mardi 14 février 2012

Prozac.0


Ce qu’on a perdu ? La capacité de s’émerveiller, de croire qu’un événement de rien du tout peut changer le cours d’une vie. Ce qu’on a gagné ? Des rhumatismes, des maux de ventre, des soucis minables, des habitudes qui éreintent et une attitude blasée-en-toutes-circonstances pour faire classe dans les diners en ville.

Oh mais mon p’tit gars, j’en suis revenu de toutes ces conneries. Maintenant, je vois l’existence d’un œil nouveau, je porte des chemises et de temps à autre une veste sombre ; si tant est que le vieillissement puisse renouveler les cellules et la qualité de la circulation sanguine...

Je regarde autour de moi et ce que je constate, c’est que la blogosphère est devenue le service des soins palliatifs du web2pointzéro. Notre agora virtuelle ressemble désormais au sénat romain d’avant la chute ; un amphithéâtre de vieilles pierres abimées, rempli de vieux séniles incapables de mettre de l’ordre dans leurs idées. S'apprêtant à faire la sieste après s'être envoyé à la gueule quantité de noms d'oiseaux pour le déjeuner.

La blogosphère est vieillissante. La blogosphère est trop vieille. Des types font des tartines en forme de billets pour nous expliquer que l’absence de Marine Le Pen à l’élection présidentielle constituerait un déni de démocratie. Ou débattent sans fin sur le bien fondé de la TVA sociale. De la sauvegarde de la Vème République. Prenez vos pilules et débranchez un peu, les gars.

Depuis quelques jours, on publie sans se lasser des vidéo-clips de Whitney Houston. We will always love you, Whitney. Titres ô combien subtils et originaux. Pas du tout téléphonés. Comme si quelques mois plus tôt, les mêmes ne s’étaient pas foutus de la gueule de la vieille alcoolique pathétique qu’elle était devenue, infoutue de chanter deux notes justes à la suite. Et on apprend ce matin que Sony vend du baril de Whitney Houston au kilomètre. Des palettes de cadavres en compact disc font le gros des réassorts de toutes les FNAC de France. C'était attendu. Yahoo , hier, vous proposait de regarder la vie de Whitney en vidéos. Vraiment ? Y a des vidéos d'elle en train de rendre son diner dans un massif de fleurs ? En train de se faire tabasser par son ex-mari ? Une bonne nouvelle tout de même pour nous tous : la postérité n’a jamais été aussi accessible. Il suffit de crever dans son bain. Ou bien d’avoir un médecin incompétent. Comme si Whitney Houston n’avait jamais chanté autre chose que de la merde trop sucrée, des paroles idiotes sur des mélodies niaises.

Ce n’est pas ainsi que l’on parle des morts, allons. Tu devrais avoir honte, blogueur de mes deux.

Je ne sais plus qui disait ça : « Passé 50 ans, la banane et les santiags, ça devient ridicule ! » Une sage parole. Ça devait être Eddy Mitchell parce que ça ne peut tout bonnement pas être Dick Rivers. Simple déduction. Passé la cinquantaine, il devrait en effet être interdit de se livrer à certaines occupations. Bloguer par exemple, passé 50 ans, ça devrait être purement et simplement interdit. La qualité des échanges n’en serait que meilleure à mon avis. Mais ce n’est que le mien. L’avis d’un conard trentenaire, qui a honte de s’avouer qu’il est déjà vieux, déjà aigri, déjà blasé, déjà mort. Bon, je bouge quand même encore un peu, je suis tout de même encore un petit peu chaud. Voilà ce qu'on va faire : vous jetterez les premières pelletées de terre sur mon cadavre le jour où je déclarerai mon attachement à la République du Général.