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Dorham s’est laissé glisser dans un monde essentiellement thérapeutique, où il fait bon raconter son mal-être. On s’épanche, on se répand, on se distille, on distribue diverses parties de soi-même comme on jette des quignons de pain rassis au milieu d’une foule rachitique. Et la meute de thérapeutes se jette dessus et s’entredévore. Non mais vraiment, quel merveilleux spectacle !
Le nouvel univers de Dorham, affranchi de toutes les règles de base. Pépére. Verveine et psychotropes, homéopathie et drogues dures… Il regarde les autres comme s’il était juché sur un putain de nuage immuable. Un peu incrédule. Il pense : je suis dans le sein des saints, toubib de merde, dans le secret d’alcôve. Tu peux toujours rêver pour me remettre le grappin dessus ! Ce putain de monde caché s’offre à moi comme une pute à deux sous et sa rage soudainement dégouline des pores de ma peau et m’inonde. Puis la Révélation : l’humanité pleine, entière, retrouvée, défrichée du vice, on l’enferme ici parce que dehors, l’artifice a définitivement pris le dessus. Avant l’homme, pense Dorham, ce n’était pas le singe, mais déjà l’homme…et il se jetait délibérément sur toutes les fenêtres en toute liberté…et en toute conscience. Et personne n’y trouvait rien à redire. Un jour, l’homme a cessé d’aller plus loin. Sans que personne ne sache pourquoi, les fenêtres et les hommes, lui ont fait mal aux yeux et à la conscience. Alors, il a divisé le monde de la façon suivante : un dixième de psychanalystes, tout le reste de malades !
Bien entendu, vous devinez sans doute que Dorham déraille un peu à cause de toutes les merdes abrutissantes qu’on lui fait avaler. Il y en a de toutes sortes et de toutes les couleurs. Bien entendu, il délire la plupart du temps. Il prend ses rêves pour des réalités en somme. Dorham voit désormais le monde à travers un brouillard de morphine mais il lui reste encore l’acuité caractéristique de ceux qui cherchent toujours à affiner leur compréhension des choses. Bien entendu, son cerveau est entravé, ralenti, et harassé, à force de thérapies blablateuses et médicamenteuses ; et il associe des idées incompatibles sans distinction logique. On perçoit toutefois derrière cette abondance surréaliste d’images hétéroclites une clarté singulière, éclatante…derrière les bouleversements de son ego ratiboisé, la lumière crue, blafarde de l’évidence indubitable.
C’est ici, dans cette prison de chloroforme que s’expriment enfin ses désirs inavoués. Ici qu’il commence à prendre conscience de l’individu qu’il est tout à fait. Ici que les rêves deviennent tangibles pour la première fois, que le champ des possibilités a cessé de s’amoindrir. Ici, qu’embué comme jamais, il jouit de l’impression d’y voir enfin clair.
Dorham a fini de contempler. Il s’est glissé dans sa nouvelle peau comme on enfile un costume sur mesure, dans la douceur d’un temps nouveau, dans la moiteur de sa chambre moussue et sans meuble, dans la sérénité d’un abri impersonnel, délesté de la pesanteur qu’évoque sans cesse le chez soi : les souvenirs, les couleurs passées des époques révolues, les photos épinglées au mur, les fragrances de ta jeunesse morte, les vieux livres que tu as lus, les vieux draps dans lesquels tu as fait l'amour avec telle gonzesse, et comment c'était, quelle odeur elle avait, partout, les cadeaux des uns et des autres et les trucs que tu t'es acheté, tu-sais-même-plus-pourquoi ; l’impression cotonneuse d’être neuf, de n’avoir jamais connu aucune joie, aucune peine…de ne rien avoir à regretter ou qui puisse au contraire être sujet de fierté. L’impression d’avoir fait l’inventaire de soi et de ne rien avoir à garder des traumatismes anciens.
Etre un nouveau-né !
Le nouvel univers de Dorham, affranchi de toutes les règles de base. Pépére. Verveine et psychotropes, homéopathie et drogues dures… Il regarde les autres comme s’il était juché sur un putain de nuage immuable. Un peu incrédule. Il pense : je suis dans le sein des saints, toubib de merde, dans le secret d’alcôve. Tu peux toujours rêver pour me remettre le grappin dessus ! Ce putain de monde caché s’offre à moi comme une pute à deux sous et sa rage soudainement dégouline des pores de ma peau et m’inonde. Puis la Révélation : l’humanité pleine, entière, retrouvée, défrichée du vice, on l’enferme ici parce que dehors, l’artifice a définitivement pris le dessus. Avant l’homme, pense Dorham, ce n’était pas le singe, mais déjà l’homme…et il se jetait délibérément sur toutes les fenêtres en toute liberté…et en toute conscience. Et personne n’y trouvait rien à redire. Un jour, l’homme a cessé d’aller plus loin. Sans que personne ne sache pourquoi, les fenêtres et les hommes, lui ont fait mal aux yeux et à la conscience. Alors, il a divisé le monde de la façon suivante : un dixième de psychanalystes, tout le reste de malades !
Bien entendu, vous devinez sans doute que Dorham déraille un peu à cause de toutes les merdes abrutissantes qu’on lui fait avaler. Il y en a de toutes sortes et de toutes les couleurs. Bien entendu, il délire la plupart du temps. Il prend ses rêves pour des réalités en somme. Dorham voit désormais le monde à travers un brouillard de morphine mais il lui reste encore l’acuité caractéristique de ceux qui cherchent toujours à affiner leur compréhension des choses. Bien entendu, son cerveau est entravé, ralenti, et harassé, à force de thérapies blablateuses et médicamenteuses ; et il associe des idées incompatibles sans distinction logique. On perçoit toutefois derrière cette abondance surréaliste d’images hétéroclites une clarté singulière, éclatante…derrière les bouleversements de son ego ratiboisé, la lumière crue, blafarde de l’évidence indubitable.
C’est ici, dans cette prison de chloroforme que s’expriment enfin ses désirs inavoués. Ici qu’il commence à prendre conscience de l’individu qu’il est tout à fait. Ici que les rêves deviennent tangibles pour la première fois, que le champ des possibilités a cessé de s’amoindrir. Ici, qu’embué comme jamais, il jouit de l’impression d’y voir enfin clair.
Dorham a fini de contempler. Il s’est glissé dans sa nouvelle peau comme on enfile un costume sur mesure, dans la douceur d’un temps nouveau, dans la moiteur de sa chambre moussue et sans meuble, dans la sérénité d’un abri impersonnel, délesté de la pesanteur qu’évoque sans cesse le chez soi : les souvenirs, les couleurs passées des époques révolues, les photos épinglées au mur, les fragrances de ta jeunesse morte, les vieux livres que tu as lus, les vieux draps dans lesquels tu as fait l'amour avec telle gonzesse, et comment c'était, quelle odeur elle avait, partout, les cadeaux des uns et des autres et les trucs que tu t'es acheté, tu-sais-même-plus-pourquoi ; l’impression cotonneuse d’être neuf, de n’avoir jamais connu aucune joie, aucune peine…de ne rien avoir à regretter ou qui puisse au contraire être sujet de fierté. L’impression d’avoir fait l’inventaire de soi et de ne rien avoir à garder des traumatismes anciens.
Etre un nouveau-né !