Jusqu’à quel point peut-on aimer ses enfants ? Les défendre ? Excuser leurs tares ? Leurs crimes ? Que feriez-vous si votre enfant se radinait chez vous avec le cadavre d’une joggeuse dans les bras ? Vous l’aideriez à planquer le corps ? A l’enterrer ? Seriez-vous prêt à vous parjurer éventuellement ? Continueriez-vous à aimer votre fils s’il était un violeur ou un assassin ?
Le père de Mohammed Merah a indirectement répondu à cette question (pour lui-même) en déclarant son intention de porter plainte contre l’état français. Parce que, affirme-t-il, l’état français a tué son fils. L’intention sera-t-elle suivie d’effet ? L’avenir nous le dira.
Qui a réellement tué Mohammed Merah ? C’est bien sûr une question qui fera débat. Le type du RAID qui lui a fait sauter le caisson ? Je ne le crois pas une seule seconde. L'acte n'est issu d'aucune intention. Il ne constitue que la continuité logique et cohérente d’une fonction. Ce doigt qui appuie sur la détente d'une arme d'assaut n'est que l'aboutissement d'une fatalité (et non d'un choix), d'une suite d'événements logique. Les actes du jeune homme, alors ? Plus sûrement à mon sens. Ce sont eux qui l’ont conduit à cette extrémité. Peut-on véritablement envisager une seule seconde que la responsabilité de l’état soit engagée ? Non, on ne le peut pas. A moins d’être complètement tordu. L’Etat a rempli sa mission : prémunir la majorité des citoyens français des agissements d’un meurtrier à sang froid qui ne projetait aucunement de s’arrêter en si bon chemin. En somme, Il a agi en état de légitime défense. A-t-il respecté les procédures d’usage ou non... Il s’agit là, à mon sens, d’une question annexe, sans aucune espèce d’importance, si ce n'est pour les spécialistes. La menace du père de Merah – qu’on écartera de toute façon d’un revers de main – est évidemment indécente. Humainement minable. Mais elle fait ressurgir en moi cette simple question : continuerais-je à aimer mon fils s’il devenait un monstre ? A le défendre ? Envisagerais-je de demander ainsi réparation, si ces actes le conduisaient légitimement à la mort ?
La question est difficile à aborder car je ne suis pas le père de Mohammed Merah. Je suis un père impliqué, affectueux, aimant, soucieux de l’éducation de ses enfants. Porteur de valeurs. Ma religion récuse toute forme de violence. Elle défend la paix, l’esprit de sacrifice, en particulier le plus grand respect pour l’innocence de l’enfance. Elle ne connait ni les races, ni les origines, ni les nations. Elle ne mesure aucune existence sur aucune échelle de valeurs que ce soit. Elle exige de chaque homme qu’il aime son prochain, en dépit de tout, y compris celui qui consacrerait son existence à nuire. Chaque âme perdue, celle de Merah comprise, est pour l’homme chrétien une mortification. Ma religion n'est pas un combat contre les autres mais un combat contre soi-même. Je la tiens pour la religion de vérité. Et je n’ai pas honte de la croire supérieure aux autres, en tout point ; sans mépris aucun pour les autres religions (même polythéistes) ou même pour tous ceux qui ont fait le choix de n'en adopter aucune. Et, cela va sans dire, c’est dans l’esprit de cette religion que j’éduque mes enfants(*). Dans cet esprit de partage, de considération de l’autre, dans cette exigence ultime d’amour. Autant le dire sans prendre d’hypocrites précautions, il y a relativement peu de chances que mes enfants deviennent des monstres. Rien ne les y prédispose en tout cas. Au petit jeu des probabilités, les risques présentés dès l’enfance par Merah étaient nettement supérieurs à ceux que l’on pourrait appliquer à l’avenir hypothétique de mes enfants ; même si rien n'est impossible, bien sûr. Mais la question du déterminisme, dont on peut certes relativiser l'influence par la considération du libre arbitre (si tant est qu'il soit exercé), ne peut être ignorée. Et d’une certaine manière, en poussant plus loin la réflexion, on pourrait sans doute établir un lien entre les récentes déclarations du père de Merah et les agissements horribles de son fils. Ils sont en quelque sorte corrélés. Logiquement corrélés. Non seulement, mes enfants ne deviendront vraisemblablement pas des monstres, mais s’ils le devenaient en dépit de tous mes efforts, de toute ma volonté, ils cesseraient alors d’avoir un père. Car je les renierais alors, de toutes mes forces.
Le père de Mohammed Merah a indirectement répondu à cette question (pour lui-même) en déclarant son intention de porter plainte contre l’état français. Parce que, affirme-t-il, l’état français a tué son fils. L’intention sera-t-elle suivie d’effet ? L’avenir nous le dira.
Qui a réellement tué Mohammed Merah ? C’est bien sûr une question qui fera débat. Le type du RAID qui lui a fait sauter le caisson ? Je ne le crois pas une seule seconde. L'acte n'est issu d'aucune intention. Il ne constitue que la continuité logique et cohérente d’une fonction. Ce doigt qui appuie sur la détente d'une arme d'assaut n'est que l'aboutissement d'une fatalité (et non d'un choix), d'une suite d'événements logique. Les actes du jeune homme, alors ? Plus sûrement à mon sens. Ce sont eux qui l’ont conduit à cette extrémité. Peut-on véritablement envisager une seule seconde que la responsabilité de l’état soit engagée ? Non, on ne le peut pas. A moins d’être complètement tordu. L’Etat a rempli sa mission : prémunir la majorité des citoyens français des agissements d’un meurtrier à sang froid qui ne projetait aucunement de s’arrêter en si bon chemin. En somme, Il a agi en état de légitime défense. A-t-il respecté les procédures d’usage ou non... Il s’agit là, à mon sens, d’une question annexe, sans aucune espèce d’importance, si ce n'est pour les spécialistes. La menace du père de Merah – qu’on écartera de toute façon d’un revers de main – est évidemment indécente. Humainement minable. Mais elle fait ressurgir en moi cette simple question : continuerais-je à aimer mon fils s’il devenait un monstre ? A le défendre ? Envisagerais-je de demander ainsi réparation, si ces actes le conduisaient légitimement à la mort ?
La question est difficile à aborder car je ne suis pas le père de Mohammed Merah. Je suis un père impliqué, affectueux, aimant, soucieux de l’éducation de ses enfants. Porteur de valeurs. Ma religion récuse toute forme de violence. Elle défend la paix, l’esprit de sacrifice, en particulier le plus grand respect pour l’innocence de l’enfance. Elle ne connait ni les races, ni les origines, ni les nations. Elle ne mesure aucune existence sur aucune échelle de valeurs que ce soit. Elle exige de chaque homme qu’il aime son prochain, en dépit de tout, y compris celui qui consacrerait son existence à nuire. Chaque âme perdue, celle de Merah comprise, est pour l’homme chrétien une mortification. Ma religion n'est pas un combat contre les autres mais un combat contre soi-même. Je la tiens pour la religion de vérité. Et je n’ai pas honte de la croire supérieure aux autres, en tout point ; sans mépris aucun pour les autres religions (même polythéistes) ou même pour tous ceux qui ont fait le choix de n'en adopter aucune. Et, cela va sans dire, c’est dans l’esprit de cette religion que j’éduque mes enfants(*). Dans cet esprit de partage, de considération de l’autre, dans cette exigence ultime d’amour. Autant le dire sans prendre d’hypocrites précautions, il y a relativement peu de chances que mes enfants deviennent des monstres. Rien ne les y prédispose en tout cas. Au petit jeu des probabilités, les risques présentés dès l’enfance par Merah étaient nettement supérieurs à ceux que l’on pourrait appliquer à l’avenir hypothétique de mes enfants ; même si rien n'est impossible, bien sûr. Mais la question du déterminisme, dont on peut certes relativiser l'influence par la considération du libre arbitre (si tant est qu'il soit exercé), ne peut être ignorée. Et d’une certaine manière, en poussant plus loin la réflexion, on pourrait sans doute établir un lien entre les récentes déclarations du père de Merah et les agissements horribles de son fils. Ils sont en quelque sorte corrélés. Logiquement corrélés. Non seulement, mes enfants ne deviendront vraisemblablement pas des monstres, mais s’ils le devenaient en dépit de tous mes efforts, de toute ma volonté, ils cesseraient alors d’avoir un père. Car je les renierais alors, de toutes mes forces.
(*) Comment pourrais-je - à l'instar de ces parents qui envisagent de laisser le choix de leur religion à leurs enfants - vouloir autre chose pour eux puisque je pense que le christianisme est le chemin de vie et dé vérité ?
