vendredi 7 octobre 2011

A monkey on my back


Quand on dit de quelqu’un qu’il est une légende vivante, c’est en premier lieu ou accessoirement qu’il est encore vivant. N'est-ce pas ? On ne le dit pas d’un mort. Ça ne se fait pas. Ça ne s’imagine même pas. Un cadavre a toutefois hérité de l’expression. James Ramey, dit Baby Huey. Un homme célébré légende vivante après son trépas, fait unique, poussant l’ironie jusqu’à être une des légendes les plus confidentielles qui soient.

Le 28 octobre 1970, le manager de Baby Huey est à la porte d’une chambre d’hôtel de Chicago. C’est une chambre d’hôtel probablement miteuse, c’est en tout cas ainsi qu’on la voudrait, au mobilier probablement austère, une piaule infestée de rampants, une chambre d’hôtel comme il y en a des millions, conçues par la Création pour les femmes en fuite, les flambeurs vagabonds, les receleurs de cabriolets volés, les road movies hollywoodiens et les musiciens fauchés. C’est presque midi. Il fait tout de même un froid de dingue. C’est presque midi mais la scène pourrait se dérouler à toute heure du jour ou de la nuit. Elle est la faramineuse duplication d’autres scènes, absolument identiques quoique différentes dans leur dénouement. Seule la raison du déplacement est invariable ; elle tient à la conception de la ponctualité délirante de James Ramey, dit Baby Huey, en retard constant, y compris sur sa propre réputation qui le devance déjà de plusieurs têtes. C’est un fait ! Ses musiciens, les baby-sitters (à prendre à tous les degrés permis par les capacités de l’entendement), l’attendent parfois des heures pour une session studio ou avant de monter sur scène ; les voir glander en soupirant, leurs instruments en mains, constitue une scène récurrente à vous fendre le cœur en deux. En ces instants là, ils ressemblent à des mômes qui attendent leurs parents à la bourre devant la porte de l’école. Parfois, Baby Huey ne se pointe pas du tout et il faut alors tout annuler. Et s’excuser platement. Et mettre à jour la liste des bouges dans lesquels on sera tricard sur plusieurs générations. Baby Huey manque ses engagements, Baby Huey rate ses rendez-vous, il loupe des autobus, laisse décoller des avions sans lui et crisser les roues d’acier de quantité de trains avant même d’arriver sur le quai. Comme d’autres, en ce début de décennie vorace, il passe à coté de sa vie et de son destin, ou bien file tout droit vers lui comme un camion de déménagement sans conducteur en pente raide ; vers ce destin hors norme taillé sur mesure de légende vivante étalée sur une table de thanatopracteur. Le manager de James connait donc cette chanson là par cœur. C’est un peu comme s’il l’avait écrite. Une chanson d’amour pour la cheerleader vedette inaccessible de son lycée. Quelque chose que l'on connait très bien, comme un élément de nostalgie. Il vient chercher son poulain, comme d’habitude. Le foutre sous l’eau froide, si besoin, et lui faire gober deux ou trois cachetons pour le remettre debout. Lui dire qu’il a du pain sur planche. Lui dire cette phrase magique qui le culpabilise et le fait se remuer un peu, parfois : « On compte sur toi, James ! »

Le gérant de l’hôtel a dit au manager que son poulain n’était pas sorti de sa chambre depuis deux jours. Se sont sans doute ensuivies quelques plaintes bavées d’une voix de fausset sur l’hygiène de James qui s’empiffre toute la journée dans sa chambre stores baissés, sur le bruit qu'il fait à des heures indues et qui dérange les autres permanents de la résidence ; d’autres individus tout aussi paumés pourtant. Et... Une allusion à un éventuel dédommagement. Le manager a vite éteint le feu naissant en mentionnant tous les types qui créchaient ici alors qu’ils devraient être en taule. Et le taulier n’a plus moufté. L'illusion de la rébellion s'est éteinte.

La certitude qu’a donc le manager devant cette porte de chambre d’hôtel (et c’est important de disposer d’une donnée tangible, physique, véritable), c’est que Baby Huey est bien à l’endroit où il est censé être, c'est-à-dire derrière cette même porte – vu la carrure de la bête, s’il était passé, on l’aurait vu – qu’il ne va pas lui falloir retourner la ville en tous sens pour le sortir des je ne sais quelles vapes dans lesquelles il se sera enfoncé, comme cela est arrivé parfois… Faire le trottoir des heures durant et demander aux camés anonymes s’ils n’ont pas vu passer un noir de près de 2 mètres en surcharge pondérale et ne récolter que des paupières lourdes, des pupilles dilatées et des yeux vides et creux et injectés de sang. Des tuyaux tordus. Des paroles incohérentes. Dans les vapes, James y est certainement, puisqu’il ne répond pas aux coups que le manager donne contre le bois de la porte, ni à ses appels. « James, ouvre putain de merde ! » James Ramey, dit Baby Huey, est bien derrière cette porte, plongé dans on ne sait quel rêve dément. Il a 26 ans, l’âge se situant au seuil du panthéon des légendes mortes, il accuse 185 kilos, à cause dit-on de deux ou trois glandes carrément hystériques, il porte des fringues étranges pour ne pas dire franchement affreux répondant aux codes de l’ère psychédélique, une coupe afro qui contribue à lui donner une stature de géant tout droit sorti de l’Iliade, il est héroïnomane. La came est comme ce singe posté sur son dos, toutes griffes dehors, symbolisant le manque qu’il faut tenir à distance mais que l’on ne décroche jamais de soi - comme on dit dans les chansons imagées.

Sur une photographie datant de 1968, James pose en pyjama de soie rayé devant un pan de bibliothèque. Il porte un peignoir par dessus comme une sorte de châtelain ridicule. Il a dans les mains un livre de cuisine qui à la taille d’un vieux grimoire de sorcier et qui, comparée à celle de ses paluches, semble avoir les proportions d’un livre de poche. Derrière sa paire de lunettes, il semble à la fois orgueilleux et apeuré. Presque conscient sans vraiment l’être de ce qui l’attend. Un livre de cuisine à la main ; les glandes ont bon dos, vous ne trouvez pas ?

C’est James qui a choisi lui-même son pseudonyme. Il débarquait de Richmond, une petite ville moisie fondée par des quackers, célèbre pour avoir hébergé en son sein la loge du Ku Klux Klan la plus structurée de tout le pays. Et bien bravo, vraiment, tu as toute notre estime, Richmond, Indiana. A Chicago, James avait d’abord passé le temps avec quelques groupes amateurs, puis il avait rencontré Melvyn Jones et les choses sérieuses avaient commencé. C’est ensemble qu’ils avaient fondé le groupe Baby Huey & the Baby-Sitters. A l’époque, quand James montait sur scène, on ne remarquait que son ahurissant gabarit, qui incitait presque le public à reculer, les uns parce qu’ils se sentaient intimidés, les autres parce qu’ils ne parvenaient pas à avoir une vue d’ensemble satisfaisante. James s’était alors souvenu de ce cartoon de la Paramount qui passait quand il était gosse : Baby Huey, un canard gigantesque et vraisemblablement attardé qui portait des couches-culottes. Le pseudonyme apaisait peut-être les gens qui se déplaçaient pour l’écouter chanter de sa voix puissante mais étonnamment peu caverneuse. En tout cas, pour James, ça dégonflait la question. Ça dédramatisait et ça disait : "vous voyez, j'assume, c'est la faute à mes glandes, et ça me fout les glandes ! La-la-la !" James faisait parfois des remarques sur les barytons et les ténors d’opéra : ces gars là n’étaient rien que des gros lards et ça ne choquait bien personne ! A croire que chanter des chansons soul comme il le faisait nécessitait d’avoir le corps d’Al Green. Et sa petite gueule toute propre aussi. Sa petite coupe afro géométriquement parfaite, beurrée au karité. Vous pouviez alors ouvrir votre chemise jusqu’au nombril comme le premier producteur de films pornos venu…Et les gonzesses se pâmaient !

Sa réputation, deux têtes d’avance à la corde, n’avait pas mis de temps à faire circuler le nom du canard-colosse chantant. Et un soir, Curtis Mayfield, patron du label Curtom entre autres choses, s’était déplacé pour voir ce gros bébé de 160 kilos à l’époque, tout en chair, graisse et glandes dé-régulées. Donny Hathaway, son arrangeur maison, qui l’avait vu la veille lui avait dit que cela en valait la peine et Curtis avait dit après le concert à Donny : « tu as raison, ça en vaut la peine ! » Quelques jours plus tard, Baby Huey avait signé chez Curtom de quoi se payer ses prochaines doses. C’était là tout le problème.

Curtom n’avait rien à se reprocher. On aurait pu penser qu'ils donnaient là à boire à un alcoolique mais ce n'était pas du tout cela. La vie d’un alcoolique consiste à apaiser sa soif. Tout est bon pour atteindre cet objectif inaccessible. La moindre manne est détournée de son esprit initial. Les Baby-Sitters, dont Mayfield ne voulait pourtant pas et qui étaient quand même venus dans les bagages de James, avaient du reste exigé que la future vedette passe par la case désintox. Melvyn Jones avait une anecdote pour illustrer le problème que posait James. Un matin, chez lui, il s’était levé, avait entrepris de se préparer son petit-déjeuner. La veille, il faut expliquer que James avait dormi chez lui, c’est ça l’histoire, je raconte toujours dans le désordre. Donc, Melvyn s’était servi un bol de lait, un verre de jus d’orange. Peut-être quelques toasts parce qu’il était bon mangeur. Il s’était assis, après avoir posé sur la table sa boite de céréales et quand il avait versé ses rice krispies dans le bol (ou une autre connerie cancérigène du même tonneau), un gros sachet de poudre était tombé avec, au milieu du lait, qui avait giclé du coup jusque sur son t-shirt. Et c'était là le lot commun des Baby-Sitters. James se baladait avec ses petits sachets partout et il les rangeait où ça lui chantait. Des sachets de poudre dans les boites de céréales, les timbales de café, les futs de grosse caisse, les mallettes d’instruments, les pochettes de 33 tours et de 45 tours, et bien sûr dans les poches des frocs des autres. Baby Huey, ce gros canard gentil mais complètement con ne pensait même pas à utiliser sa couche-culotte pour planquer son matos.

Si la désintox était un passe-conduit pour la cleanitude, mon frère, ça se saurait, et les cliniques, les hôpitaux psychiatriques, les instituts privés – restons sérieux, Baby Huey n’avait pas les moyens de se payer ce genre de résidence curative ultra-chic – feraient faillite. L’échec fut donc patent. Pendant quelques semaines, James tint la came à distance raisonnable avant de s’y abandonner à nouveau, pire larve qu’avant, comme le type sans fierté, sans orgueil, sans honneur qu’il était devenu. Ces quelques semaines de répit avaient suffi pour permettre au groupe d’enregistrer quelques titres pour son premier album. Puis, ce fut le retour à la case départ et le retour du manager de James Ramey devant la porte d’une chambre d’hôtel absolument semblable à des milliers d’autres ; ce qui donnait l’impression d’une mise en abyme, comme lorsque plusieurs miroirs se renvoient le même reflet à l’infini. Comment savoir dès lors si nous étions proches de midi, du soir, quel était le jour de la semaine, si nous n’étions pas une réminiscence d’un autre temps, coincée dans une autre dimension.

Rien.

James avait toutefois ses moments, se disait parfois son manager. En studio, Baby Huey et les baby-sitters avaient enregistré une version à tomber d’A change is gonna come. C’était tout bonnement une merveille. Une des versions les plus habitées qu’il avait jamais entendu et il y en avait eu des chapelets. Elle n’avait pas la mélancolie de la version de Sam Cooke, pas le charme un peu suranné de celle d’Otis. Elle était simplement plus furieuse, plus éreintante, plus crispée. Les temps vont changer, la roue va tourner. Quelque chose est en train d’éclore. Ce n’était plus un vœu. Avec James, c’était une invocation, un pousse-au-crime. Baby Huey avait ce talent là. Cette capacité là. Après les paroles usuelles, Baby Huey évoquait ses expériences de camé, d’une voix calme, lucide, posée. L’espérance chez lui, allait très loin. Devenait une donnée réelle, matérielle. Mais elle était aussi amère qu'une coupe de ciguë, c’était là le psaume du camé qui jurait de se reprendre, de changer de vie, alors que tout le monde savait que c’était là une chimère. Un mensonge de plus. Je vais changer, je vais en finir avec l'héro, je finirai comptable et j'aurai un pavillon en banlieue et un chien. En le voyant, on aurait pu croire que ce type là pouvait grogner comme un ours. Ça surprenait de l’entendre simplement crier, sans véritables effets de résonance, avec une simplicité – une naïveté presque – absolument désarmante.

« Ouvre, James ! Bordel, il fait un froid d’enfer dehors ». Le manager regarde par la fenêtre, les stores sont baissés comme le gérant l’a dit, il plisse les yeux pour regarder entre deux lames déglinguées mais l’intérieur est plongé dans la pénombre. Cela fait maintenant dix bonnes minutes qu’il tambourine à la porte, comme ça ! Une vieille nympho est sortie sur son perron – si on peut appeler ça un perron – en chaussons et en petite culotte. Elle regarde le manager s’affairer contre la porte. Elle sourit acerbe. Le gras de son bide lui retombe sur le haut des cuisses. Ses nichons débordent salement de son soutien gorge pointu. Elle a les cheveux gras, plaqués sur le crâne, elle fume une cigarette mentholée qui empeste la vieille usine de pesticides. Le manager la regarde et lui dit : « il va ouvrir, cela ne prendra plus trop de temps, il faut qu’il émerge », et il grimace et ajoute : « désolé du dérangement ». Elle expulse de la nicotine reconstituée menthe dans sa direction - maintenant, ça sent la déchetterie - lève le menton, se gratte une de ses aisselles poilues, pleine de plaques rouges, et rentre chez elle, et claque sa porte. « James, je ne vais pas enfoncer la porte tout de même, lève ton gros cul et viens m’ouvrir, merde ! » D’autres gens devant leur porte maintenant commencent à se plaindre du bruit. On peut déjeuner tranquille ?, ce genre de couplets ! Le manager répond : « m’emmerdez pas ! » Puis il s’éloigne en maugréant : « je vais demander au taulier de m’ouvrir cette saloperie de porte, plus vite que ça... tu m'emmerdes, James, tu m'emmerdes ! »

James avait enregistré Hard Times aussi, une chanson de Mayfield. Une belle chanson, aux paroles subtiles, dans la veine de ce que Mayfield faisait de mieux. Faire ce disque était aussi agréable que subir un lavage d’estomac. Il y avait de splendides choses et d’autres trucs un peu vaseux. Comme cette reprise de ce tube niais : California Dreamin’. Ou des instrumentaux un peu faiblards. Et Mayfield qui commençait à se dire qu’ils ne parviendraient pas à enregistrer un disque digne de ce nom. Et des membres des Baby-Sitters qui rendaient leur tablier. Et Mayfield qui parfois, pour atténuer tout ça, consentait à dire que si on en restait là, l’album vaudrait pour ces quelques petites pépites. Largement mieux que pas mal de merdes qui inondaient le marché si juteux de la musique noire américaine. Curtom se battait pour ça, pour que les noirs puissent faire leur musique sans singer les blancs comme chez Motown ; chez Motown, c'était : bien se tenir, connaitre l’usage de toutes les différentes fourchettes et couteaux, porter de jolis vêtements, avoir les dents blanches, danser gentiment, être noir à l'extérieur et blanc partout ailleurs jusqu'aux intestins. Mayfield n’était pas le seul bien entendu à espérer contrer cette lame de fond et il ne portait pas cette revendication comme une pancarte sans piquet autour de son cou du matin au soir, mais c’était là l’esprit de la chose et tout le monde le savait bien. Ce que chantaient crûment Baby Huey ou les Impressions (qui faisaient partie du même label) sans prendre de gants, le disait encore mieux.

Le gérant fait la gueule quand il voit revenir le manager. Il marmonne : « aAors ? » Alors, le manager lui dit que le poulain n’ouvre pas. Le gérant demande si James ne serait pas du genre parano à cause de la came, du genre à se barricader, à se planquer dans un placard avec un 22 long rifle chargé à bloc et à tirer sans crier gare sur tout ce qui bouge. Le manager répond en haussant les épaules : « m’a jamais fait ça, mais la came, on ne sait jamais ce que ça peut faire, on ne peut jamais prévoir le coup d’après ». Et ça parle au gérant ce truc du coup d'après, parce qu'il joue aux échecs avec d’autres traine-savates dans son genre le dimanche après-midi, dans un parc non loin de la résidence. Les coups d’après de certains, il les lit sur leur visage. La came n’a rien à voir avec les échecs, comprend-t-il. Aux échecs, on joue l'un contre l’autre, avec la came, on joue jamais que contre soi. Il dit : « Je peux peut-être vous ouvrir la porte. Même si c’est risqué, je préfère ça que les flics… » Le manager dit : « Merci. C’est gentil de votre part, je suis désolé pour tout à l’heure. » « Pas grave, j’ai poussé le bouchon », dit le gérant en prenant un petit trousseau de clés sur son tableau.

« Vous me laissez le temps de prendre mon manteau ? », demande le gérant. Et le manager fait oui de la tête. Ils font le chemin ensemble, réconciliés, comme deux vieux amis, le gérant serré dans une espèce de duffle-coat rapiécé, le manager l’estomac grouillant de la mi-journée. Ils échangent des banalités, devancés par leur haleine qui s’évapore dans le froid. La chaussée est humide et la résonance de leurs pas a ce son mouillé qui donne l’impression de retenir des échos. Devant la porte de James, le gérant sort son trousseau. Il ouvre la porte qui valdingue en grinçant, bute contre le mur et revient. Le manager la repousse de la main. Sans dire un mot, sans regarder le gérant, il remonte le petit couloir qui mène à la chambre. Dans la pénombre à laquelle il ne s’est pas encore habitué, il distingue légèrement les contours de la silhouette énorme de James. Des instruments de camés qui scintillent légèrement sur la table de nuit. Une pantoufle à ses pieds. Bien campé sur ses jambes, prêt à toutes les extrémités, respirant à peine à cause de l’atmosphère de la chambre saturée d’odeurs de tabac, de sueur et d’aliments frits, il dit d'une voix volontairement tremblotante : « Allez Lazare, lève-toi et marche, il y a des gens qui comptent sur toi ! »

James Ramey, dit Baby Huey, est mort d’une crise cardiaque (et non d’une overdose) ce 28 octobre 1970. Son corps fut découvert vers midi par son manager. Quelques mois plus tard parut son seul et unique disque ; The Baby Huey Story : The Living Legend. Cet album eut peu de succès lors de sa sortie. Il est aujourd’hui considéré comme un des plus grands disques de musique soul jamais enregistrés.

0 truc(s) extra en plus:

Enregistrer un commentaire