
Je ne sais même pas comment faire pour exprimer des sentiments qui ne vous paraissent pas trop démesurés.
Je ne sais pas comment faire pour éviter de crier trop fort au génie, pour me persuader que s'ouvrir le bide, montrer tripe à l'appui l'effet que me fait cette composition est trop grandiloquent pour ne pas vous laisser en rade, au bord du tarmac, alors que je me prépare à un voyage sans fin.
Parler d'autre chose peut-être.
Le pianiste leader de cet ensemble se nomme McCoy Tyner. Il est célèbre notamment pour avoir accompagné John Coltrane, au plus haut de sa carrière. L'accompagnent Ron Carter à la contrebasse et Elvin Jones à la batterie. Expliquer ce que sont ces musiciens ne tiendrait dans une bibliothèque de dix étages. Passons donc là dessus.
Le saxophoniste qui joue là est sans doute l'un des plus grands et des plus mésestimés des saxophonistes de l'Histoire du Jazz. C'est Joe Henderson.
Pour moi, cette pièce (Contemplation, qui figure sur le plus connu des albums de Tyner, "The Real McCoy") témoigne exactement de la précision de son jeu. Son improvisation, ici, est peut-être la plus virile, la plus aboutie qu'il m'ait été donné d'entendre ; une déflagration soyeuse. Le jeu d'Henderson est comme ça et il l'a été quasiment tout le long de sa chaotique carrière : puissant, maîtrisé, aérien mais paradoxalement tellurique, fort mais sensible.
Sur ce thème brûlant, il concentre en assez peu de temps tout ce qui fait de lui un musicien totalement à part, au son unique. Tout ce qui fait pourquoi je l'aime tant en tout cas. Je vous le laisse en écoute dominicale.