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- Non Madame, il ne peut pas entrer.
L’agent de sécurité demeurait inflexible. Il évitait le regard de Jérémie. Il haussait les épaules de temps à autre comme quelqu’un qui portait un sac à dos trop lourd. Il disait : « c’est pour votre sécurité ». Il faisait froid, la nuit irradiait, la grande horloge de la gare annonçait 2 heures du matin. Le train faisait des bruits d’échappement, de vapeur, de soupapes. Lise se demandait quel était le sens de ces bruits puisque les trains étaient désormais électriques. Elle pensa : « les femmes n’y comprennent rien à la mécanique ».
- Ce n’est qu’un enfant, insista-t-elle.
- Qu’est-ce qui me le prouve ?
- Sa taille.
- La taille ne prouve rien du tout.
- C’est mon fils, quel mal voulez-vous qu’il me fasse ?
- Vous n’êtes pas la seule femme dans ce wagon, Madame. La Loi est faite pour protéger celles qui veulent être protégées, pas pour protéger celles qui ne le veulent pas. Les risques que vous prenez sont vos risques, vos risques sont votre propriété. La Loi a pour mission de cloisonner les prises de risque individuelles.
- C’est mon fils, ce n’est qu’un enfant.
- Vous n’avez aucun papier permettant de le démontrer. Peut-être venez-vous de le rencontrer devant la gare, peut-être êtes-vous le laissez-passer qui lui permettra d’entrer là où la Loi le lui interdit. Même si c’était le cas, même si cet homme de petite taille était bien votre fils… Les hommes sont des êtres pernicieux, vous savez. Il n’y a pas pire qu’eux. Les hommes sont des bêtes, les hommes sont pire que des chiens, les hommes mangent leurs propres excréments. S’il n’y avait que des hommes sur cette terre, nous serions tous morts depuis longtemps.
- Ce n’est qu’un enfant…
- Il fait plus que son âge alors. Regardez, il a du duvet au-dessus des lèvres. C’est très léger mais c’est bien là. Beaucoup d’hommes sont imberbes ou ont la pilosité incertaine. Moi-même, je n’ai que 7 poils en tout et pour tout sur le torse et ils sont tout blancs.
- Vous voyez bien tout de même qu’il me ressemble ?
L’agent inspecta l’enfant puis fit une moue grotesque. Il tourna la tête à gauche et à droite, une fois, une deuxième fois très lentement, puis plusieurs fois très vite, comme un manchot qui essaierait de chasser une mouche posée sur son nez.
Lise n’insista pas. Elle prit Jérémie par la main et longea le quai en jetant un œil de coté au wagon qui était réservé aux femmes. A l’intérieur, il y avait deux jeunes femmes très chics et très jolies qui semblaient revenir de soirée. Elles ne la remarquèrent pas. Lise entra un wagon plus loin. Trois hommes jouaient aux cartes en riant bruyamment. Quand ils l’aperçurent, ils s’interrompirent et la regardèrent. Pesamment. Ils avaient installé en face d’eux une petite table dépliante sur laquelle ils avaient posé trois canettes de bière. L’un d’entre eux était moustachu. Il avait quatre cartes en main, quatre as de pique. Il se leva, fit un clin d’œil à Jérémie, en réajusta légèrement son pantalon, il dit à Lise : « V’z’êtes trompée de wagon, ma p’tite dame. »
Allons bon ! Un billet pour Suzanne, maintenant.
RépondreSupprimerBen pourquoi pas ? Elle est bien Suzanne...
RépondreSupprimerOui, mais je viens de lire son billet, après le tien, donc... Je m'interrogeais !
RépondreSupprimerOui,
RépondreSupprimerc'est le hic, on peut avoir du mal à faire le lien. Du coup, faut lire deux billets, courts ce qui fait un long :)
Excellent ! Et d'une grande tristesse, aussi. Triste infiniment parce que, au premier abord, on pense avoir affaire à de la science-fiction, mais qu'on se rend compte très vite qu'il ne s'agit que d'une infime projection dans un futur tout proche.
RépondreSupprimerL’un d’entre eux était moustachu. Il avait quatre cartes en main, quatre as de pique.
RépondreSupprimerbrrrr...
On dirait un film fantastique allemand.
Bravo pour cette petite nouvelle (vous l'avez écrite rapidement, dites-donc)
Je n'avais pas vu la dédicace, du coup, j'ai été vraiment transporté.
RépondreSupprimerDidier,
RépondreSupprimerC'est de l'anticipation au lendemain :)
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Suzanne,
Les as de pique, c'était pour faire grandiloquent. Mon Lang de service. Oui, je l'ai écrit vite.
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Mtislav,
C'est ma contribution au Pass Navigo à tarif unique. Gratos !
"la taille ne prouve rien du tout".
RépondreSupprimerHéhé ...
(non, mais oui, je sais, j'ai mauvais esprit ...)
Je n'arrive pas à y croire, n'importe comment.
Je serai morte avant.
Heureusement, comme dirait Didier ...
Audine,
RépondreSupprimerAh non, ça aurait marché si j'avais écrit : " c'est pas la taille qui compte". Là oui !
(moi non plus, je n'arrive pas (trop) à y croire ; dejà Xavier Bertrand qui a une idée...)
ai lu les deux textes, celui de Suzanne et le tien, les wagons réservés aux femmes... mais, ça existe déjà ! et pas dans un pays musulman, pas dans le futur, non, au Japon. Les femmes ont la possibilité, si elles le souhaitent, de se réfugier dans cette voiture du métro qui leur réservée. En effet, le métro tokyoite a cette particularité que les filles s'y font tripoter "joyeusement" par ces Messieurs... sous prétexte que tous y sont entassés comme des sardines.
RépondreSupprimerBruno Beschizza n'invente rien (ou ne propose rien de nouveau...) au Brésil et à Mexico aussi on s'est posé la question. Ben oui... ce sont bien les filles, les femmes, qui se font tripoter... ou violer c'est selon l'envie... dans les transports en commun, et pas les Messieurs.
http://www.psychonet.fr/2010/02/10/3144-bientt-la-cration-de-transports-rservs-aux-femmes
Lucia,
RépondreSupprimerMais personne ne nie le fait que les femmes soient réllement victimes de violences et/ou d'abus sexuels.
la question est de savoir si d'être en danger justifie, ou non, de vouloir être mieux protégée... et où est la limite de la liberté de la personne ? si je demande à être protégée contre un danger, réel ! l'agression, le harcèlement, le viol, voire le meurtre... suis-je en train de cautionner un discours sécuritaire, et des thèses conservatrices, ou en train de dénoncer un état de fait intolérable : les femmes sont toujours vues par certains hommes comme des proies... Ils ne sont pas nombreux, à peine 10% des hommes (mais c'est déjà beaucoup), et parmi eux seuls quelques uns sont vraiment "pervers", la plupart de cette MINORITE n'étant "que" dérangée...
RépondreSupprimerOui, il se pourrait qu'un jour un diktat féminin vous intime de vous écraser, vous les hommes... comme il nous le demande à nous depuis des millénaires... on s'occupera, à ce moment-là, de défendre vos droits ;-))) et je serai parmi les premières à prendre votre défense.
En attendant... nous pouvons lire ceci qui nous indique que les hommes eux aussi sont en danger... et presque autant que les femmes...
si l'on en croit leurs données (ici, on dénonce les femmes perverses et dérangées) :
http://www.hommecible.com/www.hommecible.com/violence_conjugale_2.html
Lucia,
RépondreSupprimerIci, il s'agit encore moins pour moi de défendre le droit masculin, je te l'assure. Ce n'est pas du tout mon propos.
Je ne suis pas contre le fait législatif d'ailleurs, je ne suis pas contre non plus la mise en place de lois visant à assurer la sécurité de tous.
Je suis en revanche contre les lois qui sont absurdes et instruments de propagande. Les femmes ne sont pas violentées que la nuit dans les trains de banlieue à ce que je sache, Lucia.
S'inquiète-t-on déjà de savoir comment sont traités les plaintes pour violence conjugale ? Comment sont accueillies les femmes victimes de viols dans les commissariats ? (dans la plupart des cas, leurs propres maris sont l'auteur de ces viols)
Cette idée, si tu la considères trente secondes apparaît bien vite aussi inapplicable qu'absurde. Si un wagon dans chaque train de nuit était réservé aux femmes, il faudrait quand même bien des flics pour s'assurer qu'aucun contrevenant n'enfreigne la Loi (et en ce cas, un contrevenant serait forcément soupçonné de très mauvaises intentions). On marche sur la tête...
@Dorham : oui, on marche sur la tête, et, effectivement, ce n'est ni dans la rue, ni dans les transports en commun que les femmes sont le plus en danger, c'est chez elles.
RépondreSupprimerBon, tuons tout le monde : hommes, femmes, enfants ! toute l'humanité, comme ça on n'aura plus tous ces soucis.
Plus sérieusement, comment faire pour nous sortir de ce grand... merdier ? celui où une certaine Eve et un certain Adam nous ont fichus, en faisant des enfants ? ;-))) je souris, ne le prends pas mal... car les enfants seraient sûrement la réponse à tout ça, s'il ne leur prenait l'idée de vouloir grandir (et de sortir du paradis).