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Cette fois, c’est décidé. Tout est prêt. Sur le net, j’ai consulté l’institut national de météorologie. Je leur ai même passé un petit coup de fil pour être sûr. La standardiste m’a fait voyager d’un bout à l’autre de l’architecture téléphonique du bâtiment, mais c’est anecdotique. Au bout d’un voyage long d’une quinzaine de minutes, une gentille météorologue, à la voix légèrement cassée comme j’aime, m’a confirmé l’heure. Et quand je lui ai dit : « vous êtes certaine ? » ; elle a répondu : « Monsieur, c’est mon métier ». Hélas, avant que j’ai pu dégainer mon : « vous pouvez m’appeler Dorham », elle avait raccroché ou basculé ma ligne sur une musique d’ascenseur. Mais ce n’est pas bien grave, météorologue, c’est un métier sérieux et important. Elle avait sans doute beaucoup de pain sur sa planche.
Enfin, je n’ai pas toujours pensé de la sorte. Lorsque ma grand-mère revenait de la cuisine pour me demander de changer de chaîne, qu’elle puisse connaître le temps du lendemain, je ne pouvais m’empêcher de lui dire : « tu vas continuer à regarder cette fichue météo pendant combien de temps encore ? Si tu veux savoir le temps de demain, tu attends demain et tu sauras en ouvrant tes volets »…mais elle répondait toujours : « demain en ouvrant mes volets, je verrai le temps du matin, mais pas celui de l’après-midi… C’est pour savoir comment m’habiller et si je dois prendre… » ; « …un parapluie », je l’interrompais, pour le seul plaisir de terminer sa phrase. Comme au théâtre, en rythme, dans les pièces de boulevard…
Mais là, c’est tout différent. L’exactitude de l’heure qu’ils m’ont donnée n’est pas sujette au doute, c’est du solide, c’est pas le temps qu’il fera demain, la force du vent le long du littoral breton, la température du matin, celle de l’après-midi et celle du soir, ni la Saint Bidule Truc pour souhaiter une bonne fête aux Saint Bidule Truc… C’est de la météorologie de pointe, c’est de la science, mon pote !
6h05 ! La vache. En recoupant toutes les informations, c’est la même heure qui revient. Mon réveil est réglé sur la demi-heure qui précède, soit 5h35 ! Pour que j’ai le temps de sentir mes yeux dégonfler, de me faire couler un café, que j’ai le temps de m’éveiller complètement avant qu’Il se lève ! Et m’irradie.
Tout le monde dormira. Dans l’appartement. Les filles. Mon épouse. Les voisins. Peut-être tout Paris. Certains mêmes iront se coucher ; les amants découchés, les clubbers ivres, les gonzesses légères et les mecs légers, les femmes amoureuses et les hommes transis, les promeneurs du petit matin qui comme des vampires pressent le pas pour ne pas se faire brûler ; et tous ceux qui rentrent seuls, souvent les mêmes et qui traînent derrière eux leur désespoir, leur pathos, leurs échecs, leur vie-savate, pleine de poussière et de pleurnicherie, et qui vont aller retrouver leur lit dépeuplé, si grand et sur lequel ils n’occupent pourtant qu’une place congrue, laissant le reste du matelas froid, malgré l’éclat nouveau du printemps… Oh là, tu vas où comme ça ? Ouais, bon, je m’arrête…
Rien n’aura commencé, c’est ce que je voulais dire, et les rares autres, résistants de la nuit, seront ceux qui s’apprêtent à finir ; ça vous fait ressentir le bonheur d’être seul et unique, voilà tout. Du bonheur et de la trouille tout à la fois, parce que la différence est finalement très mince entre une aurore et un crépuscule…
Mais demain matin, je serai là. En poste. Droit. A attendre, au milieu des ronflements et des dépits, à refaire l’humanité avec Météo France, un réveil déglingué et la saveur du monde qui éclate comme une boule de feu. Pour regarder simplement, le soleil se lever.
Ce matin même, j’ai essayé de me lever. Mais quand le réveil s’est mis à dégouliner de notes absurdes, j’ai giflé le sommet de son crâne pour qu’il se taise et ma paresse m’a tout fait manquer.
Mais demain matin, demain matin, ce sera différent. Il se lèvera pour tout éblouir, et je serai là pour le voir et pour le saluer.
boomp3.com
Enfin, je n’ai pas toujours pensé de la sorte. Lorsque ma grand-mère revenait de la cuisine pour me demander de changer de chaîne, qu’elle puisse connaître le temps du lendemain, je ne pouvais m’empêcher de lui dire : « tu vas continuer à regarder cette fichue météo pendant combien de temps encore ? Si tu veux savoir le temps de demain, tu attends demain et tu sauras en ouvrant tes volets »…mais elle répondait toujours : « demain en ouvrant mes volets, je verrai le temps du matin, mais pas celui de l’après-midi… C’est pour savoir comment m’habiller et si je dois prendre… » ; « …un parapluie », je l’interrompais, pour le seul plaisir de terminer sa phrase. Comme au théâtre, en rythme, dans les pièces de boulevard…
Mais là, c’est tout différent. L’exactitude de l’heure qu’ils m’ont donnée n’est pas sujette au doute, c’est du solide, c’est pas le temps qu’il fera demain, la force du vent le long du littoral breton, la température du matin, celle de l’après-midi et celle du soir, ni la Saint Bidule Truc pour souhaiter une bonne fête aux Saint Bidule Truc… C’est de la météorologie de pointe, c’est de la science, mon pote !
6h05 ! La vache. En recoupant toutes les informations, c’est la même heure qui revient. Mon réveil est réglé sur la demi-heure qui précède, soit 5h35 ! Pour que j’ai le temps de sentir mes yeux dégonfler, de me faire couler un café, que j’ai le temps de m’éveiller complètement avant qu’Il se lève ! Et m’irradie.
Tout le monde dormira. Dans l’appartement. Les filles. Mon épouse. Les voisins. Peut-être tout Paris. Certains mêmes iront se coucher ; les amants découchés, les clubbers ivres, les gonzesses légères et les mecs légers, les femmes amoureuses et les hommes transis, les promeneurs du petit matin qui comme des vampires pressent le pas pour ne pas se faire brûler ; et tous ceux qui rentrent seuls, souvent les mêmes et qui traînent derrière eux leur désespoir, leur pathos, leurs échecs, leur vie-savate, pleine de poussière et de pleurnicherie, et qui vont aller retrouver leur lit dépeuplé, si grand et sur lequel ils n’occupent pourtant qu’une place congrue, laissant le reste du matelas froid, malgré l’éclat nouveau du printemps… Oh là, tu vas où comme ça ? Ouais, bon, je m’arrête…
Rien n’aura commencé, c’est ce que je voulais dire, et les rares autres, résistants de la nuit, seront ceux qui s’apprêtent à finir ; ça vous fait ressentir le bonheur d’être seul et unique, voilà tout. Du bonheur et de la trouille tout à la fois, parce que la différence est finalement très mince entre une aurore et un crépuscule…
Mais demain matin, je serai là. En poste. Droit. A attendre, au milieu des ronflements et des dépits, à refaire l’humanité avec Météo France, un réveil déglingué et la saveur du monde qui éclate comme une boule de feu. Pour regarder simplement, le soleil se lever.
Ce matin même, j’ai essayé de me lever. Mais quand le réveil s’est mis à dégouliner de notes absurdes, j’ai giflé le sommet de son crâne pour qu’il se taise et ma paresse m’a tout fait manquer.
Mais demain matin, demain matin, ce sera différent. Il se lèvera pour tout éblouir, et je serai là pour le voir et pour le saluer.