
Ce soir, je vais avec mon épouse au New Morning, salle de jazz parisienne bien connue du microcosme, pour y assister à la performance de Rosario Giuliani. Seront également présents quelques uns de ses collègues. Va falloir que je sois gentil tout plein, que je me tienne correctement, sans faire de remarques déplacées ni rien, que je fasse semblant de m’intéresser aux choses pas intéressantes qu’ils vont peut-être me raconter…ah, voilà, je commence. Si ça se trouve, sont tous très sympas les collègues de ma femme. Mais là n’est pas le propos.
Hier, affalée sur notre canapé d’angle de bobo sur le retour, ma femme me dit que ce serait bien qu’on se retrouve un peu avant l’heure du concert. « On pourrait aller manger un brin, faire les amoureux ». Et je me dis que « ouais ! ». Et elle ajoute que ça la botte bien, cette soirée en perspective, même si elle ne sait pas trop « ce que ça va donner ». Ça, c’est ce bon vieux Rosario.
Mon but, ici, c’est donc de prévenir les éventuelles inquiétudes. Comment dire cela comme il faut ? Prenons une métaphore, disons… Le sac à main des femmes.
Nombre de jazzmen sont des sacs à main féminins. Dedans, c’est le foutoir. On y trouve de tout, même des trucs qui ne servent à rien. Des limes à ongle, des carnets à n’en plus savoir que faire, des brochures absconses sur d’autres trucs qui ne servent à rien, des crayons pour dessiner les yeux, coincés entre des brochures, dont les mines sont tout écrasées, des stylos, par centaines, dont certains sont aussi secs que la Mer d’Aral, des formulaires à remplir, pour la crèche et l’école des gosses, qui auraient dû être complétés et transmis aux services concernés plusieurs mois auparavant, des vieux mails polissons que ton mari t’a rédigé, d’autres mails plus amoureux, avec plein de métaphores bourguignonnes dedans, des clés à laine, héritées d’un marchand de mobilier suédois, des agendas qui se contredisent les uns les autres, des baguettes à sushis, des coupons de réduction estampillés Monoprix, dont certains sont périmés, des tracts rouges, roses, mais jamais bleus, des tétines jaunis de gosses qui les ont perdues, des photomatons en pagaille, tout un tas de bidules abandonnés là en 1982, 1983 et 1987.
Quand un jazzman de ce genre là veut un truc pécis dans son sac à main, il met des heures à le trouver, il lanterne, racle le fond du sac à main, sort tout un tas de truc qu’il laisse retomber instantanément, recommence, soupire, s’agace, racle encore, et toute cette gesticulation, cette quête sans graal, parasite sa musique et son expression, si bien que s’il parvient jamais à trouver dans cet indécent bordel, ce qu’il cherche enfin, tout le monde s’en contrefout ou pire, personne ne le remarque plus !
Rosario Giuliani, c’est un sac à main bien rangé, avec que des trucs qui servent à quelque chose dedans. Si il a besoin d’un machin en particulier, il le sort spontanément de sa besace. Mon Amour, mais Giuliani, c’est la classe dans tout son éclat, pas une note de trop, pas un souffle en dehors, les bonnes notes placées au bon moment, sans nervosité mal placée, avec juste ce qu’il faut de furioso. Comme tout est à sa place, ça sort toujours dans un état parfait, et avec le sens de s’en servir à bon escient qui va avec. Giuliani, c’est la classe italienne du dessus, un bopper né (comme tous les italiens d’ailleurs), un équilibre entre joie, colère, beauté et larmes, tout à la fois, dans un écrin qui frise le délire…faut pas s’inquiéter pour rien !
Un sac à main bien rangé…c’est un sac d’homme en somme.
[Ce texte est affreusement misogyne ; ça ne se reproduira plus jamais !]
Hier, affalée sur notre canapé d’angle de bobo sur le retour, ma femme me dit que ce serait bien qu’on se retrouve un peu avant l’heure du concert. « On pourrait aller manger un brin, faire les amoureux ». Et je me dis que « ouais ! ». Et elle ajoute que ça la botte bien, cette soirée en perspective, même si elle ne sait pas trop « ce que ça va donner ». Ça, c’est ce bon vieux Rosario.
Mon but, ici, c’est donc de prévenir les éventuelles inquiétudes. Comment dire cela comme il faut ? Prenons une métaphore, disons… Le sac à main des femmes.
Nombre de jazzmen sont des sacs à main féminins. Dedans, c’est le foutoir. On y trouve de tout, même des trucs qui ne servent à rien. Des limes à ongle, des carnets à n’en plus savoir que faire, des brochures absconses sur d’autres trucs qui ne servent à rien, des crayons pour dessiner les yeux, coincés entre des brochures, dont les mines sont tout écrasées, des stylos, par centaines, dont certains sont aussi secs que la Mer d’Aral, des formulaires à remplir, pour la crèche et l’école des gosses, qui auraient dû être complétés et transmis aux services concernés plusieurs mois auparavant, des vieux mails polissons que ton mari t’a rédigé, d’autres mails plus amoureux, avec plein de métaphores bourguignonnes dedans, des clés à laine, héritées d’un marchand de mobilier suédois, des agendas qui se contredisent les uns les autres, des baguettes à sushis, des coupons de réduction estampillés Monoprix, dont certains sont périmés, des tracts rouges, roses, mais jamais bleus, des tétines jaunis de gosses qui les ont perdues, des photomatons en pagaille, tout un tas de bidules abandonnés là en 1982, 1983 et 1987.
Quand un jazzman de ce genre là veut un truc pécis dans son sac à main, il met des heures à le trouver, il lanterne, racle le fond du sac à main, sort tout un tas de truc qu’il laisse retomber instantanément, recommence, soupire, s’agace, racle encore, et toute cette gesticulation, cette quête sans graal, parasite sa musique et son expression, si bien que s’il parvient jamais à trouver dans cet indécent bordel, ce qu’il cherche enfin, tout le monde s’en contrefout ou pire, personne ne le remarque plus !
Rosario Giuliani, c’est un sac à main bien rangé, avec que des trucs qui servent à quelque chose dedans. Si il a besoin d’un machin en particulier, il le sort spontanément de sa besace. Mon Amour, mais Giuliani, c’est la classe dans tout son éclat, pas une note de trop, pas un souffle en dehors, les bonnes notes placées au bon moment, sans nervosité mal placée, avec juste ce qu’il faut de furioso. Comme tout est à sa place, ça sort toujours dans un état parfait, et avec le sens de s’en servir à bon escient qui va avec. Giuliani, c’est la classe italienne du dessus, un bopper né (comme tous les italiens d’ailleurs), un équilibre entre joie, colère, beauté et larmes, tout à la fois, dans un écrin qui frise le délire…faut pas s’inquiéter pour rien !
Un sac à main bien rangé…c’est un sac d’homme en somme.
[Ce texte est affreusement misogyne ; ça ne se reproduira plus jamais !]