
En fait, ça a commencé avec l’arrêt de ma pilule. Faudrait presque que je raconte le nombre d’allers et retours qu’il m’a fallu consentir pour trouver la bonne, celle qui convenait à ma petite chimie personnelle ; entre celles qui me faisaient grossir, celles qui me filaient des démangeaisons, celles qui me coupaient la libido, celles qui me filaient des nausées ou qui me faisaient tourner la tête quand j’avais le malheur d’allumer une cigarette sans avoir mangé la seconde qui précédait. Mais un jour, c’est arrivé, la bonne, la vraie, celle qui me laissait la vue tranquille, qui me laissait la foune en paix et qui ne m’empêchait pas d’être une vraie tigresse au lit avec mon abruti de petit ami. Du matin jusqu’au soir. Bon, en réalité, lui, il suivait pas, dès que je poussais un petit gémissement, dans le lit, il laissait s’écouler son jus sans pouvoir se retenir ; mais moi, j’avais besoin de ça, de sentir mon corps se tordre, et ma volonté aussi, et ma voix retentir, mais lui, ça le faisait gicler. Toujours est-il que cette bonne, vraie, miraculeuse petite pilule bleue, je l’ai arrêtée et depuis, rien ne va plus dans le Royaume de ma culotte.
Ça me démange. Mon vagin est devenue une autoroute à mycoses. D’ici, je regarde le renflement légèrement pileux qui gonfle délicatement le tissu de ma petite culotte et j’imagine un cordon de velours rouge, comme à l’entrée des boites de nuit (où l’on gère la physionomie des hommes et des femmes qui peuvent entrer ou qui se font refouler), et un petit attroupement de champignons qui attendent leur tour. Et tout ce beau monde circule. Mes pantalons que je porte assez serré me gênent toute la journée, au boulot, je me tortille sur ma chaise, en rêvant de toilette intime, et ce rayon là de la pharmacie, je le connais, j’ai essayé toutes les marques, y en a qui ne font aucun effet, ou juste le temps de la douche, je m’accroupis dans mon placenta d’émail, je savonne, je passe le jet d’eau comme un canadair qui asperge une forêt en flammes, je sors de la baignoire, sèche mon entrejambe avec une serviette, sans trop frotter, en apposant seulement le tissu éponge comme un tampon sur mes lèvres, et ça recommence tout de suite à gratter. A l’autre bout de la chaîne pharmaceutique, il y a les gels qui brûlent tout - du napalm vaginal - qui vous font perdre de la peau par lambeaux entiers. Et puis j’oubliais, les ovules, que je dois enfoncer en moi, comme si j’étais une sorte d’incubateur, c’est tout de même humiliant, gênant, dans la lumière crue, inquisitrice de la salle de bains, et honteusement, j’essaie de ne pas regarder, sinon, je peux distinguer quelques petits boutons dus à une épilation récente, ce n’est pas très beau à voir, sauf quand je mets de la crème, que je me la pomponne, mais là, c’est franchement répugnant…
Et tout ça pour quoi, au fait ! Pour faire un gosse avec un type qui n’a jamais ouvert un livre depuis qu’on est ensemble, dont j’exècre quasiment toute la famille, avec qui je ne m’envisage même pas de vieillir, juste parce que ça me travaille d’avoir un môme et que je ne sais pas comment faire pour trouver quelqu’un avec une gueule de père qui ne me fasse pas l’effet d’un mollusque incapable de tempérament. Oui, tout ça pour quoi ? Je vais supporter ça encore longtemps, les mycoses, les infections urinaires, bon sang, ça va durer encore longtemps, et bien, ça ne risque pas de s’arrêter de sitôt si on considère que les mycoses et les cystites ne me laissent pas une minute de libre, qu’elles interrompent notre procréation, sans cesse, avec application, et je dois également confesser que ces minutes de répit, je n’ai guère envie de les passer avec lui, vu que dès que je pousse le moindre soupir, il gaspille sa semence et se jette sur le coté du lit en soupirant comme un veau. Parfois, je me prends à rêver d’un type un peu plus résistant à l’effort, je me tordrais sur son engin, comme on se sert d’une belle mécanique sans même le considérer, lui, rien que sa queue magnifique. J’apprendrai à m’en servir moi, si lui ne sait pas quoi en faire, du moment qu’il ne se répande pas à la moindre expression de plaisir ! Et quoi, comme si seule la queue était un engin maniable, chez la femme, ce n’est pas parce que c’est invisible que c’est rigide, inflexible, mort.
Seule, au milieu de l’émail, je constate que ma mycose a pris la tangente pendant quelques instants, alors je passe ma main sur mes lèvres, lentement, précautionneusement, comme sur une belle chose dont il faut prendre soin et très lentement, malgré l’inconfortable position que je me suis choisie, j’empoigne le plaisir comme on retourne un taureau par les cornes, je l’accueille, comme si j’étais une mer d’huile qui soudain se démonte et je me laisse en fleuvaison, j’éclos comme la plus exubérante végétation, et j’oublie tout, presque tout, je n’imagine rien, ma beauté se suffit à elle-même, mon corps se suffit à lui-même, les fantasmes, c’est bon pour les bonnes sœurs, je jouis.
Une heure plus tard, de nouveau prise de démangeaisons, je boucle mon sac de voyages. Zip, fait la fermeture éclair, lorsque ses deux lèvres se muent l’une dans l’autre. Bip, fait le téléphone, avant qu’il décroche. Vlan, font mes mots lorsqu’ils claquent dans le téléphone : « je te quitte, disent-ils, moi et mes mycoses, on se casse ». Dans le tiroir de la petite table de nuit, j’extrais un résidu de plaquette à moitié boulotté. Je brise entre mes doigts la petite enveloppe qui emprisonne la petite pilule bleue du jeudi et l’avale. Lorsque je claque la porte derrière moi, j’entends le bruit du vent qui s’engouffre, dans un murmure : « à moi la vie », crois-je entendre.
Ça me démange. Mon vagin est devenue une autoroute à mycoses. D’ici, je regarde le renflement légèrement pileux qui gonfle délicatement le tissu de ma petite culotte et j’imagine un cordon de velours rouge, comme à l’entrée des boites de nuit (où l’on gère la physionomie des hommes et des femmes qui peuvent entrer ou qui se font refouler), et un petit attroupement de champignons qui attendent leur tour. Et tout ce beau monde circule. Mes pantalons que je porte assez serré me gênent toute la journée, au boulot, je me tortille sur ma chaise, en rêvant de toilette intime, et ce rayon là de la pharmacie, je le connais, j’ai essayé toutes les marques, y en a qui ne font aucun effet, ou juste le temps de la douche, je m’accroupis dans mon placenta d’émail, je savonne, je passe le jet d’eau comme un canadair qui asperge une forêt en flammes, je sors de la baignoire, sèche mon entrejambe avec une serviette, sans trop frotter, en apposant seulement le tissu éponge comme un tampon sur mes lèvres, et ça recommence tout de suite à gratter. A l’autre bout de la chaîne pharmaceutique, il y a les gels qui brûlent tout - du napalm vaginal - qui vous font perdre de la peau par lambeaux entiers. Et puis j’oubliais, les ovules, que je dois enfoncer en moi, comme si j’étais une sorte d’incubateur, c’est tout de même humiliant, gênant, dans la lumière crue, inquisitrice de la salle de bains, et honteusement, j’essaie de ne pas regarder, sinon, je peux distinguer quelques petits boutons dus à une épilation récente, ce n’est pas très beau à voir, sauf quand je mets de la crème, que je me la pomponne, mais là, c’est franchement répugnant…
Et tout ça pour quoi, au fait ! Pour faire un gosse avec un type qui n’a jamais ouvert un livre depuis qu’on est ensemble, dont j’exècre quasiment toute la famille, avec qui je ne m’envisage même pas de vieillir, juste parce que ça me travaille d’avoir un môme et que je ne sais pas comment faire pour trouver quelqu’un avec une gueule de père qui ne me fasse pas l’effet d’un mollusque incapable de tempérament. Oui, tout ça pour quoi ? Je vais supporter ça encore longtemps, les mycoses, les infections urinaires, bon sang, ça va durer encore longtemps, et bien, ça ne risque pas de s’arrêter de sitôt si on considère que les mycoses et les cystites ne me laissent pas une minute de libre, qu’elles interrompent notre procréation, sans cesse, avec application, et je dois également confesser que ces minutes de répit, je n’ai guère envie de les passer avec lui, vu que dès que je pousse le moindre soupir, il gaspille sa semence et se jette sur le coté du lit en soupirant comme un veau. Parfois, je me prends à rêver d’un type un peu plus résistant à l’effort, je me tordrais sur son engin, comme on se sert d’une belle mécanique sans même le considérer, lui, rien que sa queue magnifique. J’apprendrai à m’en servir moi, si lui ne sait pas quoi en faire, du moment qu’il ne se répande pas à la moindre expression de plaisir ! Et quoi, comme si seule la queue était un engin maniable, chez la femme, ce n’est pas parce que c’est invisible que c’est rigide, inflexible, mort.
Seule, au milieu de l’émail, je constate que ma mycose a pris la tangente pendant quelques instants, alors je passe ma main sur mes lèvres, lentement, précautionneusement, comme sur une belle chose dont il faut prendre soin et très lentement, malgré l’inconfortable position que je me suis choisie, j’empoigne le plaisir comme on retourne un taureau par les cornes, je l’accueille, comme si j’étais une mer d’huile qui soudain se démonte et je me laisse en fleuvaison, j’éclos comme la plus exubérante végétation, et j’oublie tout, presque tout, je n’imagine rien, ma beauté se suffit à elle-même, mon corps se suffit à lui-même, les fantasmes, c’est bon pour les bonnes sœurs, je jouis.
Une heure plus tard, de nouveau prise de démangeaisons, je boucle mon sac de voyages. Zip, fait la fermeture éclair, lorsque ses deux lèvres se muent l’une dans l’autre. Bip, fait le téléphone, avant qu’il décroche. Vlan, font mes mots lorsqu’ils claquent dans le téléphone : « je te quitte, disent-ils, moi et mes mycoses, on se casse ». Dans le tiroir de la petite table de nuit, j’extrais un résidu de plaquette à moitié boulotté. Je brise entre mes doigts la petite enveloppe qui emprisonne la petite pilule bleue du jeudi et l’avale. Lorsque je claque la porte derrière moi, j’entends le bruit du vent qui s’engouffre, dans un murmure : « à moi la vie », crois-je entendre.


11 truc(s) extra en plus:
C'est excellent, merci d'avoir donné un écho à mon texte... Mais tu vois, tu ne me convaincs pas puisque là tu parles d'une femme qui a des problèmes avec son vagin. Donc forcément elle y pense...
Le reste du temps, il me semble, une femme ne passe pas son temps à se fourrer la main dans l'entrejambe comme certains hommes peuvent le faire. Et bien sûr, nulle comparaison dans les douches, etc...
Ce passage est fabuleux : "Seule, au milieu de l’émail, je constate que ma mycose a pris la tangente pendant quelques instants, alors je passe ma main sur mes lèvres, lentement, précautionneusement, comme sur une belle chose dont il faut prendre soin et très lentement, malgré l’inconfortable position que je me suis choisie, j’empoigne le plaisir comme on retourne un taureau par les cornes, je l’accueille, comme si j’étais une mer d’huile qui soudain se démonte et je me laisse en fleuvaison, j’éclos comme la plus exubérante végétation, et j’oublie tout, presque tout, je n’imagine rien, ma beauté se suffit à elle-même, mon corps se suffit à lui-même, les fantasmes, c’est bon pour les bonnes sœurs, je jouis."
...c'est délirant comme c'est bien...
...
Je suis scié...
Zoridae,
c'était un plaisir. J'aime bien les exercices, c'est stimulant.
Mais on est pas d'accord. Le sexe de chacun a une importance primordiale pour lui. Et devient une obsession qu'en cas de problème, en réalité.
Les hommes qui vivent bien leur virilité se fichent comme d'une guigne de leur paire (tant que ça fonctionne)...
Chez les femmes, c'est moins fréquent mais avec la renvedication du plaisir, les femmes ont tendance à recentrer quelques une de leurs angoisses sur leur sexe ; comme l'impuissance, la frigidité peut devenir une obsession.
En règle général, l'homme est assez vulnérable parce que son sexe est moins mystérieux que celui de la gente féminine, moins subtil dirons-nous, alors, c'est un terrain sur lequel il se sent dominé...
Le sexe, sa taille, sa capacité "sportive", ce n'est qu'un prétexte à compétition. Les femmes rivalisent entre elles sur d'autres terrains (l'attitude, le look par exemple)...
Sans vouloir trop généraliser car heureusement, beaucoup d'hommes et beaucoup de femmes se fichent de telles considérations...
Merci de me citer.;-))
ça fait bizarre, un peu...
@ Balmeyer -
j'adore écrire sur les femmes. J'adore en faire des personnages. Nuancés, complexes, révoltés... ce genre de femmes, dans mon texte, c'est pile poil mon genre, qui sait ce qu'elle veut, qui ne s'en laisse pas compter, qui sait où elle va.
Mais merci pour le compliment. Je ne sais que dire...
Dorham,
Disons qu'il me semble que les femmes pensent plus à la fonction de leur sexe - quand celle-ci déraille - tandis que les hommes peuvent tirer une fierté de l'engin lui-même.
Tu parles d'obsession alors que moi j'évoquais les rapports d'un homme avec son sexe dans la vie courante. C'est toute la différence je crois...
Je pense que j'ai cette opinion parce que j'ai auprès de moi un petit bonhomme de 2 ans qui commence à s'intéresser de très près à ces choses là et qui est fier de ressembler à son papa...
Mais je crois que les débats sur ce thème ne seront jamais clos, toujours aussi intéressants et passionnés.
(C'est curieux que tu t'excuses à la fin de ton texte, de parler de ces choses là...)
Zoridae,
tu as raison sur le point de la fierté, je parlerai plus de vanité, mais j'insiste sur le fait que c'est inhérent à la fragilité de la condition masculine.
C'est dur de s'assurer en tant qu'homme sans être un type renfrogné ou un macho. L'équilibre est compliqué à trouver.
Je crois que le problème du masculin est qu'il ne sait se définir autrement que vis à vis du féminin. C'est pourquoi il refoule tant de choses.
C'est peut-être aussi pour ça que je suis attiré par les femmes de caractère, parce que je suis de nature très indépendante, dans mon tempérament comme dans ma masculinité. Je revendique et j'aime être accompagné de quelqu'un qui revendique aussi sa différence...
L'excuse à la fin, c'est parce que j'avais un peu peur que le texte ne rebute un peu certains (d'aucuns ont des difficultés à envisager sereinement le plaisir féminin et l'indépendance correspondante). Les femmes ont encore du chemin à faire pour acquérir l'égalité, hélas !
Pour certaines de mes positions (revendiquant pour la femme l'indépendance sexuelle sous toutes ses formes), j'ai parfois essuyé des torrents d'insulte. Eté taxé de pornocrate. et j'en passe...
Voilà, j'ai fait ma contribution...
Franchement, je ne pensais pas le faire, vous avez tous les deux fait un truc de tellement "indépassable", je ne voyais pas quoi ajouter, sincèrement...
Mais bon, je me suis dis, si je me défilais, ça allait faire un peu snob ou mauvais joueur... alors voilà !
Je viens d'aller voir.
Honnêtement, c'est grandiose.
Pffffffff…
Tu es trop bien comme auteur, je le redis et le redirais !
Et celui-ci n'est même pas trop long ! :-p
Du coup, je me demande si je saurais sortir un truc aussi intime au féminin…
Je ne cite aucun passage parce qu'il y en a trop de vraiment tuant ! :-)
Pour rebondir sur la différence homme-femme et ce dialogue: de mon experience, je pense que les femmes partent du global (le ressenti) pour aller vers le physique (le cul, quoi !) alors que les hommes font le chemin inverse.
Ce qui est intéressant, c'est quand on se rencontre juste à mi-chemin pour chacun ! :-)))))
Juste un exemple que j'admire :
«Et tout ce beau monde circule. Mes pantalons que je porte assez serré me gênent toute la journée, au boulot, je me tortille sur ma chaise, en rêvant de toilette intime, et ce rayon là de la pharmacie, je le connais, j’ai essayé toutes les marques, y en a qui ne font aucun effet, ou juste le temps de la douche, je m’accroupis dans mon placenta d’émail, je savonne, je passe le jet d’eau comme un canadair qui asperge une forêt en flammes, je sors de la baignoire, sèche mon entrejambe avec une serviette, sans trop frotter, en apposant seulement le tissu éponge comme un tampon sur mes lèvres, et ça recommence tout de suite à gratter. A l’autre bout de la chaîne pharmaceutique, il y a les gels qui brûlent tout - du napalm vaginal - qui vous font perdre de la peau par lambeaux entiers.»
Aah, c'est bien comme c'est beau ! :-)))
Poireau,
ah mais tu peux le dire et le redire...
Ce texte, je l'aime bien aussi, écrit pourtant d'un jet, dans l'adrénaline d'une volonté de réponse au texte de Zoridae.
Les femmes me fascinent, en règle générale et souvent, je retranscris ce qu'elles me disent ou ont pu me dire (ou ce que leurs gestes trahissent)...
J'ai du mal à faire des différences, mais j'en vois une fondamentalement : les hommes ne confondent jamais sexe et affection, à la différence de nombre de femmes lorsqu'elles sont jeunes. Ce différentiel se perpétue même lorsque tout est bien à sa place... Sans doute aussi que notre société, qui n'a pas abattu son sexisme, contribue à sauvegarder cette différence.
Je me suis dit effectivement que tu avais dû partir de témoignages féminins, avec un effet multiplicateur particulièrement tragicomique !
Excellent, c'est bien le mot. Qu'est-ce que j'ai pu rire ! L'image du canadair pour le jet de douche, j'avoue que je roulais sous la table en lisant cela, d'autant que je me reconnaissais pas mal (hum si on m'avait dit que je viendrais raconter mes épisodes démangeaisons et douche dans un com, gasp, tu vois un peu les effets de ton texte !). Bravo !
Hahaha, Marie Georges, ce commentaire me va droit au coeur ! Un petit peu d'exagération ne fait pas de mal ; les hommes ont aussi hélas leurs petites démangeaisons, donc j'ai pu aussi un peu m'identifier :)))
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