mardi 15 janvier 2008

Modernité(s) du brontosaure



La modernité, c’est chouette ; et c’est d’autant plus chouette depuis que notre président l’est, moderne.

Tout le monde le dit. Il est moderne.
C’est moderne de divorcer (tous les autres le font).
C’est moderne de se remettre à la colle aussitôt après.
C’est plus que moderne de se remettre à la colle aussitôt après avec un ancien mannequin reconverti dans la chanson susurrée. C’est classe !
C’est moderne de montrer qu’on en a plein le pantalon et plein les poches.
C’est suprêmement moderne de ne pas avoir honte de dire que ce qui garnit ses poches vient directement des poches des hommes et des femmes qui vous ont ouverts le strapontin du pouvoir.
C’est moderne de ne pas aimer les fonctionnaires, surtout quand on en est un soi-même, parce que ce serait moderne un monde avec un seul fonctionnaire, comme dans le « Dernier des Mohicans » (s’il te plait Grazie, tu peux te contenir ?)
C’est moderne de dire qu’il faut en revenir aux fondamentaux de notre Glorieuse Histoire. Je ne suis plus très sur soudain, mais je suis à peu près certain qu’en tordant bien le concept, on peut l’affirmer.
C’est moderne d’expulser des sans-papiers, parce que pour ce faire, on emploie des technologies modernes.
C’est moderne, de la même façon, d’envoyer des drones équipés de caméras fliquer les moindres faits et gestes des indigènes de banlieue, et bien sur, c’est ultra moderne, sans démagogie aucune de relancer la police de proximité cinq ans après l’avoir lâchement abandonnée…
De toute façon, en quelque sorte, c’est moderne de dire qu’on est moderne !
C’est moderne de demander au gens d’arrêter d’aller voir les médecins et de choisir comme des grands les médicaments qui pourront leur faire du mal.
C’est moderne d’avoir un bon pote comme Bolloré, mais moins moderne d’en avoir un comme Lagardère.
C’est moderne de faire référence à Elvis Presley quand on tient le crachoir devant toute l’assemblée du Congrès Américain ?
En tous cas, c’est moderne de faire des blagues avec W., sauf quand on a une angine blanche, parce qu’on l’a vu, être malade, c’est du déjà vu, c’est pas très moderne…je n’dis pas… s’il s’agissait d’une maladie moderne (genre, une sorte d’infection après injection d’une puce GPS dans le cou, ça, ce serait moderne, mieux, ce serait carrément futuriste).
C’est super moderne de jogger, même si dans les années 80, Joan Van Ark, passait trois quart des épisodes de Côte Ouest à pratiquer la même saine et moderne activité.
C’est moderne d’avoir des ministres à ne plus savoir qu’en faire…
C’est d’ailleurs pratique et moderne d’avoir un ou une François Fillon (il est tellement ridicule quand il se fâche et qu’il montre ses biceps, comme l’autre jour, à Ajaccio, lorsqu’il fustigeait les nationalistes irresponsables).
Avoir une Rama Yade, c’est encore davantage moderne, et puis c’est joliment décoratif, dans tous les sens du terme.
C’est on ne peut plus moderne de montrer ses gonzesses à toute la France (la preuve, Snoop Doggy Dog le fait) en rêvant de claquer leur popotin, pour montrer à tout le monde que ça a de la gueule, le porno chic version Sarko Ier.
C’est moderne, presque « in », de jogger en t-shirt marqué du sigle « FBI », je ne sais pas si ça fait très sérieux, mais c’est davantage bandant que D.G.S.E. ou R.G., en tous cas, « Les Experts » de la télé qui parviennent à être sexy tout plein même devant un cadavre en putréfaction tout à fait achevé, et ça c’est classe, moderne, tendance, et plein de compétences…
C’est moderne de convoquer tous les journalistes à l’Elysée pour leur mettre publiquement la fessée (il est pas moderne, Joffrin, avec sa barbe, on croirait un instit de seconde zone – manque plus que la veste en velours avec des ronds en cuir au coude et le cartable en cuir souple).

Oui, tout cela, c’est moderne, tellement bon c’est moderne.

Et d’ailleurs, sur les plateaux de télévision,

Hervé Bourges, Edouard Balladur, Jacques Séguéla, André Glucksmann, Didier Barbelivien, Johnny Hallyday, Philippe Tesson, Frantz Olivier Giesbert, Jean-Pierre Pernaut, Mireille Mathieu, Enrico Macias, Jacques Chancel, Philippe Labro, Jean D’Ormesson, Finkelkraut, Eric Besson, Jean-Claude Gaudin, Patrick Balkany, Alain Duhamel, Olivier Mazerolles, François Pinaut, 85 % des retraités de France, Pascal Sevran, Christian Clavier,

se pressent pour attester de cette authentique modernité.

C’est peu dire qu’ils s’y connaissent en matière de modernité !

De toute façon la modernité, ça a une sonorité quelque peu dérangeante. Il y a « mode » dedans, et la mode, c’est un truc incessamment chassé par un autre truc du même genre ; différent certes, mais du même genre.

Un type qui serait également moderne que la mode elle-même changerait de position chaque matin, et c’est exactement ce qu’il se passe tout en haut de l’Etat. Pas de doute, c’est donc bien moderne…

Incidemment, je me demande s’il ne suffirait pas à notre aimable gouvernement d’être tout d’abord « contemporain », histoire de s’occuper des vrais problèmes d’aujourd’hui…

Mais je dis ça, je dis rien…