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Chaque fête des mères, ça revient sur la table comme un gigot trop cuit… Y a les « pour » (les idiots congénitaux) et les « contre » (les gens super intelligents anti-consuméristes, anti-pubs, anti-un-peu-tout qui utilisent leurs neurones ). Les « pour » sont une sorte de majorité silencieuse. Ils achètent gentiment des bouquets de fleurs à leur Maman bien aimée à la date qu'on leur indique. Les « contre » vocifèrent.
Par exemple, mauvais esprit, ils ne peuvent s’empêcher chaque année de ressortir l’imparable argument censé détruire les fondements même de cette fête idiote et opportumément commerciale : l’inscription au calendrier de cette débauche d’amour filial date de 1941 et de la gouvernance vichyste. On le sait, alors, en pleine montée de sève et de slogans vantant « travail, famille et patrie », Pétain institutionnalisait cette tradition.
Pétain, c’est aussi le vainqueur de Verdun. On ne va pas décider pour autant de revenir là dessus non plus.
Chaque année, ma mère remet aussi ça sur le tapis comme une table basse laide qu’on ne se résout pas à remiser enfin ! « Tu n’offres rien à ta mère pour la fête des mères ? », demande-t-elle. Et moi, je réponds chaque année : « ba non, c’est ta fête toute l’année à toi, tu règnes en maître sur tout ce qui se décide ». Je ne suis vraiment pas un gentil fiston ! Tout ça pour vous dire que ce débat me file au dessus de la caboche comme un rafale pressé de ravitailler.
Chaque année, en revanche, on a le droit à de gentils reportages sur de gentilles familles nombreuses, au sein de laquelle on se confond en gentils compliments sur sa gentille Maman qui tient tout ce beau monde à bout de bras. Le plus souvent, on a pas le droit au portrait de la femme qui travaille, qui élève son gentil gamin. Non, on a le droit à la gentille femme au foyer, gentiment chignonnée, qui s’occupe toute la journée de ces gentils enfants blonds et de son gentil mari surbooké.
Plan de table avec douze personnes, panorama d’une salle à manger sans poussière, galerie de portrait de famille, photos et peintures de mauvais goût, commentaires sucrés et fadement niais. Tout y passe, même la musique à la noix qui vous donne envie de manger toute l’argenterie. C’est beau, c’est bien. Il y a quelques années, Chirac avait épinglé une récompense de mère de famille de l’année sur le gentil buste d’une gentille vieille mère au foyer qui avait engendré dans sa vie la bagatelle de 18 gosses. Et sur le perron de l’Elysée, on avait eu le droit de contempler gentiment tout l’arbre généalogique en photo. Ses mômes, les mômes de ses mômes, et même quelques mômes des mômes de ses mômes. C’était beau. C’était le courage en fringue Cyrillus sur le perron de l’Etat français. La régalade ! La famille quoi !
Heureusement, dans un mois, la fête des mères sera bien derrière nous. On pourra arrêter de faire semblant. On pourra alors faire de nouveaux reportages sur de vilaines familles maliennes à 8 gosses qui enfantent tant et plus dans le seul et unique dessein de se goinfrer de saloperies sucrées par la gentille grâce de notre gentil système de solidarité et d’allocations familiales. (peut-être même pourrons-nous filmer - suprême bonheur - les flics qui défoncent leur porte à coups de haches afin de les expulser de leur squatt infâme)...