
Jacques Tati et Buster Keaton ne sont pas morts. Hier, ils ont mis en images le parcours de la flamme olympique dans les rues de Paris. C’est en tous cas la réflexion que je me suis faite lorsque j’ai vu le massif David Douillet tenter de s’élancer en jogging de mauvais goût tandis qu’un chinois déséquilibré (qui lui rendait facilement 50 centimètres) s’accrochait à son bras et par la même au flambeau. Alors même que notre colosse de judoka se rapprochait de Teddy Riner, son successeur désigné au panthéon des mastodontes porteurs de kimono français (toute la beauté symbolique du sport en quelques mètres, si c’est pas beau, ça !), un autre petit homme parmi les géants se portait à leur mi-hauteur et appuyait sur un bouton du flambeau, éteignant unilatéralement la flamme ; avec laquelle, symbole oblige, on ne doit pourtant jamais transiger. Le feu vacilla puis disparut dans le néant et la stupeur fut générale.
Le reste de la journée fut mise à profit par notre machine à ippons nationale. On avait pris les sportifs en otage, la flamme aussi. On ne laissait pas les sportifs jouer leur rôle d’ambassadeur (vu la conception bizarroïde qu’a David Douillet des voyages, on serait presque soulagé). Au bord de la crise de nerfs diplomatiques, le pouvoir chinois mettait en lumière l’incompétence française en matière de sécurité et Michèle Alliot Marie (sans peur ni conscience du reste, de voir démentir ses propos par les images du monde entier) affirmait que la flamme n’avait pas été éteinte…seulement n’avait-elle pas été transmise, puis protégée dans un bus, habituellement utilisé pour transporter des clubs du troisième ou quatrième âge aux concerts de Pierre Perret.
Entre temps, Rama Yade s’était emmêlé les pinceaux dans le tapis des affaires étrangères et Bernard Kouchner - qui a remisé toutes ses vieilles valeurs au placard – s’était empressé de lui rappeler qui est le chef (bonne question du reste ; qui est le chef ?). Entre temps, Robert Ménard, le petit type à la tronche qui n’inspire pas confiance était allé se pavaner sur tous les plateaux de télévision pour agiter ses drapeaux multicolores, déplorant que le parcours ne puisse être parsemé des mêmes oripeaux, que l’on suspende dans le même temps le drapeau rouge de Mao. Rappelons lui que le drapeau de Mao, si entaché de sang soit-il, est aussi celui de toute la Chine et qu’il serait malaisé de le planquer puisqu’on les a chargé d’organiser les jeux…
On entendait également hier soir, Christophe Dominici, rugbyman de son état, répéter : « cela fait longtemps que l’on sait ce que la Chine fait au Tibet, et il ne faut pas faire peser cela sur le dos des sportifs. Ce qui s’est passé aujourd’hui a privé les sportifs de leur joie de porter la flamme, cela va à l’encontre de nos valeurs ». Tiens donc, pensait-on, alors le sort des tibétains est donc moins important que le plaisir du sportif à trimballer une flamme dans les rues de paname. Et de quelles valeurs parlaient-ils ? L’esprit sportif constamment bafoué par le dopage, l’argent, la langue de bois ? Et on est sensé admirer ses types là ?
Là n’est pas la question pour dire vrai. La réalité d’aujourd’hui est telle que les droits de l’homme ne sont défendus qu’à condition qu’un milliard de kilomètres nous séparent des opprimés. Plus c’est loin, mieux c’est. Moins on a de risques de choper le reflet que nous rend le miroir, mieux c’est ! On fait des marches blanches pour une femme alors que tout le continent sur lequel on la retient en otage est un océan terreux de crève la dalle. On poursuit une flamme à travers les rues du monde (Londres, Paris et bientôt San Francisco) avec un extincteur, les élus de la République se mettent aux balcons de la République et la gauche triomphante fait des coucous d’en haut pour les droits de l’homme d’en bas. C’est bien. Tout Paris est noir de monde, noir d’agit-prop comme on dit de nos jours, de militants bien intentionnés, noir d’élus, noir de tibétains et noir de chinois, noir de pro-tibétains et noir de pro-chinois. La foule absurde est innombrable, les uns sont venus voir Douillet porter son briquet géant en survète blanc, les autres sont venus déployer d’immenses banderoles revendicatrices, d’autres encore se sont massés le long d'épaisses rambardes et de menaçants cordons de sécurité pour contempler les deux ou compter les points, ou noter qu’un tel spectacle ne serait pas pour déplaire à feux Buster Keaton et Jacques Tati. Couper le son de votre télé, c’est encore mieux, faites défiler les images en accéléré, en noir et blanc et le tour est joué.
Tout ça pour quoi, en fait ? Pour les droits de l’homme ? Pour la fin des violences au Tibet ? Vraiment ? Pour les valeurs universelles de l’olympisme ?
Dimanche, en revanche il y avait beaucoup moins de monde à Joinville-Le-Pont. 300 personnes tout au plus. Pour honorer le décès d’un homme dont on en sait un peu plus, désormais. On sait par exemple pourquoi il était venu : donner un organe à sa sœur, un rein, pour qu’elle vive. On sait aussi qu’il devait à échéances régulières se faire examiner pour surveiller le rein qui lui restait. Mais la préfecture aurait sans doute préféré qu’après avoir donné son rein ici, il reparte faire soigner l’autre là bas. Et elle refusa de lui accorder le droit de prolonger son séjour en France. Quelle conception des droits de l'homme est-ce là ? On ne sait pas... Mais quelques voix, qui murmurent ça et là affirment que s'il est venu, c'est de son propre choix, s'il est resté malgré le refus de la préfecture itou. S'il a décidé de plonger comme un con dans la Marne, également...c'est pas comme si on l'avait jeté à la baille. Non, c'est pas comme si...
Il y avait moins de monde à Joinville que pour garder, éteindre, porter ou regarder défiler la flamme olympique. Quelques élus locaux de gauche. En haut des balcons de la République, duquel on suivait gauchement le cortège des flammes et des extincteurs, des drapeaux rouges et des contre-drapeaux multicolores, des David Douillet entourés de petits hommes énervés, pendus à leur bras, comme dans les films de Keaton, on ne consentit pas un mot sur cette tragédie. Pas un seul. Et pourtant, la Marne, et le beau Pont de Joinville, ne sont pas si loin.
Juste la porte à coté, comme on dit !
[Demain, promis, j’arrête de vous parler de tout ça et je vous raconterai comment Marlon Brando s’est converti à la salade verte]
Le reste de la journée fut mise à profit par notre machine à ippons nationale. On avait pris les sportifs en otage, la flamme aussi. On ne laissait pas les sportifs jouer leur rôle d’ambassadeur (vu la conception bizarroïde qu’a David Douillet des voyages, on serait presque soulagé). Au bord de la crise de nerfs diplomatiques, le pouvoir chinois mettait en lumière l’incompétence française en matière de sécurité et Michèle Alliot Marie (sans peur ni conscience du reste, de voir démentir ses propos par les images du monde entier) affirmait que la flamme n’avait pas été éteinte…seulement n’avait-elle pas été transmise, puis protégée dans un bus, habituellement utilisé pour transporter des clubs du troisième ou quatrième âge aux concerts de Pierre Perret.
Entre temps, Rama Yade s’était emmêlé les pinceaux dans le tapis des affaires étrangères et Bernard Kouchner - qui a remisé toutes ses vieilles valeurs au placard – s’était empressé de lui rappeler qui est le chef (bonne question du reste ; qui est le chef ?). Entre temps, Robert Ménard, le petit type à la tronche qui n’inspire pas confiance était allé se pavaner sur tous les plateaux de télévision pour agiter ses drapeaux multicolores, déplorant que le parcours ne puisse être parsemé des mêmes oripeaux, que l’on suspende dans le même temps le drapeau rouge de Mao. Rappelons lui que le drapeau de Mao, si entaché de sang soit-il, est aussi celui de toute la Chine et qu’il serait malaisé de le planquer puisqu’on les a chargé d’organiser les jeux…
On entendait également hier soir, Christophe Dominici, rugbyman de son état, répéter : « cela fait longtemps que l’on sait ce que la Chine fait au Tibet, et il ne faut pas faire peser cela sur le dos des sportifs. Ce qui s’est passé aujourd’hui a privé les sportifs de leur joie de porter la flamme, cela va à l’encontre de nos valeurs ». Tiens donc, pensait-on, alors le sort des tibétains est donc moins important que le plaisir du sportif à trimballer une flamme dans les rues de paname. Et de quelles valeurs parlaient-ils ? L’esprit sportif constamment bafoué par le dopage, l’argent, la langue de bois ? Et on est sensé admirer ses types là ?
Là n’est pas la question pour dire vrai. La réalité d’aujourd’hui est telle que les droits de l’homme ne sont défendus qu’à condition qu’un milliard de kilomètres nous séparent des opprimés. Plus c’est loin, mieux c’est. Moins on a de risques de choper le reflet que nous rend le miroir, mieux c’est ! On fait des marches blanches pour une femme alors que tout le continent sur lequel on la retient en otage est un océan terreux de crève la dalle. On poursuit une flamme à travers les rues du monde (Londres, Paris et bientôt San Francisco) avec un extincteur, les élus de la République se mettent aux balcons de la République et la gauche triomphante fait des coucous d’en haut pour les droits de l’homme d’en bas. C’est bien. Tout Paris est noir de monde, noir d’agit-prop comme on dit de nos jours, de militants bien intentionnés, noir d’élus, noir de tibétains et noir de chinois, noir de pro-tibétains et noir de pro-chinois. La foule absurde est innombrable, les uns sont venus voir Douillet porter son briquet géant en survète blanc, les autres sont venus déployer d’immenses banderoles revendicatrices, d’autres encore se sont massés le long d'épaisses rambardes et de menaçants cordons de sécurité pour contempler les deux ou compter les points, ou noter qu’un tel spectacle ne serait pas pour déplaire à feux Buster Keaton et Jacques Tati. Couper le son de votre télé, c’est encore mieux, faites défiler les images en accéléré, en noir et blanc et le tour est joué.
Tout ça pour quoi, en fait ? Pour les droits de l’homme ? Pour la fin des violences au Tibet ? Vraiment ? Pour les valeurs universelles de l’olympisme ?
Dimanche, en revanche il y avait beaucoup moins de monde à Joinville-Le-Pont. 300 personnes tout au plus. Pour honorer le décès d’un homme dont on en sait un peu plus, désormais. On sait par exemple pourquoi il était venu : donner un organe à sa sœur, un rein, pour qu’elle vive. On sait aussi qu’il devait à échéances régulières se faire examiner pour surveiller le rein qui lui restait. Mais la préfecture aurait sans doute préféré qu’après avoir donné son rein ici, il reparte faire soigner l’autre là bas. Et elle refusa de lui accorder le droit de prolonger son séjour en France. Quelle conception des droits de l'homme est-ce là ? On ne sait pas... Mais quelques voix, qui murmurent ça et là affirment que s'il est venu, c'est de son propre choix, s'il est resté malgré le refus de la préfecture itou. S'il a décidé de plonger comme un con dans la Marne, également...c'est pas comme si on l'avait jeté à la baille. Non, c'est pas comme si...
Il y avait moins de monde à Joinville que pour garder, éteindre, porter ou regarder défiler la flamme olympique. Quelques élus locaux de gauche. En haut des balcons de la République, duquel on suivait gauchement le cortège des flammes et des extincteurs, des drapeaux rouges et des contre-drapeaux multicolores, des David Douillet entourés de petits hommes énervés, pendus à leur bras, comme dans les films de Keaton, on ne consentit pas un mot sur cette tragédie. Pas un seul. Et pourtant, la Marne, et le beau Pont de Joinville, ne sont pas si loin.
Juste la porte à coté, comme on dit !
[Demain, promis, j’arrête de vous parler de tout ça et je vous raconterai comment Marlon Brando s’est converti à la salade verte]


15 truc(s) extra en plus:
Vivement demain, alors !
Tu fais des beaux textes politiques pour que je te fasse de la publicité ?
Terriblement juste.
rien à dire de plus...
Superbe texte que je contresigne des deux mains ! (Avec quelques très menues réserves sur la fin...). Sur l'attitude de la police française, je viens par ailleurs de lire ceci (et ce ne sont pas des gens de gauche, comme quoi...).
Sauf pour Pierre Perret qui écrit de beaux textes, j'approuve !
Bon, l'autre il est bête aussi, il se serait jeté (version officielle pour l'instant) dan la Marne avec une flamme et c'était le succès populaire assuré !
Ou bien un drapeau tibétain.
Ou bien nager dans la Marne avec David Douillet ?
:-)
C'est vrai....
Plus forte que Didier Goux, je contresigne des 3 mains...
Et toi t'y étais à Joinville?
En partie d'accord.
Protester contre l'état des droits de l'homme en Chine ne veut pas forcément dire qu'on ne fait rien pour ce qui es des droits de l'homme ici... et vice-versa.
Ce que je trouve marquant c'est que la Chine voulait des jeux ctout festifs et pimpants,
les même JO que tout le monde,
a dit "Oui Oui, les droits de l'homme on y pense" et n'en rien fait.
Du coup il se prennent le rateau dans la tronche.
Ils ne pensaient pas qu'ils y avait des militannts convaincu dans d'autres pays.
Après, bien sûr, tu pointes bien l'aspect ridicule du truc, de part et d''autre.
J'en entendu ce matin Mnouchkine dire que ce rituel des gars qui courent avec la flamme olympique a été inventée par Goebbles pour les jeux de 38... étonnant, non?
Et curieux raccourci historique.
C'est quand même hallucinant ce déploiement policiers,
tous ces flics qui sautent sur le premier qui tire un drapeau tibétain de sa poche!
Comme sur la Place Tien An Men.
On voit clairement d'où Sarkozy tire ses exemples.
Nicolas,
oui, des liens, des liens ! :-)
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Balmeyer,
juste, je sais pas, c'est subjectif...
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Marc,
:-)
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Didier,
je lirai ce lien demain, après mes réponses, je vais me coucher...j'ai quand même vu des flics soigner des manifestants un peu trop durement chahutés...par eux-mêmes...je crois qu'ils étaient déboussolés par les ordres venus d'en haut qu'ils ne comprenaient pas...
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Poireau,
tu plaisantes mais si tu vas lire sur les sites d'info, tu liras des trucs ahurissants dans ce genre là...et sérieusement dit qui plus est...
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Elmone,
Je n'oserai pas le dire moi-même, c'est ce que je pense mais ce n'est encore qu'un avis...
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Trub's,
j'espère que tu signes avec des bic parce que ça risque de faire cher avec tes trois Mont Blanc :-)
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Doudourou,
non, je n'y étais pas à Joinville. Je ne savais même pas qu'il y avait quelque chose à vrai dire. Je l'ai su aujourd'hui alors que ça s'est déroulé dimanche. Je n'essaie pas de faire le redresseur de tort, ni de mettre en combat deux luttes. La lutte pour les droits de l'homme, ça se fait ici, ailleurs, partout, bien sur...
Je ne me dis pas exemplaire, au contraire, j'ai déjà noté mes manques...
Mais il y a les causes tendances, avec des personnalités, et puis les autres. Ce déséquilibre nous empêche surtout de regarder quelles sont nos failles.
Surtout, je suis assez peiné de constater que la gauche en général a oublié ses luttes premières, pour les plus pauvres, les plus démunis. Lutter contre l'immigration et en faveur de sans papiers n'est pas une cause acquise dans l'opinion, donc, elle ne moufte pas...
Je trouve ça dommage.
Je précise deux trois choses sur la fin de ton commentaire Doudou.
Je ne savais pas que le rituel datait de ce sinistre là, mais la flamme olympique voyage depuis ce temps là alors. Le principe, c'est qu'elle part du dernier pays organisateur (cette fois d'Athènes, puis voyage - comme un symbole de Marathon - jusqu'à son nouveau pays hote). C'était déjà le cas lorsqu'il a fallu que la flamme parte de Sidney pour aller en Grèce.
Ensuite, il me semble, c'est la Chine qui organise ça sur notre sol. C'est à elle de tout mettre en ordre. C'est pour cela qu'ils étaient si présents. C'est un évènement de coopération donc. La France prête ses sportifs et ses flics. Là, on était dans le délire total à ce niveau de désorganisation.
3e point, je ne crois pas du tout que les JO aient été offerts à la Chine dans un quelconque espoir. Le CIO affirme n'avoir aucune vue politique. Soit. Sauf que cet organisme est et a été toujours dirigé par des diplomates ou des anciens militaires. Ce n'est que depuis quelques années que quelques sportifs y sont représentés et ils sont encore une minorité.
Dans l'histoire, nombre de dictatures ont eu les Jeux. Berlin, Moscou, Mexico (et je parle pas des autres compétitions comme la Coupe du Monde de foot 78 en Argentine).
L'attribution des jeux a respecté une coutume qui exige une alternance des continents tous les 4 ans. Comme les Jeux étaient il y a 4 ans pour Athènes, ils sont allés vers la Chine plutôt que vers la France. Selon la logique.
Tout cela est histoire de sous, de droits télé, d'ouverture de marché. Nous, on les verra pas les Jo, avec le décalage horaire...
L'olympisme est mort selon moi, avec la professionalisation du sport. L'apparition d'une valse à sponsors.
Tout le monde se souvient ou a vu les images ou photos de ces athlètes noirs levant leur poing ganté "Black Panther" sur le podium olympique à Mexico. Or, si le CIO tira sa gloire de ce souvenir, de cette belle image de papier glacé on se souvient moins qu'ils ont été ensuite bannis de l'olympisme et que de retour dans leur pays, ils ont été interdits de course, interdits d'entrainer.
C'est comme si l'on découvrait tout cela, que l'olympisme n'était pas une colombe blanche s'envolant dans le ciel bleu de la prairie.
Je n'ai pas de réelle position vis à vis du boycott. Comme tous, les images qui percent du Tibet choquent ma conscience.
Mais, on a déjà zappé, je ne sais pas si tu as remarqué. On ne parle plus que d'Afghanistan désormais.
Et la gauche était bien là, avec des élus de droite dont...Patrick Ollier (compagnon de Michèle Alliot Marie ; va comprendre !!!).
Je parle des sans papiers parce que c'est récent et que le déséquilibre parle bien, à la fois dans le combat de gauche et dans le traitement des médias, mais j'aurais pu parler des ouvriers de Mittal (où est la gauche ?), du plan de rigueur qui va voir tous nos profs se faire jeter par la fenêtre (où est la gauche), du logement qui n'avance pas (où est la gauche ???).
Et bien, elle suit le mouvement, le zapping des causes que tout le monde supporte.
Pas tant que ça d'ailleurs, car à déjeuner hier, tout autour de la table, plutôt que de Tibet, on disait : "c'est triste pour les sportifs". J'ai essayé de dire le fond de ma pensée mais ce fut la levée de boucliers. On me parlait d'années d'entrainement, de sportifs pas assez rémunérés, de carrières fichus en l'air. Je ne nie pas cela, mais cela doit-il peser dans la balance ? Et bien, pour la majorité des gens, oui. Et c'est comme si ils oubliaient le fric de Coca Cola, le dopage, l'argent sale...les corruptions !
Donc, cette "agit" ne fonctionne même pas. Les gens se disent qu'un sportif qui bosse pour gagner une médaille, c'est plus grave qu'un type à qui on fait manger de la boue au Tibet parce qu'il refuse de se soumettre à un régime d'occupation.
C'est particulièrement déprimant...
Les petits hommes en bleu sont tout simplement des agents de l'état Chinois.
Cette histoire est complexe car leur donner les jeux c'etait s'assurer qu'il fasse un effort et maintenant il nous explose à la figure comme une provocation de nos propres contradictions.
La désinformation chez eux est telle qu'ils trouvent que les barbares c'est nous !
Nous sommes en train de les conforter dans l'idée qu'ils sont plus civilisés que nous avec notre vaine agitation.
Lundi soir nous avions une étudiante Chinoise à notre réunion d'AI et bien qu'elle soit en France depuis 3 ans elle ne comprend pas que nous soyons émus par des moines qui casse et désobéisse !
Que pouvons nous comprendre nous vu d'ici ?
Alors c'est vrai nous devrions d'abords balayer devant chez nous ce serait un bon début.
La déclaration des droits de l'homme aura 60 ans cette année et bien qu'universelle elle n'est qu'un bout de papier pour bon nombre de pays (le notre compris).
Tout ça me laisse sans voix, juste une nausée persistante et un découragement général.
Grazie
Moi, ces images m'ont mis les larmes aux yeux ; cet homme qui hurle comme un damné "free Tibet" jusque dans le fourgon de Police, qu'on poussait sans égards comme s'il était un criminel, ces hommes courant, tombant à terre, ces bousculades de masse qu'on n'identifiera pas, l'escalade de la Tour Eiffel pour quelques secondes de protestation essentielle, ces tentatives sublimes et dérisoires d'éteindre cette putain de flamme.
*
Ca n'a rien à voir de près avec ce post, plutôt avec le précédent, mais je suis métisse de père musulman africain et mère métisse franco-malagache (malgache et juif alsacien) catholique et me considère française, puisque c'est ma langue maternelle et que je suis née à Toulouse ... qui plus est libre de croire en l'Amour ; or, à quoi bon se battre pour expliquer à certains que je ne me reconnais dans les caricatures qui sont faites sur l'un ou l'autre de mes signes d'identité extérieurs ... ce pays me fait encore rêver, en dépit de la nausée persistante et croissante, sa langue fine et délicate, et sa capacité à reconnaître et aimer les beautés des cultures du monde entier et à les intégrer comme son patrimoine imaginaire universel.
Grazie,
oui, ça file la nausée, cette hypocrisie, ces causes dont on se lave les mains, comme ces birmans dont on a tout oublié, déjà, et qui n'ont pas réussi à soulever le couvercle du joug qui pèse sur leur vie.
--------------
Ardentepatience,
merci de dire cela. Tu as sans doute raison, parfois il ne sert à rien de discuter, parce que certaines choses sont trop vraies pour qu'on ait besoin de les dire, alors, il faut les dire quand même. C'est le paradoxe.
Je trouve toujours tes interventions justes, mesurées et celle-là est du même tonneau mais avec quelque chose de tellement sincère que ça touche. Enfin, moi, ça me touche, mais je suis "down" en ce moment, alors,n c'est p'tet cela...
C'est inouï, magnifique texte !
mais ne croyez pas tout n'est pas si rose au Tibet, j'ai une amie reporter là bas et on est loin, très loin d'imaginer les luttes existantes entre les monastères bouddhistes, entre moines tout court !Beaucoup embrassent la religion pour survivre comme ici il y a deux siècles...sauf que les infos ne transitent pas toutes et ce dans les deux sens !
Merci beaucoup Fanette !
Pour l'éclairage aussi, on est nombreux à pressentir que l'info d'ici a une vision très peu objective de cette situation.
Les problèmes au Tibet, on ne peut pas en parler en 2mn30 au JT...
Il y avait l'autre matin un chinois mandaté par Pekin qui montrait une affiche détournée de RSF avec des têtes d'anti-chinois dessus, (Manard et co.). Le journaliste lui rétorque : "oui, mais ça c'est de la propagande". Le chinois lui dit : "c'est vrai, c'est pour vous faire comprendre que grimer les anneaux olympiques en menottes, c'est aussi de la propagande"...
Enfin, bref, c'est extrêmement complexe...
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