
source
Paradoxalement, c’est aux époques les plus consensuelles que l’on trouve le plus de rebelles. Vous allez me dire que cela n’a rien de paradoxal que c’est tout du moins chose la plus logique du monde, puisque le consensus mou qui régit nos sociétés engendre par essence les rebelles qui dans le futur parviendront à le briser. Quelque chose me dit qu’il y a confusion des genres.
Le rebelle, l’insurgé et le révolutionnaire ne sont pas à mettre dans le même panier. L’insurgé est un élément de la foule. L’insurgé ne pense pas. Dans la foule, il est pure action. Pure action coordonnée au sein d’un désordre massif, visant à détruire aveuglément ce qu’il croit être la source de sa misère ou de sa colère. Il cherche à s'éteindre en éclatant comme une étoile en fusion. Le révolutionnaire, lui, est l’aboutissement d’un autre type de consensus, qui certes n’existe pas encore. Il est idée pure. S’il parvient à unir d’autres révolutionnaires à sa cause, il devient alors force, puissance et peut parvenir à renverser l’ordre établi, en édifiant de suite un nouveau.
Le rebelle, lui, est d’une nature différente. Il n’a pas la rage nihiliste de l’insurgé, pas de démarche révolutionnaire visant à construire une pensée. Il ne croit pas en l’édification effective d’un monde nouveau. Il n’a même aucun intérêt à renverser les déséquilibres fonctionnels de la société dans laquelle il évolue. Ils sont son beurre et sa crème. Le rebelle fait non seulement partie du système, mais encore mieux, il le renforce, il l’alimente. Il s’en défendra, à l’évidence. [Sincère ou non, là n’est pas véritablement la question] C’est pourtant un fait. Le succès d’une entreprise quelle qu’elle soit ne l’intéresse pas. Le rebelle n’aime pas la compagnie. Pourtant, il sait bien d’intuition ou d'expérience qu’il n’y a pas de réussite solitaire. Ce qu’aime le rebelle par-dessus tout, en réalité, c’est se distinguer. Etre à part. A l’écart. Pointer du doigt les errances d’autrui pour mettre en valeur sa propre personne, élever son savoir présumé au dessus des autres, être la lumière indifférente qui méprise les ténèbres de tous ses prochains. En apparence, le rebelle n’a pas de manières, mais il adopte bien sûr un système de pensée, entièrement guidé par quelques idées-phare. Il saupoudre le tout de colère, d’intransigeance un peu vulgaire et le tour est joué. Il dit les choses grossièrement (comme s’il était étranger à toutes formes de convenance), est semblable à cette sorte d’anguille visqueuse qui vous glisse perpétuellement entre les doigts mais il ne perd jamais de vue ce qui constitue son but ultime : le ressassement inlassable d’idées récurrentes. C’est ainsi qu’il illusionnera les autres sur la qualité de son combat, ainsi qu’il ne pourra risquer de laisser polluer sa réflexion par des idées qui pourraient éventuellement l’infléchir. D'ailleurs, comme chacun pourra prévoir à l'avance le sens de n'importe quel discours de n'importe quel défenseur acharné du consensus établi, celui du rebelle ne sera un mystère pour personne. Les idées resteront les mêmes : même dialectique, même rhétorique, même forme discursive.
Voilà qui est rassurant. Tout le monde vit dans le même monde, chacun à sa façon apporte une pierre à l’édifice, tous sont fragments du mortier qui permet à l’ensemble consensuel de rester solide et droit sur ses fondations.
Le rebelle, l’insurgé et le révolutionnaire ne sont pas à mettre dans le même panier. L’insurgé est un élément de la foule. L’insurgé ne pense pas. Dans la foule, il est pure action. Pure action coordonnée au sein d’un désordre massif, visant à détruire aveuglément ce qu’il croit être la source de sa misère ou de sa colère. Il cherche à s'éteindre en éclatant comme une étoile en fusion. Le révolutionnaire, lui, est l’aboutissement d’un autre type de consensus, qui certes n’existe pas encore. Il est idée pure. S’il parvient à unir d’autres révolutionnaires à sa cause, il devient alors force, puissance et peut parvenir à renverser l’ordre établi, en édifiant de suite un nouveau.
Le rebelle, lui, est d’une nature différente. Il n’a pas la rage nihiliste de l’insurgé, pas de démarche révolutionnaire visant à construire une pensée. Il ne croit pas en l’édification effective d’un monde nouveau. Il n’a même aucun intérêt à renverser les déséquilibres fonctionnels de la société dans laquelle il évolue. Ils sont son beurre et sa crème. Le rebelle fait non seulement partie du système, mais encore mieux, il le renforce, il l’alimente. Il s’en défendra, à l’évidence. [Sincère ou non, là n’est pas véritablement la question] C’est pourtant un fait. Le succès d’une entreprise quelle qu’elle soit ne l’intéresse pas. Le rebelle n’aime pas la compagnie. Pourtant, il sait bien d’intuition ou d'expérience qu’il n’y a pas de réussite solitaire. Ce qu’aime le rebelle par-dessus tout, en réalité, c’est se distinguer. Etre à part. A l’écart. Pointer du doigt les errances d’autrui pour mettre en valeur sa propre personne, élever son savoir présumé au dessus des autres, être la lumière indifférente qui méprise les ténèbres de tous ses prochains. En apparence, le rebelle n’a pas de manières, mais il adopte bien sûr un système de pensée, entièrement guidé par quelques idées-phare. Il saupoudre le tout de colère, d’intransigeance un peu vulgaire et le tour est joué. Il dit les choses grossièrement (comme s’il était étranger à toutes formes de convenance), est semblable à cette sorte d’anguille visqueuse qui vous glisse perpétuellement entre les doigts mais il ne perd jamais de vue ce qui constitue son but ultime : le ressassement inlassable d’idées récurrentes. C’est ainsi qu’il illusionnera les autres sur la qualité de son combat, ainsi qu’il ne pourra risquer de laisser polluer sa réflexion par des idées qui pourraient éventuellement l’infléchir. D'ailleurs, comme chacun pourra prévoir à l'avance le sens de n'importe quel discours de n'importe quel défenseur acharné du consensus établi, celui du rebelle ne sera un mystère pour personne. Les idées resteront les mêmes : même dialectique, même rhétorique, même forme discursive.
Voilà qui est rassurant. Tout le monde vit dans le même monde, chacun à sa façon apporte une pierre à l’édifice, tous sont fragments du mortier qui permet à l’ensemble consensuel de rester solide et droit sur ses fondations.