leurs syllabes essentielles. Ed a la berlue, Ed croit devenir dingue, maboul. ELVIS. Le nez du fusil pointe maintenant vers le sol, Ed semble tétanisé. Il…merde…il se prosterne, qu’est-ce que c’est que ce cinglé ?, se dit Shaughnessy qui, après un temps de suspension, dégaine son 38 Spécial de sous le comptoir. En appuyant sur la détente, il fait au milieu du crâne d'Ed Junior un trou gros comme le poing.





8 janvier 1997 - Tupelo

Chaque année, à la même date on organise à Tupelo un grand raoult en l’honneur du King. Une fête populaire où tous les Mimile du coin peuvent venir passer du bon temps en famille, écouter et réécouter de bons vieux tubes de rock n’roll comme plus personne n’en fait, chiquer du tabac comme dans les années 60 et même faire semblant de la trouver bien balancée cette version de 67 d’Old MacDonald que l'on doit à la comédie musicale « Double Trouble », Hiya-hiya-ho ! Comme tout bon musulman se doit d’aller péleriner à la Mecque, tout sosie sérieux d’Elvis se doit de venir confronter sa trombine à celle des autres lors du plus grand concours de sosie de King du monde. Du matin 6h00 jusqu’à minuit, on fait frire des tonnes de pilons de poulet dans un océan d'huile, des Kings à franges de pacotille et paillettes grimpent sur la Grand scène et tortillent du bassin pour le péquin sans dents du Mississipi. Ce 8 janvier de l'année 1997, les Kings sont plus nombreux que précédemment. Y a des Presley du monde entier. Ahurissant ! Des Presley de partout, de tous les états ou presque, de France, d’Angleterre, de Bosnie, du Montenegro, d’Italie. A 17h52, passe même un King vishnuiste de Calcutta qui joue de la sitar en ondulant des hanches comme un malade sur Hound Dog. Hallucinant ! A 19h32, il fait nuit, tout le monde est rincé, tout le monde a le coeur au bord des lèvres à cause du poulet trop gras. Antonio Zola, un gentil gars originaire de Sardaigne grimpe sur scène. Il a économisé pendant plusieurs années pour se payer le billet parce qu’il sait qu’il est, et de très loin, le meilleur sosie d’Elvis Presley du monde, comme si il était son jumeau caché. Quand il commence à faire le zouave sur la scène, sur l'air de Don't be cruel, l’assistance s’immobilise, médusé. Médusé n’est pas le mot en fait, les mecs n’en croient tout simplement pas leurs yeux. Ce n'est pas un quelconque sosie à moumoute qui se dandine sur scène, c'est Elvis en personne et tout le monde le reconnait. Elvis en personne, qui est venu à leur fête, organisée chaque année le jour anniversaire de sa naissance, dans la putain de ville où il a vu le jour. Elvis en personne qui est venu chanter la sincérité de son coeur, est venu leur dire : « je ne vous abandonnerai pas ». Les mecs deviennent dingues, grimpent sur scène pour toucher le King, revenu d’on ne sait où, peut-être même bien d’entre les morts. Deux heures plus tard, le carnage est achevé, 33 personnes meurent piétinés par les autres, des centaines de blessés embouteillent les urgences de la région. Antonio Zola dit au revoir au monde, en pleine gloire, démembré, déchiqueté, haché menu, trop aimé. Il n’y aura plus jamais de fête Elvis à Tupelo mais de mémoire d’habitants, on aura vu ce jour là la plus belle imitation du King de tous les temps. Elle n'aura duré que 35 secondes et 22 centièmes.

7 truc(s) extra en plus:

  1. Ouais, ça aurait moins bien marché avec des sosies de Dalida, je le sentais pas... :)

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  2. Balaise comme du Harry Crews. Chapeau.

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  3. ça c'est gentil ! Merci Mère Castor, vous m'encouragez au-delà du raisonnable.

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  4. ça y est, mon ordi est alive !!! Le premier texte, étrange, nous fait voyager... loin. Le second me fait penser à mon neveu qui depuis 6 mois perfectionne sa danse du moon walk, et les chorégraphies de TOUS les morceaux de Michael Jackson.

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  5. Lucia,

    Ouah, toutes les chorégraphies, ça fait du boulot. Entre ça, le foot et les filles...ah, la jeunesse, l'énergie inépuisable...

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  6. Extraordinaire ! Et je pèse mon mot. Deux sortes de nouvelles miniatures foutraques, si tu en enchaines cent comme ça, c'est grandiose, une sorte de Traviata Flamande, dans l'idée.

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