lundi 6 avril 2009

Rénovons le déclin


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Le déclin, c’est plus du tout ce que c’était. Antan, on pouvait refiler à l’Europe toutes les MST du monde libre, on pouvait bombarder tous les prépuces du vieux continent de bactéries dégueulasses sans se faire de mouron. A l’époque, on avait du Nimier à tous les étages. C’était bon, c’était grand, parfois, c’était même carrément fendard. On avait des taules à l’atmosphère bien viciée, on se faisait serrer dans les douches par des Fleurs-à-Genet musculeuses. Tout était décomposé, malade, décrépi, agonisant. L’Europe était alors un corps à qui l’on prêtait toutes les afflictions possibles. C’était le bon temps quoi !

Avec la démocratisation, tout part en sucette. Même le déclin, ma bonne dame ! Des petits gars tristes viennent agiter leurs biceps sous votre nez, tandis que vous dégustez un expresso bien serré à la terrasse d’un café inondé de soleil ; on ne peut plus être tranquille. Ce que le français est pénible tout de même. On le sait, 60 millions de français sont sélectionneurs de l’équipe de France de football. On a aussi 60 millions de géopoliticiens, 60 millions d’économistes, 60 millions d’historiens, 60 millions de critiques littéraires, 60 millions de psychanalystes et 60 millions de philosophes patentés. Ça fait du monde à écouter.

Pourtant c’est le déclin ! Le déclin grave. Il est urgent de faire quelque chose. On le sait depuis longtemps on a autant d’idées que de pétrole. Mais on a quand même des chartes. Des chartes de qualité par exemple, comme pour les employés de la Sécurité sociale. Dans la charte du bon goût anti-déclin-de-France, on recommande l’usage d’une langue française aux ordres. Car, c’est certain, on le sait, l’étranger des banlieues détruit notre langue à petit feu. Eux, leur rap ultra-violent et leurs saletés de sms ! Cela s’incruste entre les pages des glorieux romans français pour dévorer lentement mais surement leurs défenses immunitaires. De quelle langue française s’agit-il au juste ? Personne ne le sait, on a 60 millions de linguistes, ça fait 60 millions d’avis sur le sujet. Bigre. Alors ? On devine l’idée. Remontons le temps, avant que les vagues métèques ne déferlent sur nos têtes. Mettons… Avant la Première Guerre Mondiale ? Quand chaque français parlait alors le patois de sa région ? Quand dans les tranchées, le calaisien n’entravait rien à ce que pouvait bien lui raconter le rennais ? Non. Non, certes. En réalité, c’est une certaine idée du français que l’on défend. Une certaine idée de la langue ! Une certaine idée, on t’a dit ! Va donc pour la certaine idée.

On a aussi une certaine idée du déclin. Par exemple, cause principale, fondatrice si l’on peut dire, le français aime battre sa coulpe ! Il vit dans une mare vaseuse de repentance permanente (la collaboration, la colonisation...). Et c’est mal. Ça le détruit à petit feu, on vous dit ! Il lui faut redevenir fier de son identité, de ce qu’il est, de son drapeau, de son hymne, de ses grands hommes d’état. Seul le français a honte de sa nation, honte de son histoire, seul le français, s’il se dit fier d’être né ici, fier de défendre sa patrie reconnaissante, se voit sur le champ soupçonné de nationalisme rampant. Partout ailleurs, le patriotisme est naturel et naturellement récompensé. Aux Etats-Unis, le plouc du Midwest (on le sait parce qu’on regarde le JT de 20h00) ne manque jamais de planter une bannière étoilée à proximité du seuil de sa maison (dont il ne va pas tarder à se faire exproprier). En Croatie, depuis la guerre fratricide qui a fait bouillir les balkans, on affiche son patriotisme comme un étendard ; fruit d’une lutte encore fraiche de sang, de misère, de malheur. En Angleterre, on est bien chez soi, on aime toutes les spécificités de sa nation : même sa monarchie désuète et un peu ridicule. On s’aime avec autodérision, mais bon sang, ce qu’on s’aime quand même. Il n’y a qu’en France que les mots France, français, Nation, Etat, Patrie font frémir. Qui les prononce est un fasciste, un xénophobe. Qui les prononce est un patriote sans foi, une saloperie pétainiste. Pourquoi pas ?, ça se défend. Ce qu’on oublie de dire, c’est que partout ailleurs, on ne vit pas recroquevillé sur un héritage fantasmé qui lentement pourrit toutefois sous nos pieds. Ce qu’on oublie de dire, c’est que partout ailleurs, on n’a pas une si haute idée de sa force, de sa culture et de sa langue (au point que toutes les autres semblent inférieures en comparaison). Ce qu’on oublie de dire, c’est que partout ailleurs, on n’a jamais cru à cette sorte de mythe que l’on nous a fait avaler avec cette connerie d’exception française. Que partout ailleurs, on fait fructifier, partout ailleurs, on avance droit devant, partout ailleurs, on ne ressemble pas à ces vieux vampires décomposés qui passent leur temps en partouzes décadentes. Partout ailleurs, on ne rêve pas de baiser et de re-baiser inlassablement les mêmes cadavres. Partout ailleurs, l’Histoire est en marche. On oublie de dire qu’ici, elle est en branle. Non pas parce que l’étranger grignote lentement notre virilité nationale, mais parce que nous avons oublié qu’une nation, un état, un peuple, sont autant de jardins qu’il faut sans relâche cultiver. La France est seulement vieille et fatiguée. Elle veut juste pioncer un peu !

Je dois bien l’avouer, moi aussi, ça me titille ; j’ai bien envie de me lancer dans la rédaction de chartes. C’est pratique on peut en faire sur tout. Par exemple, elle serait belle ma charte sur la redéfinition du déclin vrai. On demanderait aux signataires de dénoncer les déclins faux et de prêter serment et allégeance au déclin vrai. On aurait « nous aussi » une certaine idée de la France, et de la langue française, et ce serait bien, ce serait chouette, ce serait comme dans une chanson d’Yves Montand où on est tous potes de déclin vrai. On pourrait appeler ça : « déclins d’avenir » par exemple. Je ne sais pas, y a pas tout un tas de trucs qui vous inquiètent vous ? Moi si. Par exemple, ça fait quand même un bail que la France n’a pas gagné l’Eurovision. Ça fait un bail qu’on n’a pas fait un truc vraiment dégueulasse qui serait apte à nous nourrir la repentance pour les 20 ou 30 prochaines années. Voyez comme on décline de partout ? ça donne carrément envie d’employer des locutions latines, de s’entailler l’annulaire pour se faire frères de sang.

Allez, je n’y résiste pas, je me laisse aller à l’Article 1 # Rénovatio Declinus :

« L’imposture décliniste est en pleine expansion. Nous, partisans du déclin vrai rénové, nous souhaitons œuvrer pour la renaissance de l’ancien déclin nouveau et nous engageons dans une certaine forme de résistance à l’égard de la bien-pensance décliniste ambiante. Fédérons nos forces !

Article 1 – Tout signataire de la charte doit impérativement coordonner ces actions avec les autres membres du réseau « Rénovons le déclin ». Sans cela, nous ne pourrions obtenir le résultat souhaité, à savoir : une certaine idée du déclin et une certaine idée des idées certaines visant à le combattre ».



(Comme je suis un gars participatif, je vous laisse le soin de compléter la charte ; à vot' bon coeur)