« Ignorer le prix du ticket de métro ça peut arriver à tout le monde. » C’est ainsi que Sarkozy a défendu sa porte-parole. C’est une défense intéressante. Un peu rapide, grossière évidemment, mais intéressante. C’était en fait la seule possible. Certes, il serait absurde d’exiger de nos hommes politiques qu’ils connaissent le prix de toutes choses : le prix des tickets de métro, des écrans plasma, des consoles de jeux, des boites de cassoulet, de la baguette, du rôti de porc et des produits ménagers. Toutefois, on est en droit d’attendre d’eux que leur rapport avec l’argent soit en phase avec la réalité de ce que vivent chaque jour les français. Surtout quand on prétend défendre le sort des classes moyennes. Ce n’est pas l’approximation en tant que telle qui pose problème, c’est son ordre d’importance. Nathalie Kosciusko-Morizet aurait tout à fait pu répondre à cette sournoise question : « un ticket de métro ?, je ne sais pas trop combien cela vaut, car je ne prends le métro que très rarement, 1 euros 50 ? 2 euros ? », et le citoyen lambda se serait sans doute un peu moqué, rien de bien douloureux. L’affaire n’aurait pas duré plus de deux heures sur twitter. Mais ce n’est pas ce qu’elle répondit. « 4 euros et quelques » : voilà ce que répondit Nathalie Kosciusko-Morizet. 4 euros et quelques ! Cela traduit une forme d’ignorance bien entendu mais bien plus grave que celle qui consiste à ne pas connaitre le juste prix d’un usage quotidien, commun à des millions de français. 4 euros et quelques ! C’est certes se tromper, mais dans des proportions assez ahurissantes. Pour le français moyen, 4 euros et quelques, ce n'est pas une somme si négligeable, surtout si on la multiplie par le nombre de trajets effectués en métro par les français. Et le porte-parole de l’auto décrété candidat du peuple semble l’ignorer. Ça fait le prix du carnet de 10 tickets à combien, ça ? 28 euros ? Et à combien le prix du Pass Navigo ? 150 euros ? Quel rapport Mme Nathalie Kosciusko-Morizet entretient donc avec l’argent pour se fourvoyer dans de telles proportions ? Que sait-elle de ce que les français vivent chaque jour, de leur expérience de l’économie du quotidien ? Apparemment rien. Imagine-t-elle que les français déboursent chaque jour entre 8 et 9 euros pour aller simplement à leur boulot et en revenir ? Pour un salarié à temps plein, ça reviendrait au minimum à 160 euros par mois. Près de 15 % du salaire net d’un smicard. Si c’est là sa réponse, 4 euros et quelques pour un foutu ticket de métro – mettons pour aller de Place d’Italie à Chatelet – c’est qu’elle n’a aucune idée de ce que représente ces 4 euros dans les finances moyennes des français pauvres et moyens. L’erreur est donc bien plus profonde qu’elle n’y parait. Plus inquiétant, cette glissade sans contrôle, accrédite la thèse que nos hommes politiques sont totalement déconnectés de la réalité, qu’ils sont en incapacité de comprendre les français et donc de les représenter. Ignorer le prix d’un ticket de métro, cela peut sans doute arriver à un certain nombre de personnes – certainement pas à tout le monde, pourrait-on préciser – mais l’ignorer dans ces proportions, j’aurais tendance à penser que c’est bel et bien réservé à une élite.