lundi 28 juillet 2008

Johnny's time !



Doudourou nous l’a annoncé quelques commentaires plus bas, le saxophoniste (ténor) de jazz Johnny Griffin est mort.

Drôle de coïncidence : en ce moment même, je publie ici une série, vaguement inspirée des cahots existentiels de son dernier poulain.

Il y a quelque temps également je parlais – un peu dans l’indifférence générale d’ailleurs – de Von Freeman, grand saxophoniste également originaire de Chicago. Ces deux là et quelques autres ont grandement contribué à édifier un son, une certaine approche du blues et du jazz, qui finalement fera école.

L’école de Chicago, ou :

Une certaine forme de radicalisme totalement dénuée d’acrimonie. Un son puissant, viril, étonnament éloigné du cliché des saxophonistes free jazz en colère. La démonstration parfaite que l’on peut tout à fait savoir où on va et savoir comment on veut y aller, refuser les mauvais compromis sans pour autant oublier l’esprit fondateur de cette musique : le jeu, le rire, la joie et le défi.

Comme Freeman, Griffin n’aura jamais l’aura d’un Coltrane, d’un Sonny Rollins ou d’un Wayne Shorter. Comme tous ces grands ténors que nous aura donné Chicago, il aura vécu dans l’ombre de sa propre réputation, pour ainsi dire. On n’aura cessé de prononcer son nom avec respect, sans jamais que cela lui donne ticket d’entrée au hall of fame des géants du jazz. Dans le fond, on s’en fout. Le coté « usine à breloques » du milieu du jazz n’est pas digne d’intérêt. J’ai eu sans doute l’occasion de l’affirmer, ici ou ailleurs, à de nombreuses reprises : le jazz n’est pas une musique faite de carrières, mais de destins ; les jugements lapidaires qui rayent, effacent, ou surlignent tel ou tel nom du listing de son Histoire sont forcément sans consistance. Ils témoignent en tout cas d’une profonde ignorance de ce qu’est fondamentalement cette musique.

C’est presque une chance que ces noms là échappent aux citations émérites ou furibardes des pseudo-connaisseurs. C’est le signe évident que cette musique reste toujours à découvrir et à défricher. Qu’elle échappe au funeste processus de momification.

Avec ces histoires de son qui voyagent dans l’espace temps, on peut s’amuser à imaginer que nos notes traversent patiemment l’univers, avec bonhomie et humilité. Dans quelques millions d’années, allez savoir, un alien de passage sillonnant la galaxie se fera peut-être fouetter les oreilles par le souffle rauque du ténor de Johnny Griffin ; la gifle éternelle d’un temps oublié secouera sa carlingue comme la plus facétieuse des turbulences !


22 truc(s) extra en plus:

ardentepatience a dit…

Bonjour Dorham,

Que nenni, je note tout bien les références que vous égrenez au fil du temps, toujours classes. Merci.


Et c'est toujours un plaisir de vous lire particulièrement encore quand vous écrivez au fil de la plume et de vos pensées. Portez-vous bien !

Dorham a dit…

Ardentepatience,

merci beaucoup ; vos visites également sont toujours un plaisir.

Très sincèrement.

philtre a dit…

Bel hommage...
Et triste année.

Votre plume est aussi un instrument de musique qui prolonge les sons des grands Jazzmen.

Dorham a dit…

Philtre,

C'est l'hécatombe en effet, entre décès et liquidations professionnelles. Merci de votre mot.

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Doudourou,

t'as raison, cette vidéo est impec. Gros son, morceau de bravoure, quel déchaînement de notes... Quel musicien !!! (j'en suis scotché à mon siège)

Didier Goux a dit…

Je suppose que vous connaissez cette Blowing session qui, en avril 1957, réunissait Johnny Griffin, John Coltrane et Hank Mobley (soutenus par Lee Morgan, Paul Chambers et Art Blakey, tout de même...) pour quatre morceau :
- The way you look tonight
- Ball bearing
- All the things you are
- Smoke stack

Dans le cas contraire, je me ferais un plaisir de vous copier ce disque.

Dorham a dit…

Didier,

Si si je connais (l'illustration, c'est la pochette du disque un peu recâdrée) Session mémorable ! Je ne suis pas un grand fan d'Hank Mobley mais les deux autres et Lee Morgan (que j'adule par dessus tout) me le font passer comme une pilule au soleil.

Très très grand disque qui trône bien au chaud dans ma discographie. (merci de l'offre quand même).

Nicolas a dit…

Allons bon ! Dorham et Didier Goux se sont trouvé un sujet qui ne les fâche pas.

Nicolas a dit…

Il est cependant amusant de voir Didier aimer de la musique sortie après la guerre.

JB a dit…

sympa ce billet à Johnny Griffin...
il ne craignait personne lorsqu'il embouchait son Ténor 'little giant'...!

Amicalement JB

à voir :

http://www.noctamblues.com/article-21545741.html

Dorham a dit…

Nicolas,

Au moins un, oui :)

quand à la musique d'après guerre...tu es sûr que Didier n'aime pas le rap ?

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JB, merci de ta visite et de ton mot, je file vers le lien que tu proposes !

roudodoudourou a dit…

"Nicolas a dit...

Il est cependant amusant de voir Didier aimer de la musique sortie après la guerre."

De plus interprétés par des nègres tous à moitiè camés et qui font plein de fautes de français!

Dorham a dit…

Les funérailles de Griffin se déroule en ce moment même... ça a l'air d'être le boxon :)))

roudodoudourou a dit…

Comment le sais-tu?

Dorham a dit…

Attends, je t'explique par mail...

Dorham a dit…

Voilà, le mail explicatif est parti !

roudodoudourou a dit…

OK!
MDR!

Didier Goux a dit…

Nicolas : contrairement à ce qu'insinue votre petit accès d'ironie facile, j'écoute beaucoup de musique d'après-guerre : Strawinsky, Schönberg, Varèse, Nono, Stockhausen, Messiaen, Dutilleux, Ligeti (pour les plus anciens), Hersant, Pesson, Reverdy, Takemitsu, Greif, Dusapin et d'autres (pour les jeunots). Des musiciens qui, pour ce qui concerne les premiers cités, étaient souvent connus, compris et admirés par certains des "nègres" que M. Roudoudou se croit malin de me balancer à la face, pensant sans doute de désarçonner, quand, ce faisant, il ne prouve que l'impéritie de son intelligence.

Didier Goux a dit…

Et, en ce moment même, je suis avec un gros nègre québécois nommé Oscar. Oscar Peterson.

Nicolas a dit…

Didier,

Si on peut plus plaisanter... Je ne suis pas responsable si Roudoumachin a bêtement rebondi sur une plaisanterie que je me permets de faire parce qu'on se connait, en faisant référence à des discussions qu'on a déjà eues sur le rock, le rap et autres réjouissances modernes.

Hop. Vous fâchez pas, quoi, bordel.

Nicolas a dit…

Didier,

Je vous préviens, pour jeudi : je vais vous faire fréquenter deux ou trois nègres, mais alcooliques ce qui les pardonne.

Didier Goux a dit…

Waouh, l'autre : j'étais même pas fâché !

(Mais je sais faire semblant, comme les autres...)

Dorham a dit…

Ah, flute, on ne peut pas laisser d'articles chez JB, alors je le dis ici, que son article est très complet et retrace très bien la vie et l'oeuvre de Griffin.

Bravo !

Même si je persiste sur un point. Griffin a bien créé une école, celle de Chicago, elle n'est pas la plus fameuse mais elle compte beaucoup dans l'Histoire du jazz ; le hardbop devant à cette chaire une fière chandelle.

En tout cas, si vous voulez vraiment en savoir plus sur Griffin, filez là-bas...