
La réalité derrière l’illusion ne m’intéresse pas. Le droit d’inventaire, n’en déplaise à Lionel, ne fait guère plus recette. Enfin, pour être tout à fait honnête, cela m’a intéressé. Un temps. Le temps qu’il faut pour faire sa révolution, couper le cordon d’électricité de la centrale familiale et le rebrancher une fois le tour de soi-même réalisé.
De toute façon quel âge j’avais en mai 81. Même pas 6 ans. Presque, mais pas tout à fait. Je n’ai pas de souvenir particulier de cette époque là, ou en tous cas, si j’ai des souvenirs de ce mois, précisément, je suis incapable de les dater, de les situer dans le temps. La mémoire est comme ça. Elle est fluette comme un jeune type qui rate le virage de la puberté et qui atterrit dans le ravin déglingué des neurasthéniques.
Mon grand-père était un français originaire d’un petit village bordant l’Adriatique à proximité d’Ancone. Un type pas trop bavard, comme son fils, plutôt blagueur et sourd comme un pot. Pas un type à rêves qui passe sa vie à courir après. Un type avec des espoirs simples. Voir un jour l’équipe de France de foot remporter la coupe du monde. Vieillir. Savourer la victoire de la gauche à une élection présidentielle.
La coupe du monde de foot et l’équipe de France sur le toit du monde sponsorisé, mon grand-père n’est pas arrivé jusque-là. Mort un rien de temps avant, comme ça, connement, comme un bec bunsen qui s’éteint. A la place, il y a eu la victoire de l’OM en finale d’une coupe d’Europe, et puis, mai 1981, l’orgasme ultime, une nuée de gens avec de l’espoir dégoulinant des yeux et de leurs baskets, fêtant la fin d’un mauvais rêve, l’achèvement d’un embastillement peut-être fantasmé.
C’est amusant, maintenant que j’y pense, il nous reste pas mal de choses de Mitterrand, mais rien qui ne soit aussi fort, puissant que l’étalement progressif de son visage pixellisé sur tous les écrans de télé de l’hexagone ; c’est la multiplication des pains avec des pourcentages magiques. Alors que ce qu’il nous reste de ce bon Giscard, c’est son au revoir coincé du fion. On a la postérité que l’on mérite je suppose.
Bon sang, mai 81, je ne me souviens de rien. Je ne me souviens pas des cris de joie, entendus des fenêtres, des terrains de foot déglingués d’en bas, je ne me souviens pas. C’est la faute de ma mère (on se demande ce qui n’en est pas d’ailleurs), ce soir là, elle a dû me coucher de bonne heure. Avant la délivrance, le rut gigantesque, la super bandaison, l’éjaculation merveilleuse. Je ne me souviens de rien mais je m’en fous. Ce n’est pas si important.
Les témoignages sont plus beaux, parce que déformés, distordus, exagérés, embellis et emberlificotés. Ma mère quand elle parle de ce soir là, elle témoigne du regard des autres, de l’expression simple de leur bonheur simple. Elle parle du regard embué de mon grand-père. Elle dit qu’il s’est assis pour laisser la gauche jouissance parcourir hémiplégiquement son corps. Comme s’il constatait instantanément que ce n’était pas un rêve, mais une immédiate, puissante et dévastatrice réalité.
Comprenez donc bien que le droit d’inventaire, je n’en ai rien à cirer.
De toute façon quel âge j’avais en mai 81. Même pas 6 ans. Presque, mais pas tout à fait. Je n’ai pas de souvenir particulier de cette époque là, ou en tous cas, si j’ai des souvenirs de ce mois, précisément, je suis incapable de les dater, de les situer dans le temps. La mémoire est comme ça. Elle est fluette comme un jeune type qui rate le virage de la puberté et qui atterrit dans le ravin déglingué des neurasthéniques.
Mon grand-père était un français originaire d’un petit village bordant l’Adriatique à proximité d’Ancone. Un type pas trop bavard, comme son fils, plutôt blagueur et sourd comme un pot. Pas un type à rêves qui passe sa vie à courir après. Un type avec des espoirs simples. Voir un jour l’équipe de France de foot remporter la coupe du monde. Vieillir. Savourer la victoire de la gauche à une élection présidentielle.
La coupe du monde de foot et l’équipe de France sur le toit du monde sponsorisé, mon grand-père n’est pas arrivé jusque-là. Mort un rien de temps avant, comme ça, connement, comme un bec bunsen qui s’éteint. A la place, il y a eu la victoire de l’OM en finale d’une coupe d’Europe, et puis, mai 1981, l’orgasme ultime, une nuée de gens avec de l’espoir dégoulinant des yeux et de leurs baskets, fêtant la fin d’un mauvais rêve, l’achèvement d’un embastillement peut-être fantasmé.
C’est amusant, maintenant que j’y pense, il nous reste pas mal de choses de Mitterrand, mais rien qui ne soit aussi fort, puissant que l’étalement progressif de son visage pixellisé sur tous les écrans de télé de l’hexagone ; c’est la multiplication des pains avec des pourcentages magiques. Alors que ce qu’il nous reste de ce bon Giscard, c’est son au revoir coincé du fion. On a la postérité que l’on mérite je suppose.
Bon sang, mai 81, je ne me souviens de rien. Je ne me souviens pas des cris de joie, entendus des fenêtres, des terrains de foot déglingués d’en bas, je ne me souviens pas. C’est la faute de ma mère (on se demande ce qui n’en est pas d’ailleurs), ce soir là, elle a dû me coucher de bonne heure. Avant la délivrance, le rut gigantesque, la super bandaison, l’éjaculation merveilleuse. Je ne me souviens de rien mais je m’en fous. Ce n’est pas si important.
Les témoignages sont plus beaux, parce que déformés, distordus, exagérés, embellis et emberlificotés. Ma mère quand elle parle de ce soir là, elle témoigne du regard des autres, de l’expression simple de leur bonheur simple. Elle parle du regard embué de mon grand-père. Elle dit qu’il s’est assis pour laisser la gauche jouissance parcourir hémiplégiquement son corps. Comme s’il constatait instantanément que ce n’était pas un rêve, mais une immédiate, puissante et dévastatrice réalité.
Comprenez donc bien que le droit d’inventaire, je n’en ai rien à cirer.